Pourquoi de nombreuses personnes dépassent leur budget de courses sans s'en rendre compte, en raison des spécificités de leur carte bancaire.

Pourquoi de nombreuses personnes dépassent leur budget de courses sans s’en rendre compte, en raison des spécificités de leur carte bancaire.

19.07.2026 07:56
2 min de lecture

Utiliser une carte de paiement à la caisse est devenu si habituel que cela en devient presque automatique. Toutefois, ce phénomène est préjudiciable, disent certains économistes et chercheurs en comportement des consommateurs : le paiement numérique incite à dépenser plus, souvent sans en prendre conscience, rapporte TopTribune.

Ce phénomène psychologique est désigné dans la littérature scientifique comme l’effet « sans espèces ». Une méta-analyse réalisée en 2024 et publiée dans le Journal of Retailing par des chercheurs d’Australie a rassemblé 71 études menées dans 17 pays, impliquant plus de 11 000 participants.

Les conclusions révèlent que les paiements numériques entraînent systématiquement des dépenses plus élevées par rapport aux transactions en espèces. Les auteurs soulignent que cet effet est modeste mais significatif : la carte bancaire ne fait pas exploser le budget instantanément, mais elle le grignote progressivement, touchant des millions de ménages.

Un sondage réalisé par le magazine Forbes appuie cette observation : 58 % des consommateurs admettent qu’ils dépensent davantage lorsqu’ils paient par carte.

Les réactions du cerveau face aux paiements en espèces

Le phénomène réside aussi dans la psychologie. Manoj Thomas, professeur de marketing à l’université Cornell, a montré dans une étude de 2011, publiée dans le Journal of Consumer Research, que manipuler des billets et des pièces active des zones du cerveau associées à l’inconfort et à l’aversion à la perte.

En d’autres termes, sortir un billet de vingt euros peut causer une légère douleur psychologique, limitant ainsi les dépenses impulsives. « Payer en espèces ancre le coût des biens dans notre esprit », précise-t-il. « C’est l’outil le plus efficace pour gérer un budget. »

En revanche, utiliser une carte, qui est rapidement restituée, est perçu comme un acte abstrait. Il n’y a pas de perte tangible. La douleur de débourser disparaît, tout comme l’alerte interne qui pousse à réfléchir avant d’ajouter un article superflu au panier.

Stuart Mills, maître de conférences en économie à l’université de Leeds, résume cela de façon claire : « L’argent liquide offre une réponse immédiate et visible à nos dépenses. » Payer en espèces incite à ouvrir son portefeuille, à compter les billets et à voir fondre la somme, créant ainsi de petites frictions qui freinent l’envie d’acheter des articles inutiles.

Richard Whittle, économiste à la Salford Business School, exprime son point de vue sans détour dans une interview à la BBC : « La simplicité des paiements par carte peut inciter les consommateurs à dépenser sans réfléchir et à acquérir des choses dont ils n’ont pas réellement besoin. »

Ce constat est particulièrement pertinent en France, où la carte bancaire est devenue le mode de paiement principal, pouvant être utilisée pour des achats d’un euro (comme une baguette, un café ou un ticket de métro), remplaçant largement l’argent liquide dans de nombreux commerces de proximité.

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