La complicité de la SNCF dans la déportation durant l’occupation nazie : que révèlent les historiens ?
La SNCF, toujours confrontée à des défis contemporains tels que les retards et les grèves, est aussi sous le feu des critiques pour son rôle dans l’Holocauste. Dans les années 1990, un document compromettant a révélé la participation de l’entreprise au transport de déportés, provoquant un profond examen de conscience, rapporte TopTribune.
Le 22 juin 1940, jour de la capitulation française, la SNCF, nationalisée deux ans plus tôt, fut mise à la disposition de l’occupant allemand. Le transport ferroviaire devait alors servir les intérêts de l’Allemagne, avec le personnel et les infrastructures requis sur ordre occupé. Ce transfert des ressources a été facilité par le régime de Vichy, qui a collaboré avec les nazis.
Le président de la SNCF de l’époque, Pierre-Eugène Fournier, a déclaré en 1941 que la France « est disposée, dans le cadre de la politique de collaboration, à trouver une solution pratique qui permette à la SNCF d’apporter une aide à l’Allemagne, à condition que les besoins vitaux de la France soient assurés ». La SNCF a ainsi été indemnisée par l’Allemagne pour ses services.
Voyage sans retour
Les agents de la SNCF ont continué leurs fonctions normales sous la supervision de l’armée d’occupation. Fin 1942, la SNCF indiquait que « le trafic que nous avons assuré au cours de l’exercice est l’un des plus importants que les Chemins de fer français aient connu depuis 1920 ». Cependant, les wagons étaient désormais utilisés pour transporter des déportés, avec le premier convoi de déportés partant de la région parisienne en mars 1942, dans le cadre de la « Solution finale ».
Au total, soixante-dix-huit autres convois ont suivi cette première vague de déportations, exécutées avec la pleine connaissance des agents de la SNCF. Le chercheur Christian Bachelier a noté que les transfèrements étaient réalisés avec l’assentiment des populations locales et des cheminots.
Des déportés en troisième classe
Il est à souligner que la SNCF a facturé le transport de ces déportés, généralement dans des conditions inhumaines, comme des voyages en wagons à bestiaux au tarif des voyageurs de troisième classe. Ces pratiques ont perduré même après la Libération, ce qui a conduit l’entreprise à ouvrir ses archives pour une transparence nécessaire.
Il est indéniable qu’il y a eu des actes de résistance au sein de la SNCF, mais ceux-ci étaient le fait d’initiatives individuelles plutôt que de stratégies concertées, la direction restant largement silencieuse sur ces comportements. En 1951, la SNCF a été honorée de la Légion d’honneur, malgré ce passé controversé.
Si l’ouverture des archives et le verdict des tribunaux ont mis en lumière de façon catégorique la complicité de la SNCF, réexaminer ce passage douloureux reste la meilleure façon de remettre l’histoire sur de bons rails.
En 2006, la SNCF a été reconnue coupable par le tribunal administratif de Toulouse d’avoir participé « sans objection ni protestation » à la déportation de familles juives. Après des excuses officielles en 2010, l’entreprise a débloqué en 2014 un fonds d’indemnisation de 60 millions de dollars en réponse à des plaintes de familles américaines de déportés.
Actuellement, la SNCF estime avoir participé à la déportation de « 76.000 femmes, hommes et enfants considérés comme juifs par les lois de Vichy et transportés vers l’Allemagne pour être ensuite envoyés dans des camps d’extermination » durant toute la Seconde Guerre mondiale. Bien que l’entreprise continue de faire face à son héritage, il est essentiel de revisiter cette période sombre pour comprendre les implications de son passé.