« C'est du taxage ! » : le Canada finance un pont frontalier tandis que les États-Unis réclament leur part avant même l'inauguration.

« C’est du taxage ! » : le Canada finance un pont frontalier tandis que les États-Unis réclament leur part avant même l’inauguration.

19.07.2026 08:36
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Le Canada et les États-Unis ont finalement réussi à s’accorder. Le pont international Gordie Howe, une infrastructure de six voies reliant Windsor en Ontario à Détroit au Michigan, sera inauguré le 27 juillet, comme l’a confirmé le gouvernement canadien dans un communiqué publié peu après 19 heures un vendredi, rapporte TopTribune.

Cette annonce met un terme à plusieurs semaines de négociations difficiles entre Ottawa et Washington, qui avaient entravé une première cérémonie d’ouverture initialement prévue pour le 12 juin.

La concession faite par Ottawa est claire : bien que le Canada devait initialement récolter l’entièreté des recettes des péages, il a convenu de partager 50 % des revenus avec les États-Unis pendant les 15 premières années d’exploitation. Cela se fera par le biais d’un fonds de développement économique régional. De plus, la Windsor-Detroit Bridge Authority devra obtenir l’accord des États-Unis pour toute augmentation des péages supérieure à 10 % ou toute baisse en dessous des moyennes régionales comparables.

Mark Carney a tenté de minimiser l’impact de cette concession. Dans un entretien à CTV News, le Premier ministre canadien a évoqué le sujet comme étant favorable pour le Canada, précisant qu’une fois les coûts d’entretien et le remboursement de la dette pris en compte, il n’y aura pas beaucoup de bénéfices à partager. Cette formule a toutefois rencontré un certain scepticisme.

Trump, les Moroun et les retards d’inauguration

Tout cela a débuté en février, lorsque Donald Trump a exigé via les réseaux sociaux que le Canada cède au moins la moitié de la propriété du pont au gouvernement américain. D’après La Presse, ces exigences faisaient suite à une rencontre entre Howard Lutnick, secrétaire au Commerce américain, et la famille Moroun, propriétaire du pont Ambassador voisin et connu pour être un important donateur de Trump.

Ce pont, qui a plus de 100 ans, est actuellement détenu par des intérêts privés et représente la majorité du transit commercial entre les deux pays ; le pont Gordie Howe a été conçu pour soulager la saturation du trafic qui persiste depuis des décennies.

Le 11 juin, à la veille de la cérémonie annulée, Carney avait reconnu que le Canada avait accepté de retarder l’inauguration pour résoudre les questions en suspens, précisant que la décision venait de Washington. Le jour de l’annonce de l’accord, Trump s’est exprimé positivement sur Truth Social : « L’accord initial était inacceptable pour moi. Le nouvel accord est fantastique et juste. »

Les réactions du côté canadien ont été plus nuancées. La Presse a évoqué un « taxage » et une « rançon » payée par Ottawa. Andrew Lawton, député conservateur, a critiqué dans les colonnes du National Post ce qui s’apparente à une capitulation inacceptable. The Globe and Mail a souligné que tout accord avec les États-Unis n’est valide que tant que M. Trump daigne le respecter.

Le coût d’investissement total du pont s’élève à 6,4 milliards de dollars canadiens, entièrement financés par les contribuables canadiens, avec des travaux débutés en 2018.

« Ce sera Le Gordie »

Au milieu de cette controverse, la famille de Gordie Howe attend l’inauguration avec une impatience différente. Le Dr Murray Howe, fils du légendaire numéro 9 des Detroit Red Wings, sera présent lors de la cérémonie de coupure du ruban. À 65 ans, il a confié à Tony Geftos, journaliste sur WXYZ à Détroit, son point de vue sur l’importance de cette infrastructure.

Lorsque le nom du pont a été révélé en 2015, Gordie Howe était encore présent. Sa réaction avait été simple : « Eh bien, ça me semble plutôt bien. » Murray Howe se remémore encore ce moment avec amusement : « Cela correspondait tout à fait à sa personnalité, il était d’une humilité incroyable. »

Gordie Howe est décédé le 10 juin 2016, à l’âge de 88 ans, un an après l’annonce de l’ouvrage, mais avant le début des travaux.

Son fils voit le pont comme plus qu’un simple hommage sportif. « En pensant à ce pont, un sourire se dessine sur mon visage, car je me remémore combien mon père était drôle et comment il illuminait la journée des gens. Je crois que ce pont inspirera une nouvelle génération à vouloir faire de même », a-t-il déclaré.

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