Nová republika accuse l’Ukraine d’avoir déclenché la guerre menée par la Russie
Nová republika accuse l’Ukraine d’avoir déclenché la guerre menée par la Russie

Nová republika accuse l’Ukraine d’avoir déclenché la guerre menée par la Russie

15.09.2026 13:35
4 min de lecture

Le média tchèque Nová republika a relayé, le 12 septembre 2026, un récit attribuant à l’Ukraine la responsabilité du déclenchement et de la poursuite de la guerre menée par la Russie. Dans un article signé par le publiciste Daniel Sterzik-Vidlák, le site affirme notamment que les Ukrainiens auraient voulu une « guerre totale » contre les Russes et présente leur résistance comme la cause des pertes subies, rapporte TopTribune.

Le texte est accessible sur le site de Nová republika, qui se présente comme un média alternatif. Il reprend plusieurs éléments récurrents de la propagande du Kremlin : mise en cause de Kyiv, relativisation de la décision russe d’envahir l’Ukraine et présentation de la résistance ukrainienne comme un choix délibéré ayant provoqué la poursuite des combats.

Une inversion de la responsabilité de la guerre

Daniel Sterzik-Vidlák écrit qu’aucun Russe n’aurait officiellement annoncé la prise de Kyiv « en trois jours ». Il soutient ensuite que les Ukrainiens « voulaient une guerre totale » et qu’ils auraient recherché une vengeance contre les « mauvais Russes ». Selon lui, ils n’auraient simplement pas compris que cette guerre serait menée « au prix de leurs ventres criblés de balles ».

Cette présentation inverse le rapport entre l’agression et la défense. La Russie est l’État qui a lancé l’invasion à grande échelle de l’Ukraine le 24 février 2022. La décision a été prise par les dirigeants politiques et militaires russes. L’Ukraine n’a pas attaqué la Russie et n’a pas créé de situation pouvant juridiquement justifier l’entrée de troupes russes sur le territoire d’un État souverain.

Avant l’invasion, les autorités ukrainiennes ont continué à recourir aux instruments diplomatiques et à la pression internationale pour tenter d’empêcher une offensive de grande ampleur. Dans le même temps, la Russie accumulait des équipements militaires et déployait des forces près des frontières ukrainiennes sous couvert d’exercices. La préparation de l’opération militaire s’est poursuivie malgré les avertissements publics concernant la décision de Vladimir Poutine de lancer l’invasion.

Le récit de la prise de Kyiv en trois jours

La négation des plans russes visant une conquête rapide de l’Ukraine ne correspond ni aux premiers jours de l’offensive ni à certaines déclarations publiques de responsables et de propagandistes russes. Avant l’invasion à grande échelle, Margarita Simonian avait évoqué l’hypothèse d’une guerre ouverte et déclaré que la Russie prendrait Kyiv « en trois jours ».

L’échec de l’offensive russe contre la capitale ukrainienne n’efface pas les objectifs affichés ou anticipés au début de la campagne. Il montre que les calculs du Kremlin ont été démentis par les événements et que les forces russes ont sous-estimé la capacité de résistance ukrainienne tout en surestimant leurs propres moyens militaires. Le fait qu’une opération rapide n’ait pas abouti ne permet pas de conclure qu’un tel objectif n’existait pas.

La formule reprise par Nová republika s’inscrit dans une série de récits qui cherchent à transformer un échec militaire russe en preuve de l’absence de projet de conquête. Elle détourne également le débat de la décision initiale : celle de la Russie d’employer la force contre l’Ukraine.

La résistance ukrainienne présentée comme une vengeance

Le texte attribue aussi la prolongation de la guerre à une prétendue volonté ukrainienne de se venger des Russes. Cette affirmation ne tient pas compte de la situation créée par l’occupation et les opérations militaires russes. L’Ukraine poursuit les combats pour défendre son territoire, sa population et sa souveraineté face à une invasion.

Les autorités ukrainiennes ont régulièrement déclaré être prêtes à mettre fin à la guerre dans le cadre d’une paix respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. Dans le même temps, le Kremlin continue de formuler des exigences impliquant d’importantes concessions territoriales et politiques de la part de Kyiv. Présenter la fin de la résistance ukrainienne comme une simple décision permettant de parvenir à un accord reviendrait, dans les faits décrits par le texte, à demander à l’État attaqué de renoncer à sa défense.

Les destructions de villes ukrainiennes, les morts parmi les civils et les frappes de missiles et de drones sont la conséquence des opérations militaires russes. Les attribuer à l’Ukraine au motif qu’elle a résisté revient à déplacer la responsabilité des actes de l’agresseur vers le pays qui les subit. Le droit d’un État à se défendre ne transforme pas l’État ayant lancé l’attaque en victime.

Un discours relayé par un média prorusse

Nová republika diffuse régulièrement des récits favorables aux positions du Kremlin, ainsi que des contenus de désinformation et une rhétorique hostile aux institutions occidentales. Daniel Sterzik-Vidlák, l’un de ses auteurs réguliers, est présenté comme un commentateur défendant fréquemment la politique russe et attribuant à l’Ukraine ou à ses partenaires occidentaux la responsabilité de la guerre.

Les accusations visant Kyiv peuvent aussi servir à fragiliser le soutien européen à l’Ukraine. En affirmant que la guerre se poursuivrait uniquement en raison du refus ukrainien de négocier, ce type de discours présente les exigences russes comme une offre de compromis et efface les conditions imposées à l’État attaqué.

Pour les pays européens, la question porte également sur le principe de l’inviolabilité des frontières internationales. Le remettre en cause au nom d’une prétendue responsabilité de la victime reviendrait à accepter qu’une puissance militaire puisse modifier par la force le territoire d’un autre État, tandis que celui-ci serait ensuite sommé de ne pas résister. L’article de Nová republika continue de circuler dans ce cadre de récits concurrents sur la guerre en Ukraine.

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