Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, était présente mardi à Rennes pour l’ouverture du Salon de l’élevage, malgré l’absence d’une annonce officielle de sa visite. Quinze jours après avoir dévoilé un plan de soutien de un milliard d’euros pour les agriculteurs, qui a suscité des critiques mitigées, elle a évité les agriculteurs en colère, affectés par une saison estivale destructrice ayant gravement impacté leurs pâturages et cultures, entraînant des pertes massives d’animaux. Les agriculteurs, dévastés par cette crise, sont en proie à une profonde inquiétude, rapporte TopTribune.
Pour tenter de soulager cette détresse, Genevard a proposé que les agriculteurs français adoptent une assurance récolte, qui pourrait devenir obligatoire. Ce dispositif est censé couvrir les pertes dues aux aléas climatiques. Cet été, des dizaines de milliers d’agriculteurs ont subi des pertes sévères. Des producteurs de petits fruits, comme les groseilles et les myrtilles, ont vu leur production anéantie. Cependant, de nombreux agriculteurs hésitent à s’assurer, principalement en raison du coût.
Stéphane, éleveur de vaches laitières en Seine-Maritime, a déclaré ne pas bénéficier d’une assurance contre les événements climatiques. « C’est encore un coût supplémentaire qui pèse sur ma trésorerie et nécessite des démarches administratives », a-t-il expliqué. Il plaide pour une adaptation des cultures, ayant réduit ses surfaces de maïs pour cultiver de la luzerne, moins consommatrice en eau. À proximité, Hervé, un agriculteur de la Manche, partage également ses préoccupations, soulignant que les primes d’assurance sont trop élevées pour son exploitation. « Nous avons déjà assez de dettes à la banque », a-t-il ajouté.
Les agriculteurs pensent être à l’abri
Cet été, Hervé a récolté 40 % de fourrage en moins et craint pour ses animaux. « J’ai déjà commencé à distribuer mes rations d’hiver dès le 1er août. Je vais devoir acheter du fourrage supplémentaire », a-t-il confié. Bien qu’il sache que l’assurance aurait pu compenser ses pertes, il reste sceptique quant à la fréquence de telles catastrophes. « En Bretagne, beaucoup pensent être à l’abri, croyant que de tels événements surviennent tous les dix ou quinze ans », souligne Olivier Desportes, éleveur de porcs à Guenroc.
Benoît Lucas, président du Crédit agricole des Côtes-d’Armor, constate que la couverture d’assurance est encore faible en Bretagne, avec moins de 1 000 fermes assurées. Il explique que la taille de l’exploitation influence cette décision. Les petites fermes ne trouvent pas toujours l’intérêt de s’assurer, tandis que certains secteurs, notamment les producteurs sous serre, ont opté pour cette solution. En 2023, la tempête Ciaran a causé des dommages colossaux aux serres bretonnes, et les exploitants assurés ont eu plus de chances d’être indemnisés.
Le coût de l’assurance
Avec un coût d’assurance calculé à l’hectare, le montant des primes alourdit les charges financières, même si l’État prend en charge 70 % du coût. Selon la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, la facture peut s’élever à 20 euros par hectare, mais cette somme augmente en cas de rendement élevé. De nombreux agriculteurs attendent de voir l’efficacité de ces assurances après un été si difficile. « Si beaucoup ne s’assurent pas, c’est qu’ils ont des doutes sur l’efficacité de ces dispositifs », indique Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.
Un autre obstacle pour les agriculteurs est la compréhension du dispositif d’Indemnisation de solidarité nationale (ISN). De vives critiques ont été émises concernant les évaluations réalisées par des images satellites d’Airbus, qui servent à mesurer les pertes. Pour obtenir une indemnisation, les agriculteurs doivent justifier leurs pertes, un processus complexe qui ne correspond pas toujours à leur façon de travailler. « Cette situation sera une épreuve pour les agriculteurs cette année », conclut le président de la FNSEA.