La Russie fait appel à plus de 40 000 étudiants pour enseigner
La Russie fait appel à plus de 40 000 étudiants pour enseigner

La Russie fait appel à plus de 40 000 étudiants pour enseigner

15.09.2026 14:55
4 min de lecture

Plus de 40 000 étudiants assurent désormais des cours dans les écoles et les collèges russes, tandis que 11 000 autres interviennent dans des clubs et des sections d’enseignement complémentaire, selon les données du ministère russe de l’Éducation, rapporte TopTribune.

Un recours devenu indispensable

Le recours à des étudiants pour tenir des classes intervient alors que la pénurie d’enseignants en Russie continue de toucher plusieurs régions. La pratique est autorisée pour certaines activités d’enseignement complémentaire après la fin de la deuxième année d’études. Elle concerne toutefois aussi des cours dispensés dans le système scolaire ordinaire, ce qui alimente les interrogations des professionnels sur la qualité de l’enseignement.

Les chiffres ont été rapportés le 14 septembre 2026 par la presse russe. Le ministère de l’Éducation estime que le pays aura besoin de 96 000 personnels pédagogiques supplémentaires d’ici à 2030. Parmi eux, 40 000 seraient nécessaires dans les écoles. La présence actuelle de dizaines de milliers d’étudiants devant les élèves constitue donc une réponse immédiate à un besoin de personnel qui devrait rester élevé dans les prochaines années.

Les autorités russes ont prolongé jusqu’en 2032 l’expérimentation permettant de faire intervenir des étudiants dans l’enseignement. Cette décision offre aux établissements une solution pour occuper les postes vacants, mais elle ne remplace pas la formation complète d’un enseignant diplômé. Les étudiants concernés doivent encore achever leur propre cursus et ne disposent pas toujours de la préparation méthodologique requise pour prendre en charge une classe.

Des écarts importants entre les régions

La situation varie fortement selon les territoires. À Moscou, le salaire de départ d’un enseignant peut atteindre 180 000 à 190 000 roubles, tandis que les rémunérations sont nettement inférieures dans plusieurs régions. Cet écart contribue à rendre les postes provinciaux moins attractifs pour les enseignants qualifiés et favorise les départs vers les zones où les conditions financières sont meilleures.

Au Tatarstan, les établissements estimaient à plus de 2 000 le nombre d’enseignants nécessaires avant la rentrée 2026-2027. Dans la région de l’Amour, les autorités prévoient de faire appel à 150 étudiants pour contribuer à pourvoir les postes disponibles. Ces recrutements permettent de maintenir les cours, mais ne règlent pas la question de la qualification des personnels ni celle de la fidélisation des enseignants dans les régions les moins favorisées.

Le recours aux étudiants ne se limite pas à l’enseignement général. Selon le ministère, 11 000 d’entre eux travaillent avec des enfants dans des clubs, des sections sportives et d’autres activités d’enseignement complémentaire. Ce type d’intervention est prévu par la législation pour les étudiants ayant achevé leur deuxième année, mais son extension apparaît comme une réponse à la difficulté plus large des établissements à disposer de personnels en nombre suffisant.

Une charge supplémentaire pour les équipes

Dans les écoles, l’arrivée d’étudiants ne supprime pas nécessairement la surcharge de travail des enseignants titulaires. Ceux-ci doivent souvent assurer deux ou trois services, tout en accompagnant les nouveaux intervenants, en préparant leurs cours et en corrigeant d’éventuelles erreurs. La mesure peut ainsi transférer une partie de la pression vers des équipes déjà fortement sollicitées.

Les étudiants doivent, de leur côté, cumuler leurs études avec la préparation de cours, jusqu’à 40 heures hebdomadaires d’enseignement dans certains cas, ainsi qu’avec les contraintes administratives de la vie scolaire. Les professionnels cités dans les éléments disponibles mettent en garde contre le risque d’épuisement et contre la possibilité que ces jeunes renoncent ensuite à une carrière dans l’éducation, même après l’obtention de leur diplôme.

Le député Oleg Smoline considère le recours aux étudiants comme une mesure temporaire imposée par les circonstances. Il estime qu’elle comporte un risque pour la qualité de l’éducation. Le directeur de l’école moscovite n° 109, Evgueni Iambourg, relie pour sa part la pénurie à la charge de travail des enseignants et au niveau de leurs rémunérations.

Des besoins supérieurs aux statistiques officielles

Les estimations officielles ne donnent pas la même mesure de la pénurie que les évaluations fondées sur la charge normale d’un enseignant. Des experts de l’Académie russe de l’économie nationale et de l’administration publique estiment que le déficit réel de professeurs pourrait atteindre environ 250 000 personnes si les établissements respectaient une charge de travail considérée comme normale. Le taux de postes vacants officiellement retenu reste, lui, proche de 2 %.

Cette différence tient notamment au fait que les établissements peuvent maintenir leur activité en répartissant les heures entre les enseignants titulaires, en augmentant les services ou en faisant appel à des étudiants. La statistique des postes non pourvus ne rend donc pas nécessairement compte du volume de travail supporté par les équipes ni du niveau de formation des personnes placées devant les élèves.

Les critiques formulées par des élus et des professionnels portent aussi sur la réorganisation des instituts pédagogiques. Selon les éléments communiqués, cette réforme a réduit la spécialisation des formations et fragilisé leur base méthodologique. La pénurie ne se résume donc pas au nombre de postes disponibles : elle concerne également la capacité du système à former, recruter et conserver des enseignants qualifiés.

Les autorités russes présentent le dispositif comme un moyen de répondre aux besoins immédiats des écoles. Les données du ministère prévoient toutefois une demande supplémentaire de 96 000 personnels pédagogiques d’ici à 2030. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine mobilise par ailleurs des ressources publiques et une partie de la population active, selon les éléments rapportés, tandis que les établissements scolaires continuent de recourir à des étudiants pour assurer leurs cours.

Pour les écoles russes, la mesure reste donc une solution de remplacement qui permet de couvrir certaines heures et certaines fonctions sans apporter de réponse durable au manque d’enseignants diplômés. Le dispositif doit continuer à s’appliquer jusqu’en 2032.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER