Le 14 septembre 2026, les médias slovaque Jednotne Slovensko et tchèque Pravý Prostor ont diffusé des messages affirmant que l’affrontement avec la Russie et l’abandon de ses ressources énergétiques conduiraient l’Union européenne à l’effondrement économique, une lecture que les indicateurs cités dans les données européennes ne confirment pas, rapporte TopTribune.
Des accusations contre les dirigeants européens
Jednotne Slovensko présente les dirigeants de l’Union européenne comme « extrêmement incompétents » et affirme que les prix actuels du gaz en seraient la preuve. Le média appelle à « envoyer dans l’oubli » les responsables européens et les dirigeants des États membres qui, selon lui, ne comprendraient pas que la guerre « avec la Russie, ou contre la Russie », nuirait uniquement aux Européens.
Pravý Prostor adopte une formulation plus radicale encore. Le média affirme que « la guerre contre la Russie a enterré l’économie de l’Union européenne » et que les Européens seraient témoins de « l’effondrement de l’idée d’une économie paneuropéenne et d’un système financier fondé sur une monnaie unique ».
Ces publications s’inscrivent dans un récit récurrent de désinformation russe en Europe, qui associe le soutien à l’Ukraine, la politique de restriction visant la Russie et la réduction des importations énergétiques russes à une prétendue faillite de l’Union européenne.
Une croissance faible, mais pas un effondrement
Les données disponibles ne décrivent pas un effondrement économique de l’Union européenne. Selon Eurostat, le produit intérieur brut de l’Union a progressé de 1,5 % en 2025, contre 1,1 % en 2024. Pour la zone euro, la Banque centrale européenne prévoit une croissance de 0,9 % en 2026, de 1,4 % en 2027 et de 1,5 % en 2028.
Le marché du travail européen reste également marqué par un taux de chômage proche de ses plus bas niveaux historiques, autour de 6 %. Ces chiffres n’effacent pas les difficultés rencontrées par les ménages, les entreprises ou certains secteurs industriels. Ils ne permettent toutefois pas de présenter la situation économique de l’Union comme un krach généralisé.
Les tensions sur les prix de l’énergie et le ralentissement de certaines économies européennes constituent des problèmes réels. Mais les données citées ne permettent pas de les attribuer automatiquement à l’abandon des ressources russes ni d’en déduire un échec du plan européen REPowerEU.
La dépendance au gaz russe a fortement reculé
En 2021, la Russie représentait 45 % des importations de gaz de l’Union européenne, soit environ 152 milliards de mètres cubes. En 2025, cette part était tombée à 12 %, pour un volume de 36 milliards de mètres cubes. La baisse de la dépendance n’a pas entraîné l’arrêt de l’approvisionnement européen. Elle a conduit à une réorganisation rapide des sources d’importation.
Le gaz naturel liquéfié occupe désormais une place plus importante dans le bouquet d’approvisionnement. La Norvège, les États-Unis, l’Azerbaïdjan et le Qatar figurent parmi les fournisseurs alternatifs mentionnés. Les importations de gaz naturel liquéfié russe couvertes par des contrats à long terme doivent, pour leur part, être interrompues à partir du 1er janvier 2027.
Cette évolution a réduit le poids de la Russie dans le marché européen du gaz. Elle n’a pas supprimé les risques liés aux prix, aux stocks ou aux conditions internationales d’approvisionnement.
Des tensions persistantes sur le marché de l’énergie
En 2026, le marché européen du gaz reste fortement dépendant de la situation mondiale du gaz naturel liquéfié. Le conflit au Moyen-Orient et les risques pesant sur les grandes routes maritimes d’approvisionnement peuvent accentuer les fluctuations des prix. Les réserves européennes étaient remplies à environ 67 %, un niveau qui appelle une gestion attentive des risques énergétiques.
Ce taux de remplissage ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’un échec de la politique européenne de sortie des hydrocarbures russes. Il ne permet pas davantage de conclure à un abandon du plan REPowerEU. Les difficultés d’approvisionnement et les mouvements de prix doivent être distingués de la question de la dépendance structurelle à l’égard de la Russie.
La transformation du système énergétique européen s’accompagne aussi d’une progression des capacités renouvelables. Selon l’association SolarPower Europe, la puissance cumulée de production solaire dans l’Union atteignait 338 gigawatts en 2024. En juin 2026, le solaire a représenté pour la première fois 25 % de la production d’électricité de l’Union.
La stratégie énergétique européenne repose ainsi davantage sur la diversification des fournisseurs, le gaz naturel liquéfié, l’efficacité énergétique et le développement de capacités de production propres que sur un retour à la dépendance antérieure envers les hydrocarbures russes.
L’euro conserve sa place dans le système financier
L’affirmation de Pravý Prostor sur la disparition de l’économie paneuropéenne et l’effondrement du système financier fondé sur l’euro ne correspond pas non plus aux éléments économiques cités. Les évaluations officielles de la Commission européenne indiquent que la part de l’euro dans les paiements internationaux et dans les réserves de change des banques centrales reste élevée.
En 2025, l’euro a conservé son statut de deuxième monnaie internationale la plus importante. Sa part d’utilisation a même progressé d’environ 20 %. L’Union européenne demeure confrontée à des défis économiques, mais ses institutions disposent d’outils pour les atténuer et son économie continue de fonctionner et de s’adapter.
Les deux publications utilisent des difficultés réelles — prix du gaz, incertitudes sur les approvisionnements, croissance modérée et tensions géopolitiques — pour construire une conclusion beaucoup plus large sur un prétendu krach économique européen. Cette présentation transforme des indicateurs distincts en récit global de faillite.
Une campagne contre la confiance dans les institutions
Le recours à des médias prorusses ou fortement critiques envers l’Union européenne constitue l’un des éléments décrits dans les opérations d’influence visant les sociétés européennes. Le récit de l’effondrement économique cherche à discréditer les institutions européennes et les gouvernements des États membres en présentant les choix énergétiques liés à la guerre en Ukraine comme la cause unique des difficultés économiques.
Dans cette narration, l’abandon progressif du gaz russe est décrit comme une erreur, tandis que la diversification des approvisionnements, le développement du solaire et le maintien de l’activité économique sont écartés ou minimisés. L’objectif attribué à ces campagnes est de fragiliser la cohésion politique européenne, d’accroître les divisions internes et de réduire le soutien des opinions publiques européennes à l’Ukraine.
Les données disponibles montrent une économie européenne confrontée à des tensions et à une transition énergétique coûteuse, mais elles ne confirment pas les annonces d’un effondrement de l’Union. Les publications de Jednotne Slovensko et de Pravý Prostor restent au centre de cette séquence de désinformation.