Dans la prise en charge du cancer du sein, la prescription de la chimiothérapie repose principalement sur des critères cliniques tels que la taille de la tumeur, l’implication des ganglions lymphatiques, l’âge ou le grade tumoral. Cependant, l’essai international OPTIMA introduit un nouveau facteur crucial : l’analyse génomique de la tumeur. D’après des recherches menées par l’University College London, les résultats révèlent que les patientes de 40 ans et plus, atteintes d’un cancer du sein hormonosensible avec un faible score Prosigna, réussissent à éviter la chimiothérapie sans augmentation notable du risque de récidive dans les cinq ans suivant le traitement, rapporte TopTribune.
Une évaluation plus précise pour éviter le surtraitement
Pour les patientes opérées d’un cancer du sein, la période post-chirurgicale est souvent cruciale. Les oncologues doivent évaluer si la chimiothérapie adjuvante est nécessaire pour minimiser le risque de récidive. Cette décision est complexe, surtout lorsque les critères cliniques suggèrent un risque élevé, alors que les caractéristiques biologiques de la tumeur peuvent indiquer une progression moins agressive.
C’est dans ce contexte d’incertitude que le test Prosigna s’avère pertinent. Contrairement aux tests qui identifient les mutations héréditaires comme BRCA1 ou BRCA2, Prosigna évalue l’expression génique des tissus tumoraux, en mesurant l’activité de 50 gènes associés au comportement tumoral. Selon Veracyte, ce test aide à déterminer le risque de récidive et oriente certaines décisions thérapeutiques dans le traitement du cancer du sein.
L’essai OPTIMA visait à explorer si ces données biologiques pouvaient influencer la prise en charge des patientes. Comme le signale l’University College London, 4 429 patientes âgées d’au moins 40 ans ont été incluses dans l’étude. Toutes étaient diagnostiquées avec un cancer du sein précoce, hormonosensible, ER positif et HER2 négatif, avec un risque clinique suffisamment élevé pour considérer la chimiothérapie.
Dans le groupe soutenu par Prosigna, les femmes dont le score était faible ont reçu uniquement un traitement hormonal, tandis que les autres ont bénéficié d’une chimiothérapie suivie d’une hormonothérapie. L’objectif était de déterminer si cette approche permettait d’éviter des chimiothérapies non nécessaires tout en maintenant les chances de survie des patientes.
Des résultats similaires après cinq ans malgré une chimiothérapie réduite
Les premières analyses corroborent cette approche, démontrant que plus des deux tiers des patientes dont le traitement a été orienté par Prosigna ont réussi à éviter la chimiothérapie. Le taux de survie sans récidive à cinq ans atteint 93,7 % dans le groupe bénéficiant du test, contre 94,9 % pour celles traitées selon le protocole traditionnel, incluant la chimiothérapie.
The Guardian rapporte des résultats comparables : 94 % des patientes qui ont évité la chimiothérapie étaient en vie et sans récidive cinq ans après leur traitement, contre 95 % parmi celles qui ont reçu une chimiothérapie associée à l’hormonothérapie. Ces résultats ont été partagés lors du congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology.
L’écart entre les deux groupes reste minime. Cela ne sous-entend pas l’inefficacité de la chimiothérapie pour le cancer du sein, mais indique plutôt qu’elle peut être évitée pour certaines patientes dont le profil génomique révèle un faible risque de récidive.
Le professeur Rob Stein, responsable principal de l’étude à l’University College London, résume ce défi médical : « OPTIMA s’attaque à un enjeu ancien dans le traitement du cancer du sein : identifier qui bénéficiera réellement de la chimiothérapie et qui peut s’en passer. » Comme rapporté par The Guardian.
Les bénéfices pour les patientes
L’importance d’un tel test ne se limite pas aux statistiques de survie. Pour les patientes, éviter la chimiothérapie peut transformer leur expérience du traitement. Cette thérapie peut engendrer fatigue, perte de cheveux, nausées et affaiblissement du système immunitaire, avec des conséquences durables telles que neuropathies, troubles cognitifs ou impact sur la fertilité.
Il s’agit donc de minimiser l’exposition à un traitement lourd quand son bénéfice réel est faible. Le professeur Iain MacPherson, co-responsable de l’étude et spécialiste en oncologie mammaire à l’Université de Glasgow, souligne que les données vont dans ce sens : « OPTIMA fournit des preuves convaincantes, susceptibles demoduler les pratiques cliniques, témoignant que nous pouvons en toute sécurité réduire la chimiothérapie pour de nombreuses patientes atteintes de cancer du sein hormonosensible. »
Diminuer les traitements de chimiothérapie peut également avoir un impact sur la vie professionnelle et familiale. Moins de traitements signifient souvent des arrêts de travail plus courts, moins d’effets secondaires à gérer, et une rapide reprise des activités quotidiennes. Cela pourrait également réduire les complications et les hospitalisations associées aux effets indésirables des traitements.
Une avancée qui ne concerne pas toutes les patientes
Néanmoins, la prudence est de mise. L’essai OPTIMA s’applique à un groupe spécifique : des patientes et patients âgés d’au moins 40 ans, atteints d’un cancer du sein précoce, hormonosensible, ER positif et HER2 négatif. Selon l’University College London, les résultats ne permettent pas encore de faire des conclusions solides pour les patientes plus jeunes. Bien que des hommes aient également été inclus dans l’étude, leur nombre est insuffisant pour tirer des analyses distinctes.
Il est important de faire la distinction entre test génomique et test génétique. Prosigna évalue l’activité des gènes tumoraux, et non le patrimoine héréditaire de la patiente. Par conséquent, il ne permet pas de déterminer si une personne présente un risque familial de cancer, mais fournit plutôt une estimation du comportement d’une tumeur déjà diagnostiquée.
Cette nuance est essentielle afin d’éviter tout malentendu. Une patiente avec un score Prosigna faible ne bénéficie pas d’une assurance d’absence de récidive; elle obtient une information complémentaire qui aide l’équipe médicale à évaluer l’intérêt thérapeutique de la chimiothérapie dans son cas particulier.
Un enjeu crucial pour la France
En France, l’impact potentiel de cet outil est considérable, car le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez les femmes. Santé publique France souligne qu’il représente environ un tiers des nouveaux cancers féminins.
L’Institut national du cancer évalue à 61 214 le nombre de nouveaux cas de cancer du sein en France métropolitaine pour l’année 2023, avec un âge médian au moment du diagnostic de 64 ans.
Dans ce contexte, les tests génomiques pourraient jouer un rôle