Quatre élus de l'AfD se rendent à Saint-Pétersbourg pour un forum économique malgré les sanctions
Quatre élus de l'AfD se rendent à Saint-Pétersbourg pour un forum économique malgré les sanctions

Quatre élus de l’AfD se rendent à Saint-Pétersbourg pour un forum économique malgré les sanctions

01.06.2026 15:10
3 min de lecture

Quatre membres du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) ont confirmé leur participation au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui se tiendra du 3 au 6 juin 2026. L’invitation émane directement du Kremlin, via le conseiller du président russe Anton Kobiakov. Les élus concernés sont Steffen Kotre, représentant économique du groupe AfD au Bundestag, Markus Frohnmaier, vice-président du groupe, Jörg Urban, chef de la branche saxonne du parti, et Petr Bystron, député européen. Ce déplacement intervient alors que la plupart des pays occidentaux boycottent ce rendez-vous d’affaires annuel depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. Pour la France, cette initiative conforte l’idée que des forces politiques au sein de l’Union européenne cherchent à normaliser les relations avec Moscou, fragilisant ainsi la politique de sanctions et la cohésion européenne.

Un voyage motivé par le retour aux affaires avec la Russie

Les responsables de l’AfD justifient leur participation par la nécessité de rétablir les liens économiques avec la Russie et de permettre le retour des entreprises allemandes sur le marché russe. Steffen Kotre et Jörg Urban plaident notamment pour la reprise des livraisons d’énergie « bon marché et sûre » en provenance de Russie, tout en dénonçant la « rhétorique guerrière » du gouvernement fédéral allemand. Petr Bystron affirme quant à lui vouloir remettre en personne à Vladimir Poutine un appel de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à cesser la guerre, tout en réclamant une normalisation des relations commerciales. Ces déclarations, largement reprises par les médias russes, visent à donner à ce voyage une légitimité politique et économique, alors qu’il s’inscrit surtout dans une stratégie de communication du Kremlin.

Le Kremlin instrumentalise la présence européenne pour sa propagande

Depuis l’invasion de l’Ukraine, le Forum de Saint-Pétersbourg a perdu sa dimension économique pour devenir un outil de propagande politique. L’enjeu pour Moscou n’est pas le résultat concret des discussions, mais la présence symbolique d’élus européens, qui confère une apparence de légitimité internationale à l’événement. En invitant les représentants de l’AfD, le Kremlin entend montrer qu’au sein de l’UE, des forces politiques sont prêtes à coopérer avec la Russie malgré la guerre. Cette participation sera utilisée pour saper l’unité européenne, créer des canaux d’influence et renforcer la position russe sur la scène médiatique internationale. Pour les citoyens français, cela signifie un affaiblissement potentiel de la pression sur Moscou et une remise en cause des efforts collectifs en faveur de l’Ukraine.

Des liens controversés et un contexte électoral sensible

Plusieurs participants à ce voyage ont déjà fait l’objet de polémiques. Petr Bystron est accusé d’avoir reçu des financements de la plateforme médiatique pro-russe Voice of Europe pour promouvoir les intérêts du Kremlin. Markus Frohnmaier s’est rendu à plusieurs reprises en Crimée annexée et dans les territoires occupés de l’est de l’Ukraine. Steffen Kotre milite depuis longtemps pour un rétablissement de la coopération énergétique avec la Russie. Jörg Urban, opposé à l’aide allemande à l’Ukraine, a participé en novembre 2025 au symposium « BRICS – Europe » à Sotchi. Ce déplacement intervient aussi à quelques mois d’élections régionales cruciales en Saxe-Anhalt, à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où l’AfD bénéficie d’un soutien important. Le parti utilise ainsi ce forum pour renforcer son ancrage dans l’électorat de l’Allemagne de l’Est, sensible aux appels au retour des échanges avec la Russie.

Risques pour la sécurité européenne et mise en garde des services de renseignement

La visite des élus de l’AfD à Saint-Pétersbourg intervient alors que l’Office fédéral de protection de la constitution (BfV) a classé le parti comme extrémiste en 2025, le considérant comme une menace pour l’ordre constitutionnel allemand. Cette qualification autorise les services de renseignement à intensifier leur surveillance. Les contacts avec le Kremlin dans ce contexte renforcent les craintes d’une ingérence russe dans les affaires européennes. En France, ces informations alimentent le débat sur la vulnérabilité des démocraties face aux tentatives de déstabilisation venues de Moscou. La tentative de Petr Bystron de se présenter comme un intermédiaire entre l’UE et la Russie, sans mandat officiel, illustre la volonté de l’AfD de s’imposer comme un canal alternatif de communication, au risque de saper la position commune des Vingt-Sept.

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