La contamination au cadmium en France : les parlementaires en désaccord sur les priorités

La contamination au cadmium en France : les parlementaires en désaccord sur les priorités

12.05.2026 07:27
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La contamination généralisée de la population française au cadmium, un métal lourd souvent présent dans les engrais, suscite des interrogations quant à son traitement par les parlementaires français. Pourtant, une alerte sur ce métal toxique omniprésent a été émise en juin 2025 par les médecins libéraux et l’Association Santé Environnement France (ASEF). Cette préoccupation a été corroborée en mars dernier par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a noté une « surexposition » des Français à ce cancérigène avéré, soupçonné de favoriser certains cancers, notamment celui du pancréas. Les enfants, en particulier, sont les plus vulnérables, leurs taux de cadmium étant trois à quatre fois supérieurs à ceux de nombreux autres pays européens, rapporte TopTribune.

Un vote des présidents des groupes parlementaires reléguant le texte

A l’Assemblée, une proposition de loi portée par les députés écologiste et social Benoît Biteau et Clémentine Autain a pour but de restreindre la présence de cadmium dans l’alimentation des Français. Cependant, en avril, lors du vote des présidents des groupes parlementaires, cette initiative a récolté le plus faible soutien. Les groupes Démocrates, Horizons et UDR se sont abstenus, tandis que les partis Rassemblement national et Droite républicaine ont voté contre. Ainsi, ce texte a été placé en septième et dernière position de l’ordre du jour, rendant son examen quasi impossible avant la clôture de cette session. Benoît Biteau a confirmé qu’il est peu probable que le texte soit débattu avant mercredi soir. Toutefois, il garde espoir qu’un début de discussion prévu pour mercredi à 23h30 puisse sanctuariser ce texte pour la semaine suivante, le positionnant potentiellement comme le premier à être traité.

Le scénario le plus probable prévoit un examen de cette proposition de loi lors de la prochaine semaine transpartisane, en juin. Les présidents des groupes parlementaires se réuniront ce mardi pour voter sur l’agenda des textes. Benoît Biteau exprime un optimisme prudent, notant un « frémissement » et « une inflexion » favorable vers son texte, en partie dû à « une importante exposition médiatique ». Actuellement, il bénéficie du soutien de plus de cent députés, parmi lesquels Sandrine Le Feur, présidente (Ensemble) de la commission développement durable, et Vincent Thiébaut (Horizons), très impliqué avec la Fédération Grandir Sans Cancer. Biteau espère également obtenir la signature de la députée et ancienne ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq, dont l’hésitation pourrait encore changer la donne.

Soutien des scientifiques et médecins

La proposition de loi « visant à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation » préconise de diminuer la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 milligrammes par kilo en 2027, puis à 20 mg/kg en 2030, alors qu’elle est actuellement de 90 mg/kg, comparativement à 60 mg/kg dans l’UE. En réponse à ceux qui jugent le projet trop restrictif, le député Biteau, qui est également agriculteur bio, souligne que son initiative « n’interdit pas les engrais phosphatés » et qu’elle ne compromettra pas la compétitivité des agriculteurs, en assurant que les phosphates sans cadmium ne sont pas plus onéreux.

Ce texte reçoit un large soutien de la part des médecins et de l’ASEF. Son président, le docteur Pierre Souvet, a récemment contacté les présidents des groupes parlementaires pour leur transmettre un résumé des alertes sur le cadmium et des pathologies associées. Des députés du groupe Horizons, favorable au texte, ont également été sollicités. Le cardiologue Souvet plaide pour des mesures politiques de réduction du taux de cadmium et des approches agroécologiques, déclarant que les députés ne peuvent plus ignorer ces préoccupations, considérant les implications morales et sanitaires significatives si des mesures ne sont pas prises. L’ASEF est rejointe par les membres du collectif Alerte médicale sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens (AMLP), qui ont également adressé une lettre aux chefs de groupe à l’Assemblée nationale.

Benoît Biteau conclut en affirmant que voter un texte intégrant cette alerte sanitaire sur le cadmium avant fin juin « redonnerait de la légitimité à l’Assemblée nationale », un message fort dans un contexte de défiance envers les élus. Cette initiative pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte contre la contamination alimentaire en France.

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