Trois Iraniens portent plainte aux États-Unis contre Parviz Sabeti pour torture subie sous le régime du chah

Trois Iraniens portent plainte aux États-Unis contre Parviz Sabeti pour torture subie sous le régime du chah

15.10.2026 21:36
4 min de lecture

l’essentiel Trois Iraniens ont intenté une action en justice aux États-Unis contre Parviz Sabeti, ancien responsable de la SAVAK, pour des tortures alléguées subies sous le régime du chah. Le 6 octobre 2026, un tribunal en Floride a approuvé l’utilisation de pseudonymes afin de protéger leur identité, bien que le délai légal soit écoulé. Selon Hamid Enayat, politologue et spécialiste de l’Iran, cette affaire soulève des interrogations sur la justice et la sécurité des victimes dans un climat politique tendu, rapporte TopTribune.

Des décennies après les tortures qu’ils affirment avoir subies dans les prisons du chah, ces trois hommes ont décidé de faire appel à la justice américaine. Toutefois, ils ont demandé à ce que leur identité reste secrète, montrant ainsi leur inquiétude pour leur sécurité.

Malgré la chute du régime qu’ils accusent depuis près de cinquante ans, la peur persiste. Un tribunal fédéral de Floride a statué en leur faveur, leur permettant de poursuivre leur action sous des pseudonymes après avoir examiné les menaces éventuelles qui pèsent sur eux.

Un tribunal qui refuse de refermer le passé

La plainte vise Parviz Sabeti, figure majeure de la SAVAK, les services de renseignement et de sécurité du chah Mohammad Reza Pahlavi.

Les plaignants l’accusent d’avoir joué un rôle dans leur détention ainsi que dans les tortures qu’ils ont subies. Après avoir quitté l’Iran quelques mois avant la chute du chah en 1979, ils vivent aujourd’hui aux États-Unis.

Le 6 octobre 2026, le juge fédéral Gregory Presnell a rejeté la requête de Sabeti visant à classer l’affaire pour cause de dépassement du délai légal de dix ans, permettant ainsi la poursuite de la procédure.

Bien que cette décision ne constitue pas une condamnation, elle illustre que le temps ne constitue pas un obstacle à l’examen judiciaire des allégations de torture.

En parallèle, une autre histoire se dessine en dehors des salles d’audience.

Quand un ancien responsable de la police secrète devient un symbole

En 2023, une image de Sabeti lors d’un rassemblement d’Iraniens a ravivé son profil public.

En juin 2026, The Guardian a rapporté que des portraits de Sabeti et des symboles de la SAVAK avaient été montrés lors de manifestations de partisans de Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah d’Iran.

À Munich, des manifestants ont brandi son portrait. Un autre rassemblement a vu le slogan « Un peuple, un drapeau, un chef » critiqué pour ses connotations avec la rhétorique nazie.

Ces événements mettent en lumière deux perceptions opposées : d’un côté, trois hommes qui affirment avoir été torturés par la monarchie, et qui aujourd’hui, redoutent de révéler leur identité ; de l’autre, des supporters d’un retour à la monarchie rendant hommage à un ancien régime connu pour sa répression.

Ce contraste ne prouve pas les allégations contre Sabeti, mais questionne : comment peut-on promettre la liberté tout en célébrant des figures associées à la répression politique ?

Le droit à la justice ne doit pas devenir l’otage des rivalités politiques

Reza Pahlavi a récemment distancé sa position concernant l’affichage des symboles de la SAVAK, affirmant son opposition à la torture.

Néanmoins, cette question surv dépasse sa position personnelle : quelle attention les forces souhaitant jouer un rôle incontournable dans l’avenir de l’Iran accordent-elles aux droits de leurs ennemis politiques ?

Les divergences historiques au sujet de l’Iran sont considérables. Certains estiment que le système de parti unique et la répression des forces politiques, y compris progressistes, ont permis à la République islamique d’émerger. D’autres soutiennent que, face à la répression actuelle, la monarchie d’hier est dépeinte de manière plus douce.

Quelles que soient les interprétations, elles ne doivent pas priver les victimes de leur droit à la justice.

Examiner les plaintes des anciens prisonniers politiques du chah ne signifie ni absoudre la République islamique ni discuter d’un éventuel retour de la monarchie. De la même manière, condamner les actes de torture sous la République islamique ne justifie pas de fermer les yeux sur les abus de l’ancien régime.

Une victime de torture ne devrait jamais avoir à prouver sa loyauté politique avant de demander justice.

Ce qu’une affaire américaine nous apprend sur l’avenir de l’Iran

Cet événement se déroule alors que la répression brutale des manifestations de janvier 2026, les exécutions politiques, et les conséquences de la guerre relèvent de la discussion sur l’avenir de la République islamique.

Cependant, un changement de régime ne garantit pas la fin de la répression. Cela repose sur la mise en place de systèmes capables de limiter le pouvoir.

Dans une démocratie, chaque citoyen devrait pouvoir porter plainte contre un membre des services de sécurité, même s’il est proche du pouvoir. Un journaliste doit avoir la liberté de critiquer les dirigeants. Un ancien prisonnier politique doit pouvoir témoigner sans crainte de représailles.

L’expérience iranienne indique que lorsque les services de sécurité deviennent des protecteurs des dirigeants au lieu d’institutions soumises à la loi, la frontière entre sécurité publique et répression politique se brouille.

La question centrale n’est pas uniquement de savoir qui gouvernera l’Iran dans le futur, mais quelles institutions assureront la défense des citoyens face au pouvoir.

La liberté commence par le droit de contester

Pour le lecteur français, l’affaire Sabeti pourrait sembler un lointain souvenir. Pourtant, elle touche à un principe fondamental de toute démocratie : nul ne devrait échapper à l’examen judiciaire en raison de son pouvoir ou de son influence politique.

La société politique iranienne ne peut retarder l’examen de cette question : si certains opposants à la République islamique refusent de reconnaître le droit à la justice des victimes de la monarchie, comment pourront-ils garantir les droits de ceux qui critiquent leurs propres actions à l’avenir ?

La véritable épreuve de la liberté consiste non seulement à défendre ceux qui partagent nos idées, mais également à soutenir les droits de ceux dont le récit remets en question nos certitudes.

Les plaignants doivent pouvoir s’exprimer sans crainte, tandis que Parviz Sabeti doit jouir des pleins droits de la défense.

L’avenir démocratique de l’Iran repose sur ce principe : le droit à la justice et la protection de la loi doivent être garanties à tous, y compris à ceux que les détenteurs du pouvoir cherchent à réprimer.

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