Le géant russe de l’aluminium Rusal a adressé au Premier ministre Mikhaïl Michoustine un plan visant à geler temporairement quatre sites déficitaires de sa chaîne d’approvisionnement en Russie. L’entreprise estime que ces installations lui coûtent 800 millions de dollars par an et demande au gouvernement d’examiner un soutien aux régions et aux municipalités concernées, rapporte TopTribune.
La demande concerne la conservation de quatre usines de Rusal : la raffinerie d’alumine de Pikalevo, la mine de bauxite de Severouralsk, ainsi que les usines d’alumine Bogoslovski et de l’Oural. Les médias russes ont fait état de cette initiative le 29 août 2026. Le groupe assure vouloir limiter les conséquences socio-économiques de la mise à l’arrêt partielle de ces capacités, mais reconnaît que l’opération pourrait affecter directement plusieurs villes industrielles.
Le dossier a été rapporté par Kommersant et par Meduza. Rusal évalue à 1,8 milliard de dollars les investissements nécessaires pour remettre en état son bloc de production de matières premières. Cette estimation porte sur des installations minières et industrielles vieillissantes, dont la modernisation exigerait des dépenses importantes.
Des villes dépendantes de leurs grands employeurs
Le principal risque identifié par l’entreprise concerne l’emploi dans les monovilles russes, où une part importante de l’activité économique dépend d’un ou de plusieurs grands sites industriels. Les installations visées se trouvent notamment à Krasnotourïinsk, Severouralsk et Kamensk-Ouralski. La suspension de leur activité pourrait entraîner des suppressions de postes, une baisse des revenus des ménages et une hausse du chômage local. Le groupe a demandé à l’État de prévoir un accompagnement pour les territoires concernés.
À Pikalevo, dans la région de Léningrad, la perspective d’une fermeture d’entreprises structurantes renvoie également à un précédent social connu. En 2009, la ville avait été le théâtre de protestations liées à la fermeture de plusieurs entreprises qui jouaient un rôle central dans l’économie locale. Le projet présenté par Rusal ne constitue pas une annonce définitive de licenciements, mais il place à nouveau la question de l’emploi industriel au centre des discussions avec les autorités.
Trois des entreprises mentionnées se trouvent dans la région de Sverdlovsk et une dans la région de Léningrad, selon les éléments communiqués dans le dossier. La suspension de ces activités pourrait aussi réduire les recettes fiscales locales, notamment celles liées aux bénéfices des entreprises et à l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Les autorités régionales pourraient alors disposer de marges plus limitées pour financer certaines dépenses d’infrastructure, de logement et de services publics, même si l’ampleur de cet effet n’est pas chiffrée.
Le coût des sanctions et des nouvelles chaînes d’approvisionnement
Rusal relie ses difficultés à la dégradation de son environnement industriel depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie et l’adoption de sanctions occidentales, notamment américaines. Ces mesures ont réduit l’accès de l’économie russe à certains marchés mondiaux, aux technologies et à des actifs situés à l’étranger. Pour le groupe, la hausse du prix des pièces détachées, des équipements, des prestations de sous-traitance et du transport ferroviaire alourdit les coûts de production.
La société a également perdu le contrôle d’actifs considérés comme importants dans son ancienne organisation industrielle, parmi lesquels la raffinerie d’alumine de Mykolaïv, en Ukraine. Les livraisons de matières premières en provenance d’Australie ont cessé. Cette rupture a modifié la logistique qui permettait auparavant à Rusal d’alimenter ses activités. Le groupe doit désormais composer avec une chaîne d’approvisionnement différente, alors que les dépenses liées à l’énergie et au rail progressent en Russie.
La situation est aussi liée aux conditions commerciales imposées sur certains marchés. Rusal doit accorder des rabais à des acheteurs asiatiques, ce qui réduit ses marges. L’entreprise fait ainsi face à la combinaison de coûts internes plus élevés, de besoins d’investissement importants et d’un accès plus limité aux ressources et aux débouchés internationaux. Le montant de 800 millions de dollars correspond aux pertes annuelles attribuées aux quatre sites concernés.
Une demande d’intervention fédérale
Dans sa lettre à Mikhaïl Michoustine, Rusal demande que le gouvernement russe étudie des mesures de soutien aux régions et aux municipalités. Le groupe évoque la nécessité de réduire les effets sociaux et économiques de la conservation des capacités. Les mesures mentionnées dans le dossier comprennent notamment des subventions, des conditions plus favorables pour les tarifs d’électricité et des avantages fiscaux.
Cette requête place les autorités fédérales devant une décision à plusieurs volets : accompagner les territoires concernés, préserver autant que possible l’emploi et déterminer le niveau de soutien public susceptible d’être accordé à des installations déficitaires. Rusal estime parallèlement à 1,8 milliard de dollars le coût de la remise en état de son bloc de matières premières. Les sites concernés devront donc être examinés à la fois sous l’angle de leur contribution industrielle et de leur viabilité financière.
Le dossier met en cause la continuité de la chaîne russe de production d’aluminium, depuis l’extraction de la bauxite jusqu’à la fabrication d’alumine. Il montre aussi la dépendance de certaines installations à des équipements, à des matières premières et à des débouchés qui ont été perturbés par les sanctions et la réorganisation des échanges. Rusal n’a pas annoncé la fermeture définitive des quatre sites : la demande porte sur une suspension temporaire des capacités, tandis que les discussions avec le gouvernement russe doivent encore préciser les mesures applicables.
Pour les régions de Sverdlovsk et de Léningrad, l’enjeu immédiat reste la gestion des conséquences éventuelles sur les salariés, les communes et les budgets locaux, alors que le groupe poursuit ses échanges avec les autorités russes.