«Je suis un homme de droite…» Interviewé par nos confrères de BFM TV ce dimanche, Edouard Philippe (Horizons) a fermement affirmé son appartenance à la droite. Cependant, il a ensuite évoqué le terme de «bloc central» pour désigner l’espace politique qu’il dispute avec Gabriel Attal (Renaissance) en vue de l’élection présidentielle de 2027, rapporte TopTribune.
Gabriel Attal, après avoir commencé sa carrière au Parti socialiste, a embrassé la macronie avant d’en prendre la tête, tout en amorçant un virage à droite pour satisfaire ses ambitions présidentielles. Cette ambiguïté entre le centre et la droite n’est pas nouvelle en France, une dynamique déjà soulignée par François Mitterrand qui affirmait que «le centre n’est ni à gauche, ni à droite». Cette réalité soulève la question de la véritable essence du centre dans le paysage politique français.
Le centre se place «au-dessus» du clivage gauche-droite
Selon Pierre Serna, professeur d’Histoire à l’Université Paris-Sorbonne et auteur de «L’Extrême centre ou le poison français 1789-2019», le centre existe depuis la fin de la Révolution. Bien qu’il se présente comme le repère des coalitions et du compromis, il ne se situe pas réellement entre la gauche et la droite.
«Le centre, quand il existe, n’est pas entre la droite et la gauche; il est au-dessus d’eux. Ce n’est pas une ligne horizontale, c’est un triangle. Pour exister, il a besoin d’être en réaction à la droite et à la gauche», explique Serna. Dans des moments de conflictualité entre les deux grands courants, le centre peut émerger pour capter le soutien des électeurs modérés des deux bords.
Une force de «modération» sans idéologie propre
Serna souligne qu’il est difficile d’attribuer une idéologie propre au centre. «À partir du moment où il veut se présenter comme une force de modération, dans un temps de crise, le centre doit retrouver les principes politiques de la modération, qui ne constituent pas une idéologie», précise-t-il. Contrairement à la droite et à la gauche, qui reposent sur des principes clairs, le centre se caractérise par une adaptabilité face aux réalités politiques.
Historiquement, le centre a souvent penché à droite, notamment sous la Ve République. Le général de Gaulle a cherché à incarner le centre au début de sa présidence, avant de se rallier à la droite traditionnelle. Le Centre démocratie et progrès a également rejoint le gouvernement de Georges Pompidou après l’élection présidentielle de 1969.
Même les électeurs penchent plus vers la droite
Plus récemment, François Bayrou, symbole du centre modéré, a souvent collaboré avec la droite, occupant des postes ministériels dans les gouvernements de Balladur, Juppé et Philippe. Cela se retrouve dans les tendances des électeurs. Selon une enquête du Cevipof réalisée en 2025, les sympathisants du Modem partagent des attitudes économiques proches de celles des sympathisants de Renaissance et des Républicains, notamment sur des questions telles que l’ouverture économique et la compétitivité des entreprises.
Ne pas confondre avec «l’extrême centre»
Bien que de nombreux centristes aient penché vers la droite, cela ne signifie pas une simple amalgamation des deux courants, insiste Pierre Serna. «Certains ont basculé vers le centrisme par opportunisme électoral», dit-il, citant des figures historiques comme le Général de Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing.
Serna met également en garde contre la confusion entre le centre et l’extrême centre. Ce dernier, repéré dès 1790, décrit les politiques qui adoptent un comportement intolérant envers leurs opposants, s’éloignant de l’idée de compromis et de coalition.
À un centre fort succède souvent un régime autoritaire
Pierre Serna souligne qu’un extrême centre peut être en désaccord avec la droite républicaine. Ce phénomène s’appuie sur les crises politiques pour faire émerger un leader charismatique qui, une fois au pouvoir, peut adopter des tendances autoritaires. Il cite des exemples historiques tels que Napoléon Bonaparte.
Ce qu’il appelle le «girouettisme» est une adaptabilité totalisante à la politique, sans principes fixes. L’historien décrit l’extrême centre comme une réponse à des crises qui exploitent le flou idéologique et le déséquilibre du pouvoir exécutif dans le paysage politique français. «C’est en ce sens que je parle de quelque chose d’extrême, très radical et dur envers les libertés collectives», conclut Serna, qualifiant Emmanuel Macron d’incarnation de cet extrême centre au cours de la dernière décennie.
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