Les supporters haïtiens s’unissent à Atlanta avant le match historique contre le Maroc au Mondial 2026
Une pelouse synthétique a été déployée dans le centre-ville d’Atlanta à la veille du match qui opposera Haïti au Maroc le mercredi 24 juin, le dernier de leur équipe lors du Mondial 2026, rapporte TopTribune.
Le Lakay Fest, un événement annuel célébrant la diaspora haïtienne, revêt cette année une signification particulière. C’est en effet la première fois depuis 1974 que les Grenadiers participent à la Coupe du monde, et Atlanta est l’une des villes hôtes de cette compétition.
L’atmosphère est festive, dominée par l’odeur des grillades provenant d’un food truck haïtien. Les enfants courent entre les jambes des adultes, une balle au pied. Une ruelle du centre-ville est devenue un véritable point de ralliement, avec des stands de goodies et des boissons, mêlant rhum et cassave.
« Grenadye ! Alaso ! »
Le maître de cérémonie, le DJ Haitian God, s’adresse à la foule : « Grenadye ! » et celle-ci répond en chœur « Alaso ! » Ce cri, utilisé pendant la Révolution haïtienne, est désormais le surnom de l’équipe nationale. Cette tradition souligne l’esprit de solidarité et de fierté qui unit les supporters.
Les joueurs haïtiens, bien que dispersés à travers différents clubs, notamment en Angleterre et aux États-Unis, ont fait preuve de résilience pour se qualifier pour le Mondial, notamment en remportant une victoire inattendue contre le Nicaragua.
Malheureusement, les espoirs de l’équipe ont été ternis par deux défaites successives : une contre l’Écosse (1-0) et une autre face au Brésil (3-0), entraînant leur élimination de la compétition.
« Les voir sur le terrain, ça va inspirer les jeunes »
Cependant, cela n’a pas empêché les supporters de célébrer. Un membre de la foule exprime : « Voir Haïti, voir le drapeau haïtien sur cette pelouse… Cela procure une immense joie, même si nous ne sommes pas allés très loin dans le tournoi. » Ce sentiment de fierté demeure prépondérant, malgré les résultats sportifs.
Major Brous, venu avec ses filles, partage son amour pour le football. « C’est vraiment dans notre ADN », dit-il. Son enthousiasme pour le jeu témoigne de l’impact qu’a cette participation sur la jeunesse haïtienne.
Evelyn Olivier, née à Port-au-Prince, évoque avec émotion la représentation de son pays sur la scène mondiale. Bien qu’elle ait quitté Haïti en 1971, elle ressent un profond attachement à sa culture. Sa participation au festival, portée par des valeurs de résilience, met en lumière les défis auxquels son pays est confronté.
Un pays en grave insécurité alimentaire
Aujourd’hui, Haïti fait face à des enjeux dramatiques, avec 1,5 million de personnes forcées de fuir leur foyer en raison de la violence des gangs, selon les Nations unies. Près de la moitié de la population souffre également d’une grave insécurité alimentaire, un contraste frappant avec l’euphorie du Mondial.
Tina Saint Amand, qui aide son père à vendre des maillots lors des matchs, souligne que l’image d’Haïti dans les médias est souvent négative. Pourtant, elle insiste sur la fierté de son peuple et l’importance d’être représenté sur une scène mondiale.
Malgré tout, les fans restent optimistes. Evelyn, récemment devenue fan de l’équipe grâce à sa fille, prévoit de les soutenir, peu importe les résultats, consciente que chaque match est l’occasion de se rassembler et d’oublier, ne serait-ce qu’un instant, les tragédies qui frappent leur pays. « Haïti deux, Maroc zéro », prédit-elle avec espoir, mais au-delà du score, c’est l’esprit collectif qui prime.