
Des membres du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT) suggèrent l’instauration d’un nouveau produit d’épargne, nommé « Livret D ». L’objectif serait de permettre aux citoyens de prêter directement des fonds à l’État, afin de contribuer au financement de la dette publique française. Ce projet a été examiné au sein de l’Assemblée nationale le mercredi 28 octobre 2026, rapporte TopTribune.
Actuellement, cette initiative n’est qu’une proposition parlementaire. En date du 29 octobre 2026, aucun établissement bancaire ne la propose, et son acceptation, sa forme définitive ainsi qu’une date potentielle de lancement restent à déterminer.
Un rendement de 3,5 % avec un engagement de dix ans
Le Livret D, tel qu’il est envisagé, offrirait un taux d’intérêt fixe de 3,5 % par an, exempt d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Pour ouvrir un compte, un dépôt initial minimum de 1 000 euros serait requis, avec un plafond fixé à 60 000 euros pour chaque épargnant, ce qui dépasse largement les 22 950 euros autorisés pour le Livret A.
En contrepartie, les fonds investis seraient immobilisés pendant une durée de dix ans. Ce mécanisme rend ce produit inadapté pour des situations imprévues, telles qu’une réparation automobile, des dépenses de santé ou un déménagement. Les modalités de sortie anticipée et les conditions précises de capitalisation des intérêts doivent encore être clarifiées.
Potentiel de 24 636 euros d’intérêts avec 60 000 euros déposés
En investissant 1 000 euros, le rendement pourrait atteindre 35 euros dès la première année. En supposant une capitalisation annuelle, ce même montant pourrait croître pour atteindre environ 1 411 euros au terme de dix ans, soit 411 euros d’intérêts accumulés.
Pour un investissement maximal de 60 000 euros, le total pourrait atteindre près de 84 636 euros à la fin de la période de dix ans, incluant 24 636 euros d’intérêts. Toutefois, ces estimations demeurent théoriques tant que les règles de capitalisation ne sont pas finalisées. Une éventuelle augmentation de l’inflation pourrait également diminuer l’attrait d’un taux fixe de 3,5 % en termes de pouvoir d’achat.
Le taux du Livret A était fixé à 1,5 % le 1er février 2026, puis revalorisé à 1,7 % le 1er août 2026. Même avec ces ajustements, il reste largement inférieur aux 3,5 % proposés par le Livret D. Le Livret d’épargne populaire destiné aux ménages à revenus modestes offre un taux de 2,5 %.
Ces taux sont faibles comparés à ceux des années passées, où le taux du Livret A avait atteint des sommets de 8,5 % en 1981, avant de se stabiliser entre 3,5 % et 4 % en 2008. Contrairement au futur Livret D, les fonds du Livret A demeurent accessibles à tout moment, et le capital est garanti par l’État.
Une partie importante des fonds collectés à travers le Livret A finance le logement social via la Caisse des Dépôts, tandis que les banques utilisent le reste pour soutenir des entreprises et des projets de transition écologique.
Selon les responsables du groupe LIOT, la mise en place du Livret D pourrait permettre à l’État d’économiser jusqu’à 7,5 milliards d’euros sur dix ans. Charles de Courson, député de la Marne et défenseur du projet, souligne dans une interview que « beaucoup d’argent est disponible, presque 500 milliards se trouvent sur les comptes bancaires ».
« Nous proposons un appel à l’épargne directe des Français », a-t-il mentionné sur RMC, plaidant pour un « grand emprunt national incitant les Français à investir dans une dette ».
Cette proposition émerge à une époque où l’endettement public ne cesse de croître, tandis que les ménages ressentent déjà l’impact des hausses de factures et d’impôts. Un rapport du think tank Terra Nova, publié lundi 8 décembre et coécrit par Guillaume Hannezo, ancien conseiller économique de François Mitterrand, évalue à 120 milliards d’euros l’effort nécessaire pour ramener le déficit à 4 % du PIB, ce qui représenterait un coût de 3 000 à 4 000 euros par foyer chaque année.
Hannezo établit une analogie entre la situation actuelle et la rigueur adoptée en 1983, qu’il juge moins sévère en comparaison. Il critique aussi une classe politique qui désigne systématiquement des boucs émissaires selon leur affiliation : « Les immigrés, pour le RN ; les fonctionnaires, pour la droite classique ; les fainéants, pour le centre droit ; et les très riches et les entreprises, pour la gauche ».
Au 29 octobre 2026, le Livret D demeure une suggestion parmi d’autres, sans date de lancement confirmée. Même s’il prend forme, il ne remplira pas la même fonction qu’un livret accessible en tout temps : il s’adressera principalement aux épargnants prêts à immobiliser leur capital pour une durée de dix ans.
Par ailleurs, une nouvelle augmentation d’impôt est également projetée, alors que les ménages continuent d’affronter des coûts de la vie en hausse et des difficultés à joindre les deux bouts.
