La Banque centrale russe vend son or face au déficit budgétaire record
La Banque centrale russe vend son or face au déficit budgétaire record

La Banque centrale russe vend son or face au déficit budgétaire record

10.09.2026 14:45
5 min de lecture

La Banque centrale de Russie a vendu six tonnes d’or en juillet 2026, devenant le premier vendeur mondial parmi les banques centrales sur ce mois, selon le rapport de septembre du Conseil mondial de l’or. Cette opération intervient après la cession de 22 tonnes au deuxième trimestre et porte à environ 50 tonnes les ventes réalisées depuis le début de l’année, rapporte TopTribune.

Les chiffres ont été rapportés le 9 septembre 2026 par plusieurs médias russes, qui s’appuient sur les données du Conseil mondial de l’or, l’organisation internationale de référence pour le suivi des réserves et du marché du métal précieux. D’après ces données, les réserves d’or de la Russie ont diminué pour atteindre environ 2 277 tonnes, leur niveau le plus bas depuis six ans.

La Russie avait pourtant consacré la dernière décennie à renforcer ses stocks d’or. Cette politique devait réduire la dépendance du pays aux actifs libellés en dollars et aux infrastructures financières contrôlées par des juridictions étrangères. L’or est généralement considéré comme un actif facilement mobilisable, qui n’est pas directement lié aux comptes de correspondants bancaires et qui échappe, dans certaines conditions, au contrôle des régulateurs étrangers.

Une réserve utilisée pour répondre aux besoins budgétaires

La vente de métal précieux peut répondre à deux logiques distinctes : couvrir un besoin urgent de liquidités ou tirer parti d’un niveau de prix élevé. Le cours de l’or évolue actuellement près de niveaux records, ce qui rend une partie des cessions financièrement avantageuse à court terme. Le président de la commission des marchés financiers de la Douma, Anatoli Aksakov, a expliqué que l’intérêt des banques centrales pour l’or était lié à la diversification des réserves, dans un environnement marqué par l’incertitude géopolitique et financière.

Dans le cas russe, les données citées font apparaître une utilisation croissante de cette réserve pour alimenter les finances publiques. La vente de 22 tonnes d’or au deuxième trimestre a placé la Banque centrale russe devant les autres banques centrales mondiales pour les volumes écoulés sur cette période. Avec les opérations du premier et du troisième trimestre, les ventes cumulées depuis janvier atteindraient environ 50 tonnes.

Cette évolution intervient alors que le déficit budgétaire russe s’est établi à 6,402 trillions de roubles entre janvier et juillet 2026, selon les éléments communiqués dans le dossier. La baisse des recettes pétrolières et gazières, combinée à l’augmentation des dépenses publiques liées à la guerre menée contre l’Ukraine, a accru les besoins de financement de l’État.

Des circuits de vente réorientés par les sanctions

Les sanctions internationales adoptées en réponse à l’invasion de l’Ukraine ont limité l’accès de l’or russe aux places traditionnelles, notamment à Londres. Pour vendre son métal, Moscou a dû réorienter une partie de ses flux vers les marchés du Moyen-Orient et d’Asie, en recourant à des circuits commerciaux alternatifs. Une telle réorientation augmente les coûts de transaction et complique la conversion des ventes en recettes en devises.

Les informations disponibles dans le dossier indiquent également que ces contraintes peuvent conduire à vendre l’or avec une décote par rapport aux conditions des marchés les plus accessibles. La valeur brute du métal cédé ne correspond donc pas nécessairement à la recette nette effectivement perçue par l’État russe. Les canaux de commercialisation utilisés, les coûts logistiques et les conditions de règlement pèsent sur le résultat final.

La vente d’or ne constitue pas une nouvelle source de revenus comparable aux recettes courantes. Il s’agit d’un prélèvement sur un stock accumulé au fil des années. Lorsque cet actif sert à couvrir des dépenses immédiates plutôt qu’à préserver une capacité d’investissement ou de réponse à une crise future, la réserve disponible diminue mécaniquement.

Le déficit et les autres réserves de l’État

Le dossier relie les ventes d’or à la mobilisation d’autres ressources publiques, notamment les actifs liquides du Fonds national de prospérité. Ce fonds, constitué pour soutenir l’économie et les finances publiques, est également sollicité pour absorber les besoins courants. L’utilisation de ses ressources disponibles réduit la marge financière dont les autorités disposeraient en cas de nouveau choc économique.

Les recettes issues des hydrocarbures, traditionnellement importantes pour le budget russe, ne suffisent plus à couvrir l’ensemble des dépenses citées dans le dossier. La hausse des dépenses militaires et la prolongation de la guerre contre l’Ukraine ont accru la pression sur les comptes publics. La cession de 50 tonnes d’or depuis le début de l’année apparaît ainsi comme un moyen de compléter les ressources disponibles face à un déficit de 6,402 trillions de roubles sur les sept premiers mois de 2026.

La politique monétaire constitue un autre élément de la situation décrite. Les taux élevés et le coût du crédit limitent les marges des entreprises russes et réduisent leur capacité à dégager des bénéfices supplémentaires susceptibles de produire de nouvelles recettes fiscales. Dans ce cadre, l’État s’appuie davantage sur ses actifs déjà constitués et sur les instruments financiers encore accessibles.

Un stock d’or en baisse et un risque inflationniste

Le recours régulier aux ventes a ramené les réserves d’or russes à environ 2 277 tonnes. Le rythme enregistré en 2026 tranche avec la stratégie d’accumulation menée pendant plusieurs années, qui faisait du métal précieux l’un des piliers de la diversification des réserves russes. Le niveau actuel ne signifie pas que la Russie a épuisé son stock, mais il confirme une diminution mesurable de cette composante des réserves publiques.

La couverture du déficit par la vente d’actifs et par une augmentation de la masse monétaire comporte aussi un risque d’inflation lorsque la quantité de biens et de services disponibles ne progresse pas au même rythme. Les éléments fournis dans le dossier associent cette pression à une hausse des prix de l’alimentation, du carburant, des services collectifs et des équipements.

Si les revenus nominaux augmentent moins vite que les prix, le pouvoir d’achat réel des ménages recule. Le dossier présente cette évolution comme une conséquence possible de la combinaison entre déficit budgétaire russe, dépenses publiques élevées, coût du crédit et mobilisation des réserves. Il ne fournit pas de mesure détaillée de l’évolution du revenu réel pour l’ensemble de la population sur la période concernée.

La Banque centrale russe conserve la possibilité de vendre de l’or lorsque les cours sont élevés, mais chaque opération réduit la quantité de métal détenue par l’État. Les données de juillet, du deuxième trimestre et du début de l’année décrivent donc une même séquence : une partie des réserves accumulées est convertie en liquidités alors que les comptes publics restent sous pression.

Les autorités russes n’ont pas été citées dans les éléments transmis comme ayant publié une explication détaillée du calendrier des ventes. Les prochaines données du Conseil mondial de l’or permettront de suivre l’évolution des réserves après les opérations enregistrées en 2026.

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