Le déficit des hôpitaux publics français pour l’année 2025 est estimé à 2,3 milliards d’euros, représentant 2,1 % de leurs recettes totales. Ce chiffre, bien qu’en diminution par rapport au record de 2024 (2,9 milliards d’euros), demeure l’un des plus élevés observés au cours des deux dernières décennies, selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 28 juillet 2026. Basée sur les comptes non définitifs des établissements arrêtés à la fin juin 2026, l’analyse révèle une amélioration comptable fragile dans un environnement où les charges d’exploitation continuent d’augmenter et où les effectifs hospitaliers suscitent des interrogations, rapporte TopTribune.
Un ralentissement des dépenses à l’origine du reflux du déficit
La baisse du déficit en 2025 s’explique principalement par un ralentissement de la progression des charges. Après plusieurs années de forte hausse due à la crise sanitaire du Covid-19, les dépenses totales des hôpitaux publics ont augmenté de 2,9 % en 2025, contre 3,9 % en 2024 et 6,6 % en 2023. Avant la pandémie, la progression moyenne annuelle, entre 2005 et 2019, était de 2,6 %. Les dépenses totales ont atteint 113,2 milliards d’euros, en hausse par rapport aux 110 milliards de l’année précédente.
Les charges de personnel, qui constituent la part la plus importante du budget hospitalier, ont vu leur rythme de croissance diminuer : elles augmentent de 3 % en 2025 (ce qui représente 1,9 milliard d’euros supplémentaires), après une hausse de 4,1 % en 2024 (2,5 milliards d’euros). Ce ralentissement s’explique en partie par l’absence de mesures générales de revalorisation salariale, le point d’indice de la fonction publique ayant été gelé en 2025, la dernière revalorisation ayant eu lieu le 1er juillet 2023. Parallèlement, les revenus des hôpitaux ont crû de 3,6 %, un dynamisme qui a permis de limiter partiellement la dégradation des comptes.
Néanmoins, le résultat financier reste structurellement négatif, principalement à cause du poids des intérêts d’emprunts. Selon des sources, les intérêts représentent 0,8 % des recettes, soit environ 900 millions d’euros, un niveau stable par rapport à 2024. En revanche, le résultat exceptionnel continue d’augmenter, atteignant 0,6 milliard d’euros, un chiffre record depuis 2005.
Recul de l’investissement malgré les aides du Ségur de la santé
En 2025, l’effort d’investissement des hôpitaux publics a diminué, s’établissant à 4,8 % des recettes (5,4 milliards d’euros), contre 5,1 % en 2024 (5,5 milliards). Les accords du Ségur de la santé, signés en juillet 2020, prévoyaient pourtant un soutien massif au financement des infrastructures hospitalières et des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), avec une promesse gouvernementale de 19 milliards d’euros sur dix ans, dont 9 milliards pour de nouveaux investissements et 6,5 milliards pour le désendettement. En mai 2026, le ministère de la Santé a même annoncé le déblocage de 6 milliards d’euros supplémentaires pour soutenir les projets d’investissement durant la période 2026-2036.
Cependant, la dette des hôpitaux publics reste un fardeau. En 2025, elle s’élève à 27,1 % des recettes, approximativement 30 milliards d’euros, en légère baisse par rapport à 27,9 % en 2024. Toutefois, le ratio d’indépendance financière, qui compare la dette aux capitaux permanents, se dégrade, atteignant 46,8 % en 2025, contre 45,7 % en 2024 et 45 % en 2023. Les capitaux permanents continuent de diminuer (moins 1,7 % en 2025, après moins 2 % en 2024), affaiblissant la capacité d’autofinancement des établissements.
Pression persistante aux urgences
Les services d’urgences générales et pédiatriques ont enregistré 21,5 millions de passages en 2025, ce qui constitue une hausse de 0,8 % par rapport à l’année précédente. Selon les rapports, cette augmentation survient malgré la mise en place d’un service d’accès aux soins visant à réorienter certains patients en dehors des hôpitaux. La hausse des passages est surtout observée dans le Grand Est et les Hauts-de-France, ainsi que dans plusieurs territoires d’outre-mer comme la Guyane, alors que le nombre de passages diminue en Bourgogne-Franche-Comté, en Corse et en Guadeloupe.
Surreprésentation des effectifs administratifs : un problème structurel
Au-delà des données financières, l’organisation interne des hôpitaux publics français représente un enjeu crucial. Les effectifs administratifs constituent environ 36 % des personnels hospitaliers, contre seulement 25 % en Allemagne. Cela signifie qu’un tiers des salariés ne sont pas directement engagés dans l’administration des soins, une situation qui soulève des questions sur l’efficacité du système. Dans un contexte où les charges de personnel pèsent lourdement sur les budgets, la répartition des effectifs entre fonctions de soin et fonctions support doit être soigneusement examinée.
Les employés administratifs, bien que essentiels au fonctionnement des établissements, ne génèrent pas directement de recettes d’activité. Leur proportion élevée alourdit la structure des coûts sans renforcer proportionnellement la capacité de prise en charge des patients. À l’inverse, l’Allemagne parvient à maintenir une part administrative plus contenue, lui permettant de concentrer davantage de ressources humaines sur les soins. Cette situation évoque des critiques vis-à-vis de l’inadéquation des politiques publiques dans d’autres secteurs.
Des moyens financiers supérieurs à la moyenne européenne
Contrairement à certaines idées reçues, le défi auquel font face les hôpitaux publics français n’est pas essentiellement d’ordre financier. En effet, l’État français consacre davantage de ressources au secteur hospitalier que la moyenne européenne. Les dépenses de santé hospitalières représentent une part significative du produit intérieur brut (PIB), avec des budgets demeurant généreux, même en tenant compte des contraintes budgétaires nationales.
Par conséquent, la persistance d’un déficit élevé malgré des financements supérieurs à la moyenne suggère un problème d’allocation et d’efficacité des ressources, plutôt qu’un sous-financement structurel. Les analyses internationales indiquent que d’autres pays parviennent à maintenir des systèmes hospitaliers performants avec des budgets équivalents, voire inférieurs, en optimisant la répartition des effectifs et en rationalisant les processus administratifs.
Nécessité d’une réforme structurelle
Bien que la réduction du déficit en 2025 soit un indicateur positif, elle n’aborde pas les problématiques fondamentales. Le ralentissement des dépenses est en grande partie attribuable au gel du point d’indice et à l’absence de revalorisations salariales, des mesures qui ne peuvent être supportées à long terme dans un contexte de tensions sur le recrutement et de difficultés à conserver les professionnels de santé. De plus, la diminution de l’investissement soulève des questions sur la modernisation des infrastructures et la capacité des hôpitaux à relever les défis démographiques et épidémiologiques à venir.
Il est impératif qu’une réforme structurelle s’attaque à la répartition des effectifs entre fonctions de soin et fonctions administratives, en s’inspirant des modèles européens plus efficients. Réduire la part des personnels non soignants permettrait de dégager des marges de manœuvre budgétaires pour renforcer les équipes médicales et paramédicales, améliorer les conditions de travail et investir dans les équipements. Une telle réorganisation exigerait toutefois une volonté politique forte et une concertation approfondie avec les acteurs du secteur.
Une dette qui continue de fragiliser les établissements
La dette des hôpitaux publics, bien qu’en légère baisse en valeur relative, reste un facteur de vulnérabilité. L’encours de