À compter du 1er octobre 2026, l’Assurance maladie commencera à rembourser les culottes menstruelles et coupes réutilisables, une initiative qui touche environ 6,7 millions de femmes en France. Cependant, cette annonce soulève une question pertinente : quels seront les coûts réels liés à cette mesure ? Pour les bénéficiaires, pour la Sécurité sociale, et quelles en seront les conditions exactes ? Voici une analyse chiffrée d’une aide sociale qui cherche à changer la donne face à la précarité menstruelle, rapporte TopTribune.
Les chiffres clés en un coup d’œil : qui, combien, quand ?
La mise en œuvre de cette mesure sera effective dès le 1er octobre 2026. Elle concernera deux groupes distincts : toutes les femmes de moins de 26 ans, sans conditions de ressources, et celles bénéficiant de la Complémentaire santé solidaire (C2S), quel que soit leur âge. Au total, 6,7 millions de femmes pourraient bénéficier de ce remboursement. Seuls deux types de protections menstruelles seront pris en charge : les culottes menstruelles et les coupes. D’autres alternatives, comme les serviettes réutilisables ou les éponges, ne seront pas incluses dans ce dispositif.
6,7 millions de femmes bénéficiaires : mais qui exactement ?
Ce chiffre de 6,7 millions se compose de deux groupes spécifiques. D’une part, les jeunes femmes de moins de 26 ans, qui représentent environ 5,5 millions de personnes. D’autre part, les bénéficiaires de la C2S, qui ajoutent près de 1,2 million de femmes supplémentaires. La C2S, anciennement connue sous le nom de CMU-C, s’adresse aux ménages dont les revenus ne dépassent pas un plafond annuel de 9 041 euros pour une personne seule en métropole en 2026. Le cumul des deux groupes permet d’atteindre ce total de 6,7 millions, certaines jeunes femmes pouvant se retrouver dans les deux catégories.
Deux catégories de bénéficiaires : taux de remboursement différents
La méthode de remboursement de l’Assurance maladie repose sur deux barèmes différents. Pour les femmes de moins de 26 ans, le taux de prise en charge variera entre 55 et 65 % du prix de vente. Par exemple, une culotte affichée à 19 euros pourrait être remboursée entre 10,45 et 12,35 euros. En revanche, pour les bénéficiaires de la C2S, le remboursement atteindra 100 %, ne laissant aucun reste à charge. Cette distinction s’explique par la logique de solidarité, car la C2S cible les foyers à revenus modestes, justifiant ainsi une prise en charge intégrale.
Combien ça coûte ? Les montants du remboursement expliqués
Les tarifs de vente en pharmacie sont régulés par un arrêté publié au Journal officiel le 7 août 2026, établissant un plafond pour garantir l’accessibilité à un maximum de public. Cependant, ce plafond a déjà suscité des critiques de la part des fabricants français, qui estiment que les marges ne sont pas suffisantes pour assurer une production locale.
Prix de vente en pharmacie : 14,40 euros (culottes) et 12 euros (coupes)
Le prix unitaire hors taxe pour les culottes menstruelles est établi à 14,40 euros, correspondant à 19 euros toutes taxes comprises. Pour les coupes menstruelles, le prix est fixé à 12 euros hors taxe, soit 15,80 euros TTC. Ces montants constituent un plafond, interdisant aux pharmacies de vendre à des prix supérieurs. L’objectif déclaré du gouvernement vise à réduire les disparités de prix et à empêcher les abus. Cependant, la cofondatrice de la marque Elia Lingerie, Marion Goilav, souligne que « lorsque l’on fabrique en France, le coût de production est plutôt de 9,30 euros. Si je dois vendre à 14,40 euros aux pharmaciens, cela devient difficilement viable ».
Remboursement pour les moins de 26 ans : 55-65 % de réduction
Une jeune femme de 23 ans qui achète une culotte à 19 euros TTC devra débourser entre 6,65 et 8,55 euros après remboursement. Sur une période d’un an, avec l’achat de deux culottes, son reste à charge total variera entre 13,30 et 17,10 euros. Pour une coupe menstruelle coûtant 15,80 euros, le remboursement laisse un reste à charge de 5,53 à 7,11 euros par produit, ce qui permet une économie totale annuelle de 21,80 à 26,60 euros, selon le type de protection choisie.
Remboursement pour les bénéficiaires C2S : 100 % gratuit
Les bénéficiaires de la C2S ne devront rien payer. L’Assurance maladie couvrira l’intégralité du prix de vente, soit jusqu’à 38 euros par an pour deux culottes, ou 31,60 euros pour deux coupes. Ce remboursement matériel constitue une réduction significative pour des ménages à budget souvent restreint. Sur une décennie, les économies cumulées pourraient atteindre 380 euros pour les culottes, ou 316 euros pour les coupes, sans considérer la cessation des achats de protections jetables.
Combien par femme par an ? Le calcul simple
Chaque bénéficiaire aura accès à deux produits par an. Le montant total dépendra du type de protection et du statut de la personne. Par exemple, pour une femme de moins de 26 ans choisissant deux culottes, le montant total s’élèvera à 38 euros, dont une partie entre 20,90 et 24,70 euros sera remboursée par l’Assurance maladie. Pour une personne bénéficiant de la C2S, les 38 euros seront entièrement remboursés. Ce dispositif vise donc à favoriser un accès équitable tout en contrôlant les volumes pour réguler les dépenses publiques.
Limitation à 2 produits par an : ce qu’il faut savoir
La limite de deux produits par an a pour but de prévenir les abus et de maîtriser le budget de l’Assurance maladie. Le calcul se fait de date à date : si une femme achète une culotte le 15 novembre 2026, elle pourra acquérir une seconde jusqu’au 14 novembre 2027. Après cette période, un nouveau cycle de deux produits recommencera. Les pharmaciens sont tenus de vérifier l’historique de remboursement avant chaque délivrance afin d’assurer le respect de cette règle.
Coût total estimé pour la Sécurité sociale : les projections
Si l’on multiplie le nombre de bénéficiaires, soit 6,7 millions, par deux produits par an, il en résulte 13,4 millions de protections remboursées chaque année. En considérant un prix moyen de 17,40 euros TTC par produit (culottes et coupes confondues) et un taux de remboursement moyen de 75 %, le coût annuel pour l’Assurance maladie pourrait approcher les 175 millions d’euros. Toutefois, tous les bénéficiaires ne solliciteront pas le remboursement. En intégrant un taux de recours de 50 %, similaire à d’autres aides sociales, la dépense réelle pourrait se stabiliser autour de 87,5 millions d’euros par an. Un montant relativement faible par rapport aux 250 milliards d’euros de dépenses annuelles de l’Assurance maladie, mais d’une grande importance symbolique dans la lutte contre la précarité menstruelle.
Le succès de ce dispositif repose sur un élément crucial : la capacité des femmes concernées à tirer parti de cette aide. Du côté des fabricants français, il existe des craintes quant à une concurrence accrue provenant de produits asiatiques, moins coûteux à produire. Marion Goilav met en garde : le cahier des charges « ouvre la porte à des produits offshore, principalement asiatiques, et risque de nuire un peu plus au Made in France ». Entre l’ambition sociale du gouvernement et la nécessité de pérenniser les entreprises locales, l’équilibre demeure instable. Dès octobre 2026, les données réelles de consommation permettront d’évaluer l’impact tangible de cette réforme sur les finances publiques ainsi que sur la vie de millions de femmes.