
Longtemps éloigné des réformes majeures du voyage d’affaires, le secteur du MICE (Meetings, Incentives, Conferences & Exhibitions) entre finalement dans une phase de changement. Grâce à l’IA, aux exigences de conformité et à la volonté des départements achats de mieux gérer leurs budgets, les entreprises cherchent désormais à rationaliser et à standardiser la gestion de leurs événements professionnels, rapporte TopTribune.
Historiquement, le voyage d’affaires a été régulé par des politiques d’achat et des plateformes de réservation. Quelles raisons expliquent pourquoi le MICE a été en retrait face à cette évolution ?
Le secteur MICE a conservé une certaines distance pour deux motifs principaux. D’un côté, l’organisation d’un événement s’avère nettement plus complexe que celle d’un voyage d’affaires, nécessitant la coordination de multiples fournisseurs, facteurs et décisions. Cette complexité rendait son industrialisation difficile avant l’avènement de l’IA. De l’autre, les dépenses liées au MICE étaient souvent éclatées, offrant peu de visibilité aux directions achats.
Actuellement, les entreprises prennent conscience de l’impact réel de cette catégorie, qui peut constituer jusqu’à 30 à 40 % des coûts associés au voyage d’affaires. Cette combinaison entre une meilleure visibilité et une technologie évoluée précipite la structuration de ce marché.
Vous affirmer que le MICE suit une trajectoire comparable à celle du voyage d’affaires avec près de vingt ans de retard. Quels indicateurs vous suggèrent que nous atteignons un tournant décisif ?
Nous sommes clairement à un tournant décisif. De plus en plus de grandes entreprises lancent des appels d’offres pour centraliser leurs dépenses MICE et les intégrer dans une politique d’achat organisée. Elles recherchent des fournisseurs uniques pour améliorer la transparence, faciliter les paiements et optimiser la gestion de leurs budgets.
L’émergence rapide de nouveaux acteurs numériques et natifs de l’IA illustre cette tendance. Le marché est définitivement en train de réduire son retard par rapport au voyage d’affaires. Ce mouvement est alimenté par les exigences des entreprises et par l’introduction d’outils capables de relever efficacement ces nouveaux défis.
Dans de nombreuses entreprises, la gestion des événements est encore rattachée au marketing, aux ressources humaines ou aux équipes opérationnelles. Percevez-vous une reprise progressive en main de ce domaine par les départements achats ?
Les équipes communication, marketing, ressources humaines et gestion de bureau restent les principaux acteurs de l’organisation des événements au quotidien. Cependant, le rôle des départements achats s’affirme de plus en plus dans la structuration de cette catégorie. Leur but n’est pas de remplacer ces équipes, mais de leur offrir un cadre plus simple, conforme et efficace.
Après des années de gestion décentralisée, les entreprises s’emploient désormais à comprendre, piloter et contrôler plus efficacement leurs dépenses liées aux événements. Cette évolution découle à la fois d’un besoin d’efficacité opérationnelle et d’un impératif de gouvernance et de transparence.
Vous indiquez que les entreprises cherchent autant à maîtriser les risques et la conformité qu’à diminuer leurs coûts. Cela devient-il le principal levier de transformation du marché ?
La quête de réduction des coûts n’est plus le seul moteur de transformation. Les entreprises aspirent fondamentalement à reprendre le contrôle de leurs engagements, sécuriser leur processus et renforcer leur conformité. Elles souhaitent centraliser les fournisseurs, contrats et dépenses pour minimiser les risques et améliorer la traçabilité. Quoi qu’il en soit, la question des économies demeure essentielle.
Une gestion centralisée offre à la fois une meilleure maîtrise des risques et la possibilité de négocier des conditions plus avantageuses avec les prestataires. Les organisations les plus matures considèrent désormais le MICE comme une catégorie stratégique à gérer avec le même niveau d’exigence que les autres types de dépenses critiques.
Naboo évolue vers une plateforme de pilotage et d’approvisionnement. À long terme, pensez-vous que votre interlocuteur principal sera le directeur achats plutôt que l’organisateur d’événements ?
Il serait inexact de dresser un fossé entre les départements achats et les organisateurs d’événements : leurs besoins sont interconnectés. Les organisateurs aspirent à la simplicité, rapidité et qualité, tandis que les achats exigent transparence, conformité et maîtrise des coûts. L’enjeu réside dans la capacité à répondre à ces deux attentes simultanément.
Les départements achats deviendront probablement les principaux promoteurs des projets de transformation, mais les solutions qui s’imposeront seront celles qui amélioreront véritablement le quotidien des équipes opérationnelles. La valeur se crée précisément lorsque une plateforme optimise à la fois l’expérience utilisateur et la capacité de pilotage de l’entreprise.