Voiture électrique : explication de la taxe kilométrique britannique et ses implications pour les usagers.

Voiture électrique : explication de la taxe kilométrique britannique et ses implications pour les usagers.

17.07.2026 15:56
4 min de lecture

À partir d’avril 2028, chaque kilomètre parcouru en voiture électrique au Royaume-Uni sera soumis à une taxe de 2,2 centimes d’euros. Cette évolution fiscale pourrait donner un aperçu de l’avenir pour les automobilistes français. Pourquoi imposer une taxe sur des véhicules censés représenter la transition écologique ? La réponse se résume à un chiffre : 24,4 milliards de livres sterling. C’est ce que génèrent chaque année les taxes sur les carburants en Grande-Bretagne, un montant qui diminue avec l’augmentation du nombre de voitures électriques, rapporte TopTribune.

C’est quoi, l’eVED ?

La taxe sur les véhicules électriques (eVED) représente une innovation fiscale en Europe. Introduite par le gouvernement britannique, cette taxe s’appliquera aux véhicules entièrement électriques ainsi qu’aux hybrides rechargeables, visant à facturer chaque kilomètre parcouru sur les routes.

Le mécanisme en 3 points simples

Tout d’abord, le tarif. Les voitures électriques seront taxées à hauteur de 3 pence par mile, ce qui équivaut à environ 2,2 centimes d’euro par kilomètre. Les hybrides rechargeables bénéficieront d’un tarif réduit à 1,5 pence par mile. Ensuite, la déclaration. Les conducteurs devront indiquer leur kilométrage annuel lors du renouvellement de leur taxe de circulation (VED), qui sera vérifié lors des contrôles techniques. Enfin, la revalorisation. À partir de l’année fiscale 2029-2030, l’eVED sera indexée sur l’inflation, permettant ainsi de garantir un revenu constant pour le Trésor britannique.

Combien ça coûte réellement par mois pour un automobiliste ?

Considérons un conducteur britannique moyen parcourant 12 000 kilomètres par an en voiture électrique. Avec l’eVED, il devra payer 264 euros par an, soit 22 euros par mois. Un montant relativement modeste par rapport au prix d’un plein d’essence, mais qui s’ajoute à la taxe de circulation annuelle. Pour un hybride rechargeable, la dépense s’élèvera à 132 euros par an. L’Office for Budget Responsibility (OBR) anticipe que 5,6 millions de véhicules seront concernés d’ici 2028-2029, prévoyant des récoltes de 2,2 milliards d’euros en 2030-2031. Cependant, cet organisme souligne que cette mesure pourrait freiner l’adoption des véhicules électriques, entraînant une diminution de 440 000 ventes pendant cette période.

Pourquoi le Royaume-Uni instaure cette taxe maintenant

Le gouvernement britannique opère sur une logique principalement budgétaire. Aucune considération écologique n’impacte cette décision, qui vise simplement à combler un manque à gagner. Comme le précise le HM Treasury, « cette nouvelle fiscalité est justifiée par la diminution des revenus générés par les combustibles. Avec l’électrification des voitures, ces revenus sont voués à décroître considérablement dans les décennies à venir ».

Les recettes fiscales sur les carburants représentent la deuxième plus grande source de revenus pour le gouvernement britannique après l’impôt sur le revenu. En 2024-2025, elles ont rapporté 24,4 milliards de livres sterling, contre seulement 8,4 milliards pour la taxe de circulation. Cependant, chaque véhicule thermique remplacé par un électrique réduit cette cagnotte. Le gouvernement juge essentiel d’établir une contribution qui soit proportionnelle à l’utilisation des routes. Ce modèle existe déjà pour les poids lourds, soumis à une imposition kilométrique depuis de nombreuses années. L’eVED étend cette logique aux véhicules légers électrifiés.

Où va l’argent des taxes carburants ?

Contrairement à une idée reçue, les taxes sur les carburants ne couvrent pas uniquement l’entretien des routes. Elles alimentent le budget national, qui ensuite redistribue cet argent vers des secteurs comme la santé, l’éducation, la défense ou les infrastructures. En France, le système fiscal qui entoure les carburants est similaire. Sur un litre d’essence coûtant 1,80 euro, environ 1,08 euro est prélevé en taxes, représentant 60% du prix à la pompe. La TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques) à elle seule prélève 68,29 centimes par litre d’essence, auxquels s’ajoutent la TVA à 20% et diverses taxes régionales. La Cour des Comptes française indique que l’électrification des véhicules entraînera une perte de recettes fiscales allant de 15 à 30 milliards d’euros annuels sur les accises énergétiques.

Et la France dans tout ça ?

La France se confronte à un défi budgétaire d’une ampleur encore plus grande que celui de son voisin britannique. Les taxes sur les carburants y génèrent plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année, la TICPE seule rapportant environ 13 milliards d’euros par an pour le gazole. Avec 43 millions de véhicules immatriculés et un objectif de cessation de vente de voitures thermiques neuves d’ici 2035, la situation devient préoccupante. Contrairement au Royaume-Uni, où une consultation publique a permis de modifier le dispositif (plus de 5 000 contributions reçues entre novembre 2025 et mars 2026), le débat en France reste encore à ses débuts.

Trois scénarios possibles pour les années 2028-2030

Le premier scénario envisage l’introduction d’une taxe kilométrique comme au Royaume-Uni, déclarée annuellement et contrôlée lors des visites techniques. Son avantage réside dans sa simplicité administrative, tandis que son inconvénient est le risque de fraude et l’absence de différenciation en fonction des types de routes utilisées. Le deuxième scénario propose une augmentation des taxes sur les bornes de recharge, une méthode plus simple à collecter à travers les opérateurs, mais qui pénaliserait les utilisateurs intensifs et les professionnels. Enfin, le troisième scénario avance l’idée d’un forfait annuel basé sur la puissance des véhicules, à l’image du malus actuel sur le poids (actuellement suspendu pour les véhicules électriques). Cependant, cela ne reflète pas l’utilisation réelle.

La mesure britannique pourrait marquer un tournant en Europe, poussant d’autres pays à envisager sa mise en œuvre. Le paradoxe est évident. Les gouvernements européens subventionnent largement l’acquisition de véhicules électriques pour faciliter la décarbonation des transports, puis imposent des taxes pour compenser la perte de revenus fiscaux. L’OBR britannique prédit que l’eVED pourrait réduire de 440 000 les ventes de véhicules électriques, freinant ainsi la transition écologique au nom de l’équilibre budgétaire. La discussion sur l’équité fiscale demeure ouverte : pourquoi les conducteurs de voitures électriques devraient-ils être exemptés de la contribution routière ? Taxer les véhicules électriques au même niveau que les thermiques reviendrait à ignorer le principe pollueur-payeur. La British Vehicle Rental and Leasing Association (BVRLA) exprime des doutes sur le calendrier de cette décision, la considérant mal placée pour l’industrie électrique.

Cette décision prise par le Royaume-Uni ouvre la voie à de nouvelles réflexions. D’ici 2030, il ne s’agira pas de savoir si la France introduira une taxation sur les voitures électriques, mais plutôt de quelle manière elle le fera sans compromettre la transition qu’elle prétend défendre. Le compte à rebours a déjà commencé.

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