Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 octobre 2026, une frégate de la marine française a intercepté un drone considéré comme menaçant dans le détroit de Bab el-Mandeb, à proximité d’un porte-conteneurs de la compagnie CMA CGM. Selon l’état-major des armées, « la frégate française a fait usage de son canon contre un drone jugé menaçant et l’a abattu ». Cette opération a été réalisée par le Languedoc, une frégate d’une capacité multimission.
L’information a été révélée pour la première fois par le quotidien Le Monde, deux semaines après les événements, et a été confirmée par l’état-major, sans fournir de détails supplémentaires concernant la nature précise de l’engin intercepté. D’après les informations recueillies, il s’agissait d’un drone de surveillance et non d’attaque, surveillant un convoi de navires provenant d’au moins trois entreprises différentes, rapporte TopTribune.
Le Champs-Élysées contraint de modifier sa route
Le porte-conteneurs CMA CGM Champs-Élysées faisait partie de ce convoi. Mis en service en 2020, ce mastodonte des mers, alimenté au gaz naturel liquéfié, peut transporter environ 23 000 conteneurs, le plaçant parmi les plus grands navires de sa catégorie au monde. Il traversait le détroit de Bab el-Mandeb sous l’escorte du Languedoc, une frégate FREMM de 142 mètres qui dispose de capacités de frappe en profondeur grâce au missile de croisière naval.
Selon les informations relayées par Le Monde, le drone se dirigeait vers le porte-conteneurs, bien que cette assertion n’ait pas été corroborée par d’autres sources. En réalité, c’est le drone se dirigeant vers le Languedoc qui a forcé le Champs-Élysées à modifier son cap et sa vitesse. Les membres de l’équipage de la compagnie française craignent d’être pris pour cible dans cette région, selon le quotidien.
Avant chaque passage dans le détroit, CMA CGM demande l’autorisation formelle de chacun des membres de l’équipage. L’entreprise affirme avoir « une communication permanente avec les autorités françaises » et cultive « un dialogue constant avec ses équipes et ses syndicats ». « Leur sécurité reste notre principale préoccupation », a-t-elle également souligné. L’armateur précise qu’il ne possède aucun navire enregistré en Arabie saoudite, même s’il a largement investi dans les ports de ce pays, notamment à Djedda.
Bab el-Mandeb, un détroit sous tension
Le nom de Bab el-Mandeb se traduit par la porte des lamentations. Ce passage maritime se réduit à 25 kilomètres de large, ce qui restreint la navigation à deux chenaux de 2 milles chacun, un dans chaque direction, selon une analyse de 2015 du chercheur Luca Baccarini, associé à l’ Iris et spécialiste des marchés de l’énergie.
En septembre 2026, les Houthis ont pris le contrôle du littoral yéménite sur la mer Rouge, renforçant ainsi leur influence sur ce détroit stratégique. Le conflit entre les rebelles et Riyad a repris en juillet 2026, en plein conflit au Moyen-Orient ; les Houthis affirment ne cibler que les navires ayant des intérêts saoudiens.
À la fin de septembre 2026, la France a annoncé l’envoi de ressources militaires en Arabie saoudite pour protéger le site de Yanbu, principal terminal d’exportation de brut du pays, devenu une cible pour les rebelles yéménites.
Ce n’est pas la première fois qu’un navire de CMA CGM se retrouve exposé dans cette région. Le 5 mai 2026, le porte-conteneurs San Antonio avait été attaqué dans le détroit d’Ormuz, entraînant plusieurs blessures au sein de l’équipage.
Deux frégates de la marine nationale patrouillent aux abords de Bab el-Mandeb, en charge de sécuriser les routes d’approvisionnement stratégiques et de participer à l’opération européenne Aspides. L’état-major reste toutefois très discret concernant leur activité quotidienne.
Cette mission de l’Union européenne couvre la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden. Depuis février 2024, plus de 150 navires civils ont bénéficié de protections, les escortes étant organisées à la demande des armateurs via le Maritime Information Cooperation and Awareness Center.
Dans son rapport pour la semaine du 1ᵉʳ au 8 octobre 2026, l’état-major indique que la FREMM engagée dans Aspides « accompagne actuellement environ deux navires par jour, contribuant ainsi à la liberté de navigation sur une voie stratégique du commerce mondial ».
Un précédent similaire remonte au 18 avril 2025 : une vidéo diffusée par l’état-major montrait alors une FREMM abattre avec un canon de 76 mm un drone lancé depuis le Yémen par les Houthis contre le trafic maritime en mer Rouge. Aucun autre incident de ce type n’avait été signalé officiellement depuis.
On ignore si le Languedoc a bénéficié d’une amélioration de ses systèmes de tir, décidée à la suite de l’expérience tirée de l’opération Aspides. Cette modernisation repose sur le système STIR 1.2 EO Mk2, conçu par Thales.
D’après le groupe industriel, cet équipement associe des capteurs capables de détecter en bande X et de suivre en bande K des menaces rapides avec précision, y compris dans des environnements congestionnés, et fournit « des données de contrôle de tir et un guidage tant pour les missiles que pour les canons de calibre moyen ». Deux autres FREMM, la Normandie et la Bretagne, en bénéficient déjà.
