
À l’été 2024, Jean-François Marchais franchit le seuil de la boutique Emmaüs à Châtellerault, dans la Vienne. Ancien pompier devenu antiquaire, il déniche une table haute, ovale, de style Louis XVI, en chêne, dotée de délicates roulettes en bronze. L’étiquette affiche un prix de 35 euros, mais grâce à ses talents de négociateur, il en sort avec pour 30 euros.
« C’était une pièce exceptionnelle, un objet empreint d’une certaine magie », avouera-t-il plus tard à La Nouvelle République. Pourtant, aucun signe ne laisse présager la portée de cette découverte. « Rien de tape-à-l’œil, rien qui crie au trésor », résume l’antiquaire.
Des initiales évoquant la royauté
Une fois rentré chez lui, Jean-François Marchais retourne la table et aperçoit, sous le plateau, des initiales noires : « GM » et « MLR ». Ces lettres font référence au Garde-Meuble de la Couronne et aux Menus Plaisirs du Roi, le service dédié aux cérémonies de la monarchie française. « Immédiatement, j’ai compris que c’était un meuble hors du commun, véritablement exceptionnel », confie-t-il, comme rapporté par La Dépêche.
Intrigué, il se renseigne auprès du Mobilier national, l’organisme en charge de gérer cet héritage. Les experts confirment rapidement : la table est authentique. Fabriquée en 1821 pour le baptême d’Henri d’Artois, duc de Bordeaux, elle a été inscrite dans les catalogues officiels en 1824 avant d’être mise en réserve en 1894, puis transférée à l’École nationale des Langues orientales en 1925.
Elle disparaît des inventaires autour de 1950, après la Seconde Guerre mondiale, et reste introuvable pendant 74 ans, jusqu’à sa redécouverte dans une boutique solidaire de la Vienne.
Selon les déclarations de l’antiquaire à Europe 1, la pièce aurait pu se vendre environ 5 000 euros sur le marché des antiquités. Cependant, il a choisi de la restituer à l’État. « J’éprouve une certaine tristesse, car c’est un meuble chargé d’histoire avec toutes ces inscriptions, mais je suis heureux de rendre à l’État ce qui a probablement été volé », a-t-il déclaré.
Dans une interview au Figaro, il fait part de son sentiment, avouant : « C’est un pincement au cœur, mais je suis satisfait de remettre à l’État un bien qui lui a été dérobé ».
Le Mobilier national a confirmé que la table retrouverait prochainement sa place dans l’inventaire, dédiée aux biens d’État récupérés.
Du côté d’Emmaüs, l’annonce a fait sensation. Isabelle Billard, responsable de la boutique de Châtellerault, a exprimé sa frustration de ne pas avoir reconnu la valeur de ce meuble avant qu’il ne soit vendu pour 30 euros, bien qu’elle soit fière que sa boutique ait temporairement abrité cette pièce royale.
Pour sa part, Jean-François Marchais n’envisage pas de cesser d’explorer le patrimoine oublié. Il a déjà acquis des chaises qu’il pense avoir appartenu à Marie-Antoinette, dont l’authenticité est actuellement examinée.
