« Promesse d'une vie : des retraités prisonniers au Cambodge après un investissement de 800 000 € dans un paquebot résidentiel »

« Promesse d’une vie : des retraités prisonniers au Cambodge après un investissement de 800 000 € dans un paquebot résidentiel »

02.11.2026 07:37
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Le paquebot Odyssey, géré par la société américaine Villa Vie Residences, a brutalement suspendu ses activités et a débarqué ses passagers à Sihanoukville, au Cambodge, le lundi 26 octobre 2026. Cette interruption met un terme, sans date de reprise précisée, à un projet de croisière mondial prévu pour durer trois ans et demi. Parmi les 650 personnes qui avaient embarqué pour cette aventure, 203 passagers se retrouvaient encore à bord lors de cette suspension, rapporte TopTribune.

Selon la compagnie, cette décision a été provoquée par une forte augmentation des coûts du carburant qu’elle ne peut plus supporter. Dans son communiqué, Villa Vie Residences a précisé qu’elle n’avait pas réussi à se procurer le carburant indispensable à la poursuite de ses opérations, ajoutant que « l’Odyssey sera temporairement immobilisée cet après-midi, l’équipage restant à bord pour assurer la maintenance du navire et de ses systèmes essentiels ». Les passagers ont reçu l’instruction de quitter le navire avant 14 heures.

Des coûts de carburant multipliés par quatre

D’après les chiffres fournis par Villa Vie Residences, les frais mensuels de carburant par cabine ont explosé, passant d’une moyenne de 1 800 dollars à un prix évalué entre 6 000 et 8 000 dollars selon les régions d’Asie, représentant ainsi une augmentation allant jusqu’à 344 %. L’entreprise évoque des « hausses exceptionnelles » provoquées par des événements géopolitiques, notamment la guerre en Iran, et déclare ne pas pouvoir reporter un tel fardeau financier sur ses résidents. La situation crée un déficit financier mettant à mal son modèle d’exploitation, selon ses responsables. Villa Vie s’efforce de collaborer avec les résidents pour organiser leur débarquement et explorer des solutions d’hébergement temporaire.

Un délai de sept heures pour faire les bagages

L’Odyssey, un navire de près de 200 mètres volant le pavillon bahaméen, avait atteint Sihanoukville le 23 octobre 2026 en provenance de Thaïlande, avec 203 passagers et 156 membres d’équipage. Le paquebot devait initialement continuer sa route vers le Vietnam. Cependant, les résidents n’ont eu que sept heures pour plier bagages et quitter le navire, comme l’a rapporté Long Dimanche, vice-gouverneur de la province de Preah Sihanouk. Certains ont choisi de prendre des vols pour rentrer chez eux, tandis que d’autres sont restés sur place.

Un couple de passagers américains a décrit la situation chaotique : « Le capitaine et le directeur de l’hôtel nous ont informés que nous devions quitter le bateau. Tout le monde est donc en train de débarquer. Nous ne savons pas ce qui va se passer. » Alors que le navire devait faire le plein et repartir le 31 octobre, l’incertitude planait sur l’avenir.

Un tour du monde débuté à Belfast en 2024

Le projet, mis en place par Villa Vie Residences, avait été conçu pour durer trois ans et demi. L’Odyssey avait quitté l’Irlande du Nord en octobre 2024, offrant à ses résidents la possibilité d’acheter ou de louer des cabines, que ce soit pour des vacances ou pour s’établir de façon permanente à bord.

Le programme, intitulé « Horizons sans fin », proposait même des croisières à vie moyennant un paiement unique. En fonction des options, les passagers avaient investi entre 90 000 et 800 000 euros, ces sommes variant selon le type de cabine et la durée de séjour. Certains témoignages font état de montants pouvant atteindre 1 million de dollars pour les séjours prolongés.

« On nous a promis un mode de vie exceptionnel »

Randy Cassingham, Américain, et sa femme Kit, ayant embarqué à Belfast, ont déboursé environ 1 million de dollars, nourrissant l’espoir d’une croisière d’au moins quinze ans. Passionné par les croisières, il a déclaré, au cours d’un entretien téléphonique avec l’AFP depuis son hôtel de Sihanoukville : « C’était extraordinaire, pendant un certain temps. Ma femme et moi adorons voyager. Mais nous détestons les aéroports et les compagnies aériennes. C’était une manière de ne faire ses valises qu’une seule fois et de se réveiller dans un nouvel endroit presque chaque jour. » Malgré tout, il juge que « indépendamment de l’argent, cela a été une aventure fantastique ».

Une autre passagère, Carol Larson, âgée de 69 ans, avait investi 120 000 dollars dans sa cabine, sans compter les frais de maintenance, pour un voyage censé durer quinze ans ou toute la durée de vie du navire. Après un an et demi en mer, elle se retrouve maintenant bloquée à terre avec une amie. En s’exprimant auprès de l’AFP, elle a pointé du doigt les politiques américaines, reconnaissant que la responsabilité revenait en partie à Trump, tout en admettant qu’il pourrait également y avoir eu une mauvaise gestion comptable. Néanmoins, elle estime que l’expérience a largement valu le coût engagé.

Barbara Figiel, 62 ans, passagère depuis la fin 2024, confie à l’AFP que ce mode de vie la fascinait depuis longtemps, affirmant avoir toujours souhaité vivre sur un paquebot de croisière une fois à la retraite. Également consciente des signes d’alerte, elle précise qu’ils savaient que quelque chose n’allait pas, car ils étaient constamment sollicités pour verser encore et encore de l’argent. Malgré cela, elle refuse de qualifier la situation d’escroquerie : « On nous a offert un mode de vie formidable, mais ils ont sous-estimé les coûts. »

Villa Vie Residences n’a pas apporté de réponse aux questions posées par l’AFP.

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