Des chercheurs bordelais étudient l’appareil vasculaire des arbres afin de comprendre comment ils transportent l’eau et les effets des canicules sur leur survie. Le dérèglement climatique et ses événements extrêmes, tels que les sècheresses, représentent une menace croissante pour les arbres et les cultures. Les équipes dirigées par Sylvain Delzon, directeur de recherche à l’INRAE (Institut national de recherche agronomique) et à l’université de Bordeaux, s’interrogent sur la capacité d’adaptation des espèces et l’existence d’espèces plus résistantes que d’autres, rapporte TopTribune.
Depuis l’implantation d’une forêt expérimentale à Floirac, près de Bordeaux, en 2021, qui prive certains arbres d’eau de pluie, une passerelle a été installée cet automne pour étudier la canopée. Un système de chauffage des branches a été ajouté pour analyser l’impact d’une augmentation de deux degrés sur la croissance des feuilles et des bourgeons, ce qui pourrait avoir des conséquences significatives sur la reproduction des arbres.
Le frêne et le chêne pédonculé menacés au sud
Les capteurs installés montrent que certaines espèces, telles que le frêne et le chêne pédonculé, approchent ou ont franchi leur seuil de dépérissement. Le chercheur souligne un phénomène de mortalité des branches et des cimes. Bien que cela n’indique pas la mort totale de ces espèces, cela préfigure une diminution de leur implantation dans certaines zones. Paradoxalement, des espèces méditerranéennes, comme le chêne vert, étendent leur aire de répartition.
Concernant le frêne, Sylvain Delzon décrit la propagation des embolies vasculaires, qui sont des bulles d’air rendant les vaisseaux impropres au transport de l’eau, entraînant un dessèchement notable et une mortalité accrue. Alors que la mortalité « normale » en forêt est d’environ 0,5 %, elle peut atteindre 10 % durant des sécheresses sévères. Les épisodes de 2022 et 2026 ont drastiquement asséché les sols et créé des conditions propices aux incendies, comme l’ont démontré les feux de forêts de 2022 et 2026.
Il reste prématuré d’évaluer l’effet de la sécheresse de 2026 sur la mortalité des arbres. « Nous devrons attendre le printemps 2027 pour voir si les arbres peuvent produire des feuilles », souligne Delzon. Les premières observations montrent, cependant, que la sécheresse de 2022 a défolié des milliers d’hectares d’arbres, et les grandes cultures semblent avoir davantage souffert cette année, avec des records de sécheresse des sols battus.
Des aires de répartition à changer pour certaines cultures ?
En France, environ 1,5 million d’hectares de colza sont semés chaque année, en faisant la première culture oléagineuse du pays. Cependant, 40 % des semis de cette année sont considérés comme très mauvais ou dégradés, ce qui pourrait entraîner des problèmes d’approvisionnement en graines d’oléagineux pour 2027. Cela conduit à s’interroger sur la viabilité de la culture du colza au sud de la Loire.
Les vagues de sécheresse ont débuté dès mai, associées à des vagues de chaleur qui ont asséché les sols. Les cultures de printemps telles que le maïs, le tournesol, le soja et le sorgho ont subi des pertes de production proche de 50 %. De plus, des mortalités parmi les plants de soja et de maïs ont été observées dès juillet. La situation a été tel que des parcelles ont été laissées non récoltées.
Les équipes de l’INRAE s’attachent à comprendre les mécanismes de résistance de certaines espèces aux stress hydriques et les seuils à partir desquels ces stress deviennent dangereux. Cela implique un suivi à long terme des forêts et la mise en place de modèles prédictifs pour évaluer l’évolution de la dynamique forestière jusqu’à la fin du siècle.
Cette recherche est cruciale pour aider les gestionnaires à adopter les meilleures pratiques et à ajuster la gestion forestière face à des conditions climatiques de plus en plus extrêmes. Avec des étés de plus en plus chauds, il est impératif d’agir maintenant pour préserver les forêts et l’agriculture en France.
