À sept mois de la présidentielle, les chancelleries européennes scrutent attentivement la situation en France. Le passé pro-russe de Marine Le Pen, malgré une image rebrandée du Rassemblement National (RN), pourrait isoler la France et compromettre ses intérêts commerciaux en cas de victoire de la dirigeante frontiste, rapporte TopTribune.
La question des liens historiques entre le RN et le Kremlin refait surface à l’approche de l’élection présidentielle. En effet, le parti d’extrême droite a entretenu des relations étroites avec le pouvoir russe. En mars 2017, au moment des élections, Vladimir Poutine recevait Marine Le Pen, alors candidate, lui conférant une faveur qui n’avait finalement pas suffi à contrer la montée d’Emmanuel Macron.
Depuis, la guerre en Ukraine a profondément changé le paysage international. Il semblerait que cette évolution devrait à l’origine désavantager le RN, toutefois, le parti commence à communiquer avec davantage de prudence par rapport à la Russie.
Dans un communiqué coprésidé par Marine Le Pen et Jordan Bardella, le RN a radicalement critiqué les mesures prises par les autorités russes, qui ont placé sous administration temporaire les actifs de plusieurs entreprises françaises. Cette décision a été qualifiée d' »acte hostile à l’encontre des intérêts de la France », soulevant des inquiétudes quant à l’avenir diplomatique du pays en cas de victoire de Le Pen.
Une proximité idéologique qui résiste au lissage électoral
Cette proximité avec la Russie perdure, car elle repose sur des valeurs conservatrices appréciées par de nombreux partis nationalistes européens. Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, souligne que, malgré l’absence de délégations françaises à Moscou, Marine Le Pen demeure la candidate préférée de la Russie.
La préoccupation croissante de nos alliés européens est palpable, en raison de la perspective d’une présidence de Marine Le Pen. Bien que la candidature de Jordan Bardella ait semé l’espoir d’une ligne plus favorable à l’Europe, le retour de Le Pen à la conquête du pouvoir pourrait amplifier les craintes.
Alors qu’une victoire du RN pourrait être vue comme une opportunité par Moscou, elle suscite des réticences parmi les pays voisins. Le RN, malgré ses tentatives de distanciation, semble vouloir tirer parti d’une opinion publique qui se questionne sur l’engagement français en Ukraine, comme l’explique Camus.
« Le naturel revient très vite au galop »
Olivier Schmitt note que le RN est conscient de l’impact de sa proximité avec la Russie sur ses perspectives électorales, car une majorité de Français continue de soutenir l’Ukraine. Cela pourrait expliquer le communiqué témoignant de l’indignation face aux saisies russes. Toutefois, ce retournement semble peu plausible, car Le Pen a récemment exprimé son souhait d’interrompre l’aide à l’Ukraine, ce qui reviendrait implicitement à soutenir le Kremlin.
En cas d’élection de Marine Le Pen en 2027, la rupture avec les alliés européens risque d’être sévère. Cela préoccupe déjà nos partenaires qui s’interrogent sur l’avenir des relations franco-européennes.
Vers une marginalisation stratégique et économique de la France
Sur le plan géopolitique, la France pourrait voir son influence diminuer considérablement, engendrant des pertes économiques significatives. La France, en tant qu’acteur clé sur le plan sécuritaire européen, a renforcé sa crédibilité diplomatique récemment. Une redirection des priorités pourrait entraîner une perte de confiance de la part de ses voisins, avec des impacts dramatiques sur les partenariats et exports, notamment dans le secteur de la défense, traditionnellement lucratif.
Les incertitudes politiques auraient également des conséquences immédiates sur l’économie nationale, car les partenariats industriels se basant sur la confiance pourraient être remis en question. Pourquoi les alliés continueraient-ils à acheter français si l’État est perçu comme politiquement instable ? Cette question reste en suspens, menaçant l’avenir des relations de la France sur le continent.
