Le marché des cartes Pokémon en proie au scalping
Depuis plusieurs années, les cartes à jouer Pokémon pour collectionneurs font l’objet d’une frénésie d’achat, exacerbée récemment par des spéculateurs qui revendent ces articles à des prix exorbitants. Ce phénomène, connu sous le nom de « scalping », suscite l’indignation des véritables passionnés, qui s’élèvent contre cette pratique mal vue, rapporte TopTribune.
Les cartes à collectionner, particulièrement recherchées en tant que « produit très prisé », sont souvent disponibles en quantités limitées, ce qui alimente les comportements spéculatifs, souligne Laurent Seror, responsable de la boutique Atmos Arena à Paris.
Les statistiques révèlent que les cartes Pokémon représentent 66 % des ventes des trois derniers mois, surpassant de loin les licences comme One Piece (14 %) et d’autres comme Magic et Lorcana.
Des cartes commémoratives à prix d’or
Le 16 septembre, veille du lancement de cartes commémoratives marquant le 30ᵉ anniversaire de Pokémon, Luigi (prénom modifié), un collectionneur, s’est levé tôt pour tenter d’acquérir le Coffret dresseur d’élite (ETB), dont le prix initial est d’environ cinquante euros. Après avoir patienté quatre heures devant un Cultura en région parisienne, il a constaté que l’ETB était déjà épuisé lors de son passage en caisse.
Bien qu’il ait réussi à repartir avec quelques cartes, Luigi exprime son mécontentement face à des scalpeurs qui proposaient l’ETB à des prix allant de 100 à 200 euros dans la file d’attente, avec des offres notables sur des plateformes comme eBay.fr.
Le même jour, la plateforme a constaté plusieurs milliers d’objets liés aux 30 ans de Pokémon, et le nombre d’acheteurs de cartes à jouer a explosé, étant multiplié par huit entre 2005 et 2025.
Leboncoin signale également une augmentation de 36 % du nombre moyen d’annonces quotidiennes pour les cartes Pokémon à partir du 16 septembre en comparaison avec les deux semaines précédentes.
Un impact retentissant sur le marché du jouet
Le marché français des jouets a connu un essor de 74 % en une semaine selon Frédérique Tutt, une experte du secteur. « Les dix meilleures ventes étaient toutes des cartes Pokémon », affirme-t-elle, notant que le secteur des TCG a progressé de 19 % entre janvier et août 2026 par rapport à l’année précédente.
Le 30e anniversaire de Pokémon a provoqué un véritable électrochoc sur le marché français du jouet.
Cette dynamique attire encore plus les scalpeurs. Fin juin, le musée Grévin, débordé par le nombre de visiteurs venus récupérer une carte One Piece exclusive, a dû reporter la distribution de celle-ci.
Stratégies des grands distributeurs
Face à cette spéculation, les grandes enseignes comme Cultura, JouéClub, King Jouet et La Grande Récré ont adopté des méthodes restrictives. Les cartes Pokémon sont désormais généralement vendues à la caisse ou en vitrine, limitant éventuellement les achats à un exemplaire par personne lors des lancements très attendus. Cependant, certains scalpeurs continuent à contourner ces restrictions.
Le 16 septembre, Alexandre, 17 ans, a ainsi réussi à acheter cinq ETB dans le centre commercial de La Défense, en mobilisant quatre amis pour se répartir dans les files d’attente de différents magasins. Son investissement de 395 euros lui a permis de réaliser un bénéfice de 960 euros grâce à la revente de chaque coffret entre 180 et 200 euros. « Je savais que je pourrais [en] tirer [un] bénéfice », a-t-il déclaré à l’AFP.
Conserver la passion des jeunes collectionneurs
Pour préserver l’intérêt des jeunes collectionneurs, certaines boutiques indépendantes ont tenté de limiter les possibilités de revente en retirant les emballages des coffrets. Luigi espère que la Pokémon Company trouvera des solutions face à cette « pratique délétère ».
Hodor, un fan de 41 ans, regrette que le scalping prive les jeunes de l’opportunité de « créer des souvenirs pour leur vie d’adulte ». Sur le marché européen, 41 % des acheteurs de cartes Pokémon neuves ont 12 ans ou plus, d’après Circana. Florian Bourguet, expert en ventes aux enchères, souligne que pour assurer la pérennité de cet engouement, il faut que les enfants restent les « nouveaux entrants » qui poursuivront leur collection à l’âge adulte.
« Même si ce n’est pas une carte hyper rare, un Pikachu qui brille fait toujours plaisir aux enfants », conclut Laurent Seror.