Jean-Luc Mélenchon a récemment proposé une solution radicale pour réduire d’un cinquième la dette française, évoquant l’idée d’incinérer les titres de dette publique achetés par la Banque centrale européenne (BCE). Cette déclaration fait partie d’un débat intense parmi les économistes sur le rôle de la monnaie et les mécanismes de la dette, rapporte TopTribune.
Dans une vidéo devenue virale, le leader de La France insoumise (LFI) a avancé que la France pourrait effacer ainsi 18 % des 3 536,1 milliards d’euros de sa dette, sans provoquer de conséquences négatives. Cette proposition soulève des questions quant à la validité économique de telles actions.
Derrière sa déclaration se cache un débat perennial parmi les économistes sur la nature de l’argent et le financement des États. Lorsqu’un État émet des titres de dette, il doit ensuite les rembourser à des investisseurs. Toutefois, face aux crises récentes, la BCE a racheté massivement ces titres, ce qui signifie que la France rembourse actuellement une partie de sa dette à sa propre banque centrale.
Compréhension de la proposition de Mélenchon
Cette situation a conduit certains experts à affirmer que la France est dans une cycle de remboursement à elle-même, étant donné que la Banque de France, dont l’État est l’unique actionnaire, reverse une partie importante de ses bénéfices à l’État chaque année.
Une proposition soutenue par certains économistes
Pour plusieurs économistes, notamment de gauche et écologistes, cette pratique est perçue comme une entrave à la dépense publique. En 2021, un collectif de 150 économistes, comprenant Thomas Piketty, argumentait que demander aux États de rembourser leur propre banque centrale est illogique. Selon eux, annuler cette partie de la dette pourrait libérer des ressources économiques indispensables sans nuire à quiconque.
Gaël Giraud, ancien économiste en chef de l’AFD, plaide que cette opération ne causerait pas de dommages financiers, en vertu du fait qu’une banque centrale a le pouvoir de créer de la monnaie. Elle peut fonctionner même avec des pertes, permettant ainsi une flexibilité budgétaire sans coûter un centime aux contribuables.
Les limites de cette proposition
Toutefois, du point de vue légal, l’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit le « financement monétaire » des États par la banque centrale. Pour les autorités monétaires, annuler une créance serait une infraction au droit européen et pourrait nuire à la confiance dans la monnaie.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a souligné que la monnaie repose sur la confiance. « Une banque centrale ne peut pas effacer ses créances d’un coup de plume sans dévaluer la monnaie qu’elle garantit, » a-t-il déclaré lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Cette position reste inchangée au sein de la Banque de France.
L’argument selon lequel la France rembourse à elle-même ignore une réalité financière essentielle : si la Banque de France annulait ses titres et subissait des pertes, elle cesserait également de reverser ses bénéfices au budget de l’État, ce qui aurait des conséquences directes sur les finances publiques.