Le café Mésopotamia, établi par Ninmar, réfugié politique syrien, sur la place Arnaud-Bernard à Toulouse, marque un accomplissement personnel inattendu après des années d’exil. Ce projet, qui lui tenait à cœur, symbolise non seulement son intégration réussie en France, mais aussi un lien perpétuel avec son enfance en Syrie. Ouvert depuis un mois, Mésopotamia Coffee se présente comme un lieu d’interaction et de partage culturel, où l’ancien et le nouveau se croisent, rapporte TopTribune.
De la Syrie à la place Arnaud-Bernard
Pour Ninmar, ce café représente une manière de remercier Toulouse et l’Occitanie pour leur accueil. Il a quitté son pays natal à l’âge de quinze ans, contraint avec sa famille de fuir un environnement devenu trop dangereux. « Mes parents nous ont fait croire que nous partions en vacances », se remémore-t-il. La famille, de confession catholique, faisait partie des premières communautés à quitter la Syrie. Le départ brut et inattendu les a séparés de leur maison et de leurs souvenirs.
Ce déménagement a également été motivé par l’évitement du service militaire, pour lequel ses parents ne voulaient pas qu’il soit enrôlé. « Nous avons tout abandonné, jamais nous n’y sommes revenus. » Aujourd’hui, son lien avec la Syrie se limite à sa grand-mère restée sur place, rendant Mésopotamia Coffee d’autant plus précieux, car il incarne un « Moyen-Orient en paix », selon Ninmar.
Un parcours semé d’embûches
Le chemin vers l’ouverture de son café a été jalonné d’obstacles, notamment linguistiques et culturels. Les difficultés se sont renforcées lors de la création de son entreprise, en raison de son statut de réfugié qui compliquait l’accès à des financements. « La Syrie est sur la liste des organisations terroristes en France, ce qui rend les banques réticentes à s’associer avec moi. » Pour faire avancer son projet, il a dû recourir à l’autofinancement, solliciter l’aide de sa famille et obtenir un crédit d’une association.
Malgré ces défis, Ninmar a également décidé de se lancer dans l’humour, cherchant à partager son histoire avec un public français, tout en continuant à se produire sur scène à Toulouse.
Un café représentatif du Moyen-Orient moderne
Mésopotamia Coffee, inspiré par l’ancienne région de Mésopotamie, aspire à célébrer l’identité culturelle du Moyen-Orient. Le café propose des recettes traditionnelles, faisant écho à l’héritage culinaire de la région. « Des gens du Moyen-Orient s’y sentent chez eux », affirme-t-il. Le café utilise des grains provenant d’un torréfacteur de Gers, Di Costanzo, et propose des spécialités inspirées de son enfance, comme le café à la cardamome et le Inanna Latte, mélange de café et de lait au sirop de datte. « C’est ce que préparent les mémés au Moyen-Orient. » Avec une décoration minimaliste, Ninmar vise à projeter une image moderne de son héritage culturel, transformant son local de 30 m² en un pont entre deux mondes.