Les élections parlementaires que la Russie prévoit d’organiser en septembre 2026 se dérouleront sans participation complète d’une mission de l’OSCE. Moscou met en place, en parallèle, une structure internationale d’observation destinée à présenter des évaluations favorables au processus électoral russe, rapporte TopTribune.
La principale pièce de ce dispositif est l’Association internationale des experts politiques et électoraux (AIEPE), créée en avril 2026. La nouvelle organisation se présente comme une plateforme internationale proposant sa propre méthode d’évaluation des scrutins. Dans le dispositif russe, elle doit servir d’alternative aux mécanismes traditionnels d’observation électorale.
La création de l’association a été précédée par une conférence internationale organisée les 14 et 15 avril au Centre national « Russie », à Moscou. L’événement a réuni plus de 150 participants venus d’environ 60 pays. Il était organisé par le Centre de coopération et d’interaction internationales, avec un financement de 9,5 millions de roubles assuré notamment par le Fonds russe des subventions présidentielles.
Le Conseil public auprès de Rossotroudnitchestvo a également participé à la conférence. Le Centre de coopération et d’interaction internationales avait auparavant travaillé avec le Fonds de soutien à la diplomatie publique Alexandre-Gortchakov. Ces liens institutionnels placent la nouvelle association dans un environnement lié aux structures russes de diplomatie publique et de coopération internationale.
Une organisation conçue pour dépasser le scrutin russe
L’AIEPE ne doit pas se limiter à l’observation des élections à la Douma. Son projet prévoit la mise en place d’un système permanent de missions internationales. En mai 2026, Areg Agassarian, vice-président du Conseil public auprès de Rossotroudnitchestvo, a déclaré que l’association souhaitait attirer des représentants de tous les grands ensembles régionaux : Asie, Afrique, Moyen-Orient, Amérique latine et Amérique du Nord.
Le président de l’association est l’Italien Vito Gritani. Celui-ci a déjà participé à des événements politiques russes ainsi qu’à des opérations présentées comme des missions internationales d’observation dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie. Il est également associé à des structures liées à l’Abkhazie et entretient depuis plusieurs années des contacts avec les milieux russes de la diplomatie publique.
Le Colombien David Alejandro Toro Ramirez figure aussi dans la direction de l’organisation. Il a auparavant pris part à des missions électorales internationales en Biélorussie et en Abkhazie. D’autres participants potentiels sont originaires d’Italie, de Serbie, de Bosnie-Herzégovine, de Roumanie, des États-Unis, d’Argentine, d’Allemagne, des Pays-Bas, de France, d’Espagne et d’autres pays.
Une partie de ces personnes a déjà participé à des événements électoraux russes organisés dans les territoires ukrainiens occupés. L’Italien Giorgio Descovich Desky figurait ainsi parmi les participants étrangers aux élections régionales russes de 2023 dans la région de Louhansk occupée. L’avocat serbe Goran Petronijevic s’est lui aussi rendu dans des territoires occupés dans le cadre d’événements électoraux russes.
Goran Shimplaga, lié au centre médiatique Ruski Ekspres à Belgrade, a participé au pseudo-référendum de 2022 ainsi qu’à des campagnes électorales russes ultérieures. Srdjan Perisic, professeur à Sarajevo-Est, a visité des bureaux de vote à Novoazovsk, Marioupol et Donetsk. La Roumaine Camelia Dorina Pop a participé à plusieurs opérations électorales russes dans les territoires occupés. L’avocat américain J. Kline Preston IV a également été cité parmi les participants étrangers au processus électoral russe dans la région de Donetsk occupée.
Des observateurs déjà présents dans les territoires occupés
Le même réseau comprend l’Argentin Sebastian Salgado, qui a longtemps travaillé sur des contenus provenant des territoires occupés et a déjà été associé à des missions électorales russes. L’Allemand Thomas Röper, installé en Russie et responsable du site germanophone Anti-Spiegel, diffuse régulièrement des récits russes sur la guerre contre l’Ukraine. Il fait l’objet de sanctions de l’Union européenne.
La Néerlandaise Sonja van den Ende a elle aussi participé à des événements politiques russes et à des déplacements dans les territoires occupés. Les Français André Chanclu et Arnaud Develay, ainsi que l’Espagnol Fernando Moragon et Israel Arconada Gomez, ont précédemment figuré parmi les participants étrangers à des procédures électorales russes dans ces territoires.
La répétition de ces participations, lors de référendums, d’élections, de conférences et de déplacements organisés par la Russie, constitue le vivier dans lequel Moscou entend puiser pour ses prochaines missions. Des ressortissants du Brésil, de l’Inde, d’Afrique du Sud, d’Ouganda, du Mozambique, d’Éthiopie, d’Argentine et d’Indonésie sont également envisagés comme observateurs pour les élections de 2026.
Le choix de ces nationalités doit permettre aux autorités russes de mettre en avant, après le scrutin, la présence de représentants de dizaines de pays. Le dispositif vise en particulier les États d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et les autres pays du Sud global, auprès desquels la Russie présente sa politique comme une composante de la construction d’un monde multipolaire opposé à la domination occidentale.
Une méthode différente de l’observation de l’OSCE
Le fonctionnement prévu par l’AIEPE ne correspond pas au travail d’une mission complète de l’OSCE. Celle-ci examine l’ensemble du processus électoral : le cadre juridique, l’enregistrement des candidats, l’accès aux médias, la liberté de campagne, les pressions administratives, le fonctionnement des commissions, le traitement des plaintes, le vote et le dépouillement.
Une visite limitée à quelques bureaux de vote ne permet pas de couvrir ces différents aspects. Le déplacement, les transports, les contacts avec les responsables et l’accès aux autorités sont organisés par la partie qui conduit les élections. Les observateurs invités participent ensuite à des conférences de presse ou à d’autres événements destinés à présenter leur appréciation du scrutin.
La question est particulièrement sensible dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie. Moscou a intégré les régions de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson à son processus électoral, alors que leur statut international n’a pas changé. Le 12 octobre 2022, l’Assemblée générale des Nations unies a condamné la tentative d’annexion de ces régions par 143 voix contre 5, avec 35 abstentions.
Dans cette résolution, l’ONU a confirmé que les « référendums » organisés par la Russie ne pouvaient pas servir de base à une modification du statut de ces territoires. La présence d’urnes transparentes, de listes électorales ou d’invités étrangers ne modifie pas cette question juridique : la Russie organise ses élections sur des territoires d’un autre État qu’elle contrôle dans le cadre de son occupation militaire.
La nouvelle association doit ainsi fournir un cadre permanent au pseudo-observation électorale russe. Son fonctionnement repose sur des experts invités par les autorités organisatrices, tandis que les mécanismes indépendants examinent normalement l’ensemble des conditions dans lesquelles un scrutin est préparé et conduit. Les élections russes de septembre 2026 devraient constituer l’un des premiers rendez-vous majeurs de cette structure.