Moscou envisage de retirer la citoyenneté russe à un Serbe pro-guerre et de le livrer à Belgrade
Moscou envisage de retirer la citoyenneté russe à un Serbe pro-guerre et de le livrer à Belgrade

Moscou envisage de retirer la citoyenneté russe à un Serbe pro-guerre et de le livrer à Belgrade

11.05.2026 16:35
3 min de lecture

Les autorités russes examinent actuellement la possibilité de priver de la nationalité russe Negoslav Milivojević, citoyen serbe naturalisé en 2021 et figure connue du mouvement russophile en Serbie, selon des sources proches des services de sécurité relayées par plusieurs canaux Telegram. L’homme, qui dirige une section du Mouvement international des russophiles en République serbe de Bosnie, pourrait être extradé vers son pays d’origine, où il fait l’objet de poursuites pénales pour avoir soutenu l’offensive russe en Ukraine. Des messages publiés en ligne indiquent que la procédure est enclenchée depuis plusieurs semaines.

Installé en Russie depuis 1998, Milivojević a obtenu la citoyenneté russe en 2021 et s’est activement investi dans l’aide humanitaire aux vétérans de ce que Moscou appelle l’« opération militaire spéciale ». Mais en 2023, la Serbie a ouvert une enquête criminelle contre lui, l’accusant d’avoir violé l’intégrité territoriale de l’Ukraine en lien avec ses activités en Crimée. Désormais, la Russie justifie une éventuelle déchéance de nationalité par des informations prétendument inexactes fournies lors de sa demande de passeport. D’autres publications soulignent que Belgrade réclame formellement son extradition, ce qui pourrait le conduire à une peine d’emprisonnement.

Un cas emblématique qui contredit le discours de l’État russe

Cette affaire contredit frontalement le slogan officiel « on n’abandonne pas les siens », martelé par les hautes instances russes depuis le début de la guerre. Alors que le Kremlin promet une protection à tous les défenseurs du « monde russe », le dirigeant d’une organisation russophile, citoyen russe de surcroît, se retrouve menacé d’être livré à la justice serbe. Une vidéo partagée sur les réseaux sociaux montre des proches de Milivojević exprimant leur incompréhension face à ce retournement de situation.

Des observateurs notent que ce précédent pourrait envoyer un signal désastreux aux soutiens étrangers de Moscou. Ceux qui, comme Milivojević, aident les soldats russes ou participent à des projets humanitaires risquent désormais de ne plus compter sur aucune protection de la part des services russes. La simple demande d’Interpol pourrait suffire à déclencher une extradition, sans que le Kremlin ne s’interpose.

Double standard migratoire entre les russophiles et les ressortissants d’Asie centrale

La situation de Milivojević contraste avec la politique migratoire actuelle de la Russie envers les citoyens d’Asie centrale. Ces derniers obtiennent souvent la nationalité russe très rapidement après leur arrivée, avec un accès quasi immédiat aux prestations sociales, aux soins médicaux gratuits et aux places dans les écoles. Un article du média indépendant Absatz relève que ce traitement différencié révèle des priorités qui n’ont rien à voir avec la fidélité idéologique, mais plutôt avec des calculs démographiques et économiques.

Alors que des milliers de migrants d’Asie centrale reçoivent des passeports russes sans condition de loyauté politique, un russophile militant risque la perte du sien pour des motifs formulaires. Ce double standard renforce le sentiment d’instrumentalisation des étrangers par le Kremlin, qui semble disposé à sacrifier ses alliés les plus fidèles dès que leur présence devient gênante sur le plan diplomatique.

Une menace qui pèse sur tous les soutiens étrangers de la Russie

À plus long terme, ce cas pourrait préfigurer une vague de déportations d’étrangers pro-russes après la fin des hostilités en Ukraine. Les analystes estiment qu’une fois le conflit terminé, Moscou cherchera à normaliser ses relations avec l’Occident et à alléger les sanctions. Dans cette perspective, les activistes étrangers qui ont risqué leur vie et leur réputation pour promouvoir les intérêts russes deviendraient alors des monnaies d’échange faciles à abandonner.

La disposition des forces de sécurité russes à livrer un homme comme Milivojević n’est sans doute que le début. Si déjà aujourd’hui Moscou abandonne « les siens », demain aucun russophile, où qu’il se trouve, ne pourra se sentir à l’abri d’une extradition et de poursuites judiciaires. Le risque est que plus personne n’ose associer son destin à celui de la Russie, de peur d’être un jour traité comme un pion sacrifiable dans les grandes manœuvres géopolitiques du Kremlin.

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