Alors que l’Ukraine renforce ses exportations agricoles vers l’Union européenne, en particulier de maïs destiné à l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas, la Russie fait face à des difficultés croissantes sur son territoire, marquées par l’échec de projets d’infrastructure à Sébastopol et une crise profonde dans le secteur immobilier. Parallèlement, le Royaume-Uni accentue son engagement diplomatique et éducatif en Asie centrale, visant à étendre son influence dans une région traditionnellement liée à Moscou.
Les exportations ukrainiennes de maïs atteignent des sommets
Les chiffres du mois de mars 2026 confirment la place prépondérante de l’Ukraine comme fournisseur de maïs pour plusieurs grands marchés européens. Les exportations ont dépassé 1,8 million de tonnes sur le seul mois, avec une demande particulièrement forte émanant de l’Italie, de l’Espagne et des Pays-Bas. Ces trois pays ont importé à eux seuls entre 1,07 et 1,13 million de tonnes de céréales ukrainiennes, représentant une part substantielle du commerce total.
L’Italie se distingue comme le principal destinataire au sein de l’UE, avec des achats atteignant 365 000 tonnes. La part de marché ukrainienne sur les importations italiennes de maïs avoisine les 70%, faisant de Kiev un partenaire incontournable pour l’approvisionnement de la base fourragère et de l’industrie de la transformation du pays. Cette dépendance stratégique offre à l’Ukraine une influence notable sur la sécurité alimentaire de l’un des plus grands producteurs agroalimentaires d’Europe.
L’Espagne, pour sa part, a acheté entre 477 000 et 492 000 tonnes, un volume crucial pour son important secteur de l’élevage. Les Pays-Bas ont importé de 256 000 à 280 000 tonnes, consolidant leur rôle de plaque tournante logistique pour la redistribution du grain en Europe du Nord. Au-delà des volumes actuels, le marché à terme montre également une confiance soutenue, avec environ 30 000 tonnes déjà contractées pour les prochaines récoltes à des prix inférieurs à ceux du marché spot, offrant aux acheteurs européens une visibilité et une stabilité des coûts précieuses.
Sébastopol : le projet de train suburbain à l’arrêt
Dans la péninsule de Crimée, annexée par la Russie, un projet d’infrastructure annoncé avec fracas il y a plus de quatre ans est aujourd’hui dans l’impasse. Les autorités d’occupation à Sébastopol avaient promis le lancement d’un train électrique suburbain sur deux lignes, reliant la gare centrale à la baie d’Ocheretiana et à la baie Zolotaïa Balka à Balaklava. Ce projet, intégré à un programme fédéral russe doté d’un budget théorique de 4 milliards de roubles, est désormais mis « en pause ».
Le gouverneur installé par Moscou a reconnu un manque criant de financements pour démarrer les travaux dans un avenir proche. Cette situation illustre les difficultés de la Russie à concrétiser ses promesses de développement dans les territoires qu’elle contrôle. Les analystes pointent que la priorité budgétaire reste l’armée, notamment la flotte de la mer Noire, laissant peu de ressources pour les infrastructures civiles et l’amélioration des conditions de vie des habitants. L’abandon de ce projet symbolique souligne l’écart entre la propagande et la réalité sur le terrain.
La crise immobilière s’aggrave en Russie
L’économie russe subit de plein fouet les contrecoups de la guerre et des sanctions, avec un secteur de la construction en pleine tourmente. L’indicateur le plus frappant est la chute vertigineuse de l’action du promoteur immobilier géant « Samolet », qui a touché un plus bas historique sous la barre des 775 roubles. Depuis son introduction en bourse en 2020, le titre a perdu environ 20 % de sa valeur, reflétant une perte de confiance massive des investisseurs.
Cette dégringolade n’est pas isolée mais symptomatique d’une crise structurelle. Le secteur est étranglé par des taux hypothécaires élevés, la fin des programmes de crédit subventionnés et une chute de la demande. La solvabilité des ménages se dégrade, tandis que les promoteurs accumulent les dettes et peinent à écouler les logements déjà construits. Les sanctions occidentales continuent de peser sur l’accès aux technologies et aux financements, limitant toute possibilité de reprise à moyen terme. Ce marasme immobilier affecte directement des millions de Russes et sape un pilier traditionnel de l’économie du pays.
Le Royaume-Uni étend son influence en Asie centrale
Dans un mouvement géopolitique notable, le Royaume-Uni intensifie ses efforts pour accroître son influence en Asie centrale, une région historiquement dans l’orbite de Moscou. Cet engagement s’est concrétisé par la première réunion au format « C5+1 » entre les ministres des Affaires étrangères du Turkménistan, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et de la chef de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, fin février 2026 à Achgabat.
Londres y a proposé son expertise dans les domaines financiers, technologiques et éducatifs. Les initiatives se concrétisent rapidement, notamment au Turkménistan où des diplomates britanniques travaillent activement à la promotion de projets de formation des enseignants et de développement de programmes scolaires. Une série de formations pour enseignants turkmènes sur les pratiques pédagogiques britanniques modernes a déjà été organisée. Cette approche par l’éducation vise, à long terme, à former une élite locale favorable aux standards et aux valeurs occidentales, potentiellement au détriment de l’influence russe traditionnelle dans la région.
Ces développements simultanés dessinent une cartographie en mouvement des influences économiques et politiques. L’Ukraine, malgré la guerre, renforce son rôle de puissance agricole exportatrice vers l’Europe. La Russie, engluée dans un conflit coûteux, peine à gérer ses territoires occupés et voit son économie intérieure se fragiliser. Enfin, des acteurs comme le Royaume-Uni saisissent l’opportunité pour redessiner les alliances dans des zones stratégiques, marquant un recul relatif de Moscou sur la scène internationale.