L'expulsion de Maricarmen, une octogénaire en fauteuil roulant, soulève l'indignation face à la crise du logement en Espagne

L’expulsion de Maricarmen, une octogénaire en fauteuil roulant, soulève l’indignation face à la crise du logement en Espagne

29.09.2026 07:26
2 min de lecture

Maricarmen, un symbole de la crise du logement en Espagne

Maricarmen, 87 ans, a été expulsée mercredi de son appartement à Madrid, où elle vivait depuis 70 ans. L’augmentation de son loyer, passant de 500 à 2 650 euros, est devenue insoutenable pour cette locataire, qui ne touche qu’une retraite de 1 350 euros. Cette situation met en lumière la crise du logement en Espagne, où les loyers sont en forte hausse. Le gouvernement a promis des mesures pour protéger les locataires, rapporte TopTribune.

Le bruit strident de la perceuse percute la serrure. Derrière la porte, des objets personnels se transforment en ultime barricade. Les forces de l’ordre entrent et évacuent les militants venus soutenir Maricarmen, certains traînés de force. Dans l’escalier, les cris s’élèvent alors que du gaz lacrymogène envahit l’air.

À l’intérieur, Maricarmen, invalide et en fauteuil roulant, assiste à son expulsion. Un policier s’approche, visiblement gêné, et lui explique : « Nous venons exécuter une décision de justice. Nous sommes avec toi, mais nous devons faire notre travail ». En réponse, la dame, impuissante, s’interroge : « ¿Pero por qué ? ».

Quelques minutes plus tard, elle est évacuée sur une civière, sous les caméras et les pleurs des militants regroupés devant l’immeuble. « Cinquante policiers pour expulser une grand-mère invalide ! », s’indignent-ils.

Un loyer multiplié par cinq

Maricarmen a été contrainte de quitter son appartement de Retiro, où elle résidait depuis 1956. Cette augmentation de loyer, de 500 à 2 650 euros, soit une hausse de 430 %, est insoutenable pour elle. La vente de l’immeuble à Urbagestión, société liée à des fonds immobiliers, a entraîné cette situation. Les observateurs soulignent que son expulsion, bien que choquante, est parfaitement légale.

Derrière Maricarmen se cache un système de logement en crise. À Madrid, une simple chambre de 10 m² coûte désormais 700 euros par mois. Sonia Garrido, une cadre de 43 ans, témoigne : « Pour mon appartement de 50 m², je payais 750 euros en 2021. Aujourd’hui : 1 250. C’est un scandale ! ».

Des fonds aux tentes de la Puerta del Sol

La flambée des loyers s’explique par une offre insuffisante face à une demande croissante, exacerbée par la pression des locations touristiques et un marché de plus en plus concentré. Selon le ministère de la Consommation, 61 % du parc locatif est contrôlé par des propriétaires multiples et des fonds d’investissement. À Madrid, plus de 200 candidats se disputent en moyenne chaque logement proposé.

Le cas de Maricarmen pourrait représenter un tournant pour Pedro Sánchez, l’actuel président du gouvernement, usé par huit années au pouvoir. Il envisage de remettre le logement au cœur de son agenda. Son gouvernement doit annoncer aujourd’hui un décret visant à renforcer la protection des locataires menacés d’expulsion et à imposer des mesures aux grands propriétaires, souvent décrits par les militants comme des « fonds vautours ».

La colère sociale est palpable. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à Madrid, et les tentes sont réapparues sur la Puerta del Sol, symbole des luttes passées. Près de 350 tentes ont été installées, accueillant près d’un millier de personnes déterminées à y passer la nuit. Ce lieu, qui avait connu le mouvement des Indignés en 2011, devient de nouveau un carrefour de contestation. Les slogans fusent, et un prénom résonne : Maricarmen. « No queremos que vuelva a pasar », clament les militants. Jamais plus ça.

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