Le gel des rémunérations des fonctionnaires du budget 2027 suscite peu de réactions malgré l'inflation

Le gel des rémunérations des fonctionnaires du budget 2027 suscite peu de réactions malgré l’inflation

29.09.2026 08:26
3 min de lecture

Le 17 septembre, le gouvernement français a annoncé une nouvelle mesure de gel du point d’indice des fonctionnaires, ce qui, selon Clément Carbonnier, professeur d’économie à l’université Paris-1, revient à une diminution des salaires en termes réels en raison de l’inflation, rapporte TopTribune.

Cette décision s’inscrit dans une continuité de pratiques des gouvernements précédents, souvent justifiées par une perception négative des fonctionnaires jugés « trop nombreux » et « planqués ». Cette tendance à privilégier des augmentations salariales individuelles ou des primes plutôt que des augmentations générales est devenue manifeste, ayant d’abord pris racine dans le secteur privé avant de s’étendre au secteur public.

Selon la CGT, la perte de rémunération des fonctionnaires s’élève à plus de 33 % depuis 2000. Le syndicat réclame une augmentation immédiate de 20 % de la valeur du point d’indice, ainsi qu’une indexation sur le coût de la vie. En effet, depuis 2017, les agents publics n’ont vu leur point d’indice revalorisé qu’en 2022 (3,5 %) et en 2023 (1,5 %), tandis que l’inflation cumulée de cette période pourrait atteindre 24,17 % d’ici la fin de 2026. Cependant, le gouvernement n’envisage pas cette option pour le moment, et plusieurs raisons expliquent cela.

La facilité politique du « coup de rabot »

Clément Carbonnier met en avant un aspect politique : « Fonctionnaire tout le monde ne l’est pas alors que, par exemple, tout le monde espère être retraité. » Cette perception contribue au fait que le gel du point d’indice ne génère pas une large opposition, même si une grève est prévue le 29 septembre, notamment sur ce sujet.

Ce gel des salaires, devenu une pratique habituelle lors des mandats successifs, est également enclin à passer plus facilement à l’Assemblée nationale. Jacques Le Cacheux, professeur émérite d’économie à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, souligne que le Rassemblement national pourrait ne pas s’opposer à cette mesure, alors qu’ils auraient été plus prompts à sanctionner un gel des pensions de retraite.

« Un autre avantage du gel du point d’indice, c’est qu’il permet d’éviter d’examiner minutieusement les zones où des économies pourraient être réalisées », ajoute Jacques Le Cacheux. Cette politique est perçue comme une solution « molle » qui présente la facilité d’ignorer les réformes nécessaires dans un contexte où les élections présidentielles approchent.

Une volonté de privatiser ?

Clément Carbonnier remarque que, bien que la volonté de privatiser et de mettre en concurrence ne soit pas clairement affichée pour les secteurs de la santé et de l’éducation, elle est cependant implicite. Dans des secteurs comme l’énergie et les transports, cette intention a été officiellement reconnue.

Les professions dans l’éducation et certaines positions au sein de la fonction publique, comme le métier d’infirmier, souffrent d’un manque d’attrait, et le gel des salaires ne fera qu’aggraver cette situation. Carbonnier établit un lien entre la baisse des salaires des enseignants et les résultats médiocres de la France aux évaluations PISA.

Cela paraît bénéfique aux comptes publics mais…

Carbonnier souligne qu’il est problématique que les Français ne fassent pas suffisamment le lien entre les réductions de salaires des fonctionnaires et l’état des services publics. Au sein de l’éducation nationale, les démissions ne sont plus l’exception.

Cette dégradation des services publics ouvre la porte à une intervention accrue des opérateurs privés. Bien que cela puisse soulager les comptes publics d’un point de vue comptable, cela représente un coût plus élevé pour les citoyens, qui finiront par payer davantage pour les soins de santé et l’éducation.

Malgré le déficit existant en France, et une administration confrontée à des contraintes budgétaires telles que la dette et la hausse des prix des carburants, le gouvernement continue de geler les dépenses. Néanmoins, des économistes suggèrent d’explorer d’autres catégories de la population, comme les retraités aisés, pour compenser ces coupes. Jacques Le Cacheux estime que ces retraités pourraient supporter une certaine diminution de leur pouvoir d’achat sans en souffrir significativement.

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