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Le premier long-métrage d’Avril Besson met en scène une romance tendre et évidente entre deux femmes. La réalisatrice a voulu épargner à ses personnages la moindre violence ou considération queerphobe, tendance qui commence à se développer dans le cinéma LGBT+.
Céline Sciamma nous le disait en 2019, juste après la projection cannoise de son chef-d’œuvre lesbien Portrait de la jeune fille en feu: «Il y a eu un sacrifice de lesbiennes dans toute l’histoire du cinéma.» En matière de récits LGBT+, le septième art a en effet une fâcheuse tendance à privilégier la tragédie. De Mulholland Drive à Boys Don’t Cry en passant par Le Secret de Brokeback Mountain, les histoires queers riment le plus souvent avec souffrance, violence et haine de soi.
C’est une des raisons pour lesquelles on est tellement charmé et décontenancé par Les Matins merveilleux, premier film d’Avril Besson, en salle depuis le 29 juillet. Cette comédie romantique et mélancolique, qui était en lice pour la Queer Palm au Festival de Cannes 2026, suit la relation naissante entre deux femmes. Il ne s’agit pas d’un film de science-fiction; pourtant, il semble se dérouler dans une France où la queerphobie n’existerait pas, rapporte TopTribune.
India Hair (joyau du cinéma français) joue Charlie, une jeune femme a priori hétéro qui s’aventure dans un petit village du sud de la France après le décès de sa grand-mère. Au bar du coin, elle se lie d’amitié avec une serveuse trans, Marina, incarnée par la magnétique Raya Martigny. Aucune des deux n’a vécu de romance homosexuelle auparavant. Pourtant, l’alchimie est immédiate, et le rapprochement aussi simple qu’évident, sans que leur histoire ne soit polluée par la moindre considération ou transphobe.
Avril Besson nous le confirme: éviter les rebondissements sombres ou violents était un choix conscient. La réalisatrice rêvait d’«un film sans conflit», rejetant les complications narratives manufacturées. «Ce qui me sort toujours d’une comédie, c’est quand je sens un faux conflit. Tout se passe bien et paf, d’un coup la meuf est enceinte, et ça va poser problème. Ce truc-là qu’on vient me caler, je n’y crois pas. Tout allait bien dans le couple, pourquoi ils s’engueulent d’un coup?»
Au contraire, l’histoire des Matins merveilleux est propulsée par la bienveillance et la gentillesse de ses personnages. «J’avais envie qu’elles se séduisent par leurs qualités, pas par leurs défauts. Il y a toujours ce système de la comédie romantique où d’abord, on voit les gens être nuls, puis une fois ensemble ils vont devenir super. Mais c’est le contraire, tu tombes amoureux de quelqu’un parce qu’il est super, pas parce qu’il est nul!»
Cette logique anti-conflit s’est aussi naturellement appliquée à sa manière d’appréhender l’identité de ses personnages, notamment Marina, inspirée d’une vraie femme trans résidant à Cavalière, où la cinéaste a tourné son film. «C’est très personnel, mais je ne me sentais pas du tout en capacité de mettre en scène une violence transphobe, de convoquer des comédiens pour qu’ils jouent des hommes transphobes, de mettre l’actrice face à des propos transphobes… Parce qu d’un coup, ça devient toi qui as créé ça. Et je n’avais aucun désir de créer de la violence, même factice.
Politique de la joie
La cinéaste dit avoir fait le film de son «point de vue d’alliée». «Je ne suis pas trans moi-même, mais j’ai rencontré l’intégralité de mes amis trans bien après leur transition. Donc j’ai vraiment eu un rapport heureux à la transidentité. Et il y a plein de femmes trans très heureuses.» Bien sûr, la représentation des parcours de transition, et de la violence transphobe, est «hyper importante», précise-t-elle. Mais la joie l’est aussi. «C’est aussi politique de dire “Je suis trans et je suis heureuse, je suis trans et je suis libre, je suis trans et je suis en sécurité dans ce lieu.”»
Ce choix relève d’un parti pris audacieux, quand le public semble désormais conditionné à attendre de la violence dans les récits. «Il y a quelqu’un récemment qui m’a dit: “Quand Marina part en soirée, j’étais persuadé qu’elle allait revenir avec la gueule défoncée dans la scène d’après”, s’étonne la réalisatrice. Lorsqu’elle a présenté son scénario en commission au CNC, il lui avait aussi été suggéré de rajouter des scènes de conflit, voire des réflexions queerphobes.
«On m’a vraiment prise pour une meuf bête, qui ne comprenait pas du tout ce que c’était qu’être trans, qui croyait que c’était cool alors que c’est pas cool», relate Avril Besson. «On m’a suggéré d’écrire une scène où Charlie appelle sa meilleure amie pour lui dire “Ah là là, je suis perdue, c’est trop bizarre”… ou que la copine lui pose des questions sur les organes génitaux de Marina! Mais pour moi il y avait un rejet absolu de ces scènes là. […] Je n’ai pas envie de les voir, ni de les filmer.
«Dès le titre, je trouve qu’il y a une petite utopie dans ce que je veux raconter.»
Le film n’élude pas entièrement la transphobie pour autant. Dans une séquence, Marina décide de renoncer à apparaître dans une pétition qu’elle avait rédigée, estimant que sa simple présence pourrait détourner l’attention de la cause qu’elle et ses proches souhaitent défendre. «Elle pense qu’elle ne pourra jamais être la personne qu’elle a envie d’être, parce qu’on va toujours la ramener à son identité de genre avant de mettre en avant sa pensée. C’est ce genre de transphobie internalisée au quotidien que j’ai pu observer chez mes amies.»
En rejetant les écueils doloristes ou sensationnalistes, Avril Besson s’autorise un autre type de récit, plus rare et plus doux. Une flânerie charmante et décalée, où deux personnes s’apprivoisent gentiment et tentent de bâtir une relation qui leur ressemble. Ses protagonistes ne manquent pas de profondeur émotionnelle: elles sont, chacune à leur manière, en quête de repères. Mais leurs enjeux ne sont pas liés à leur identité de genre ou à leur orientation sexuelle.
Une vraie tendance
Cette année, et c’est assez rare pour le remarquer, de plus en plus de films queers semblent faire un pari similaire. Dans ces œuvres, il n’est pas question de souffrances, de déchirement identitaire ou de violence extérieure. Les personnages sont à l’aise avec leur désir, aimés par leur famille, et leurs histoires d’amour sont douces et joyeuses.
À Cannes, on a ainsi pu découvrir le très réussi Du fioul dans les artères (en salles le 2 décembre), qui suit une histoire passionnelle
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