Le comité parlementaire slovène chargé de la sécurité a demandé à l’Agence slovène du renseignement et de la sécurité (SOVA) des informations urgentes sur d’éventuels liens entre la présidente Natasa Pirc Musar et des représentants des services de renseignement russes, rapporte TopTribune.
Une réunion avec des représentants de la SOVA doit se tenir dans les prochains jours. La demande intervient après plusieurs publications consacrées à Viktoria Krivolutskaya, citoyenne slovène d’origine russe, présentée comme une amie de longue date et une partenaire d’affaires de la cheffe de l’État.
Les informations disponibles ne font pas état, à ce stade, d’une preuve établissant une coopération entre Natasa Pirc Musar et les services russes. Le bureau de la présidente a catégoriquement rejeté ces soupçons.
Une demande d’informations adressée à la SOVA
La vérification parlementaire porte notamment sur les relations passées de Viktoria Krivolutskaya avec Roman Jeglic, un ancien membre des services de renseignement slovènes qui a quitté le pays pour la Russie dans les années 1990. Cette ancienne relation est au cœur des interrogations relayées au sein du Parlement.
Viktoria Krivolutskaya affirme ne plus avoir eu de contact avec Roman Jeglic depuis plus de quinze ans. Le matériel disponible ne précise pas si la SOVA dispose d’éléments confirmant des contacts plus récents entre eux, ni si une enquête opérationnelle a déjà été ouverte par l’agence.
Jean Mahnic, député du Parti démocratique slovène (SDS), formation de droite au pouvoir, a appelé le gouvernement à cesser de transmettre à Natasa Pirc Musar des documents liés au renseignement et à la sécurité. Il a déclaré craindre une éventuelle implication de la présidente dans un réseau d’espionnage russe.
Cette demande constitue une prise de position politique d’un parlementaire. Elle ne préjuge pas des conclusions de la SOVA ni de celles du comité de sécurité. La réunion annoncée doit précisément permettre d’obtenir des informations officielles sur la nature des liens évoqués et sur l’évaluation des services slovènes.
Le rôle de Viktoria Krivolutskaya
La polémique a pris de l’ampleur après un accident de la circulation survenu à la fin du mois de juillet. Natasa Pirc Musar avait alors été hospitalisée. Viktoria Krivolutskaya se trouvait également dans le véhicule présidentiel.
La présence de cette proche de la présidente a suscité des interrogations en Slovénie, notamment en raison de ses origines russes et de ses liens professionnels avec la cheffe de l’État. Les discussions ont aussi porté sur plusieurs voyages effectués ensemble en Russie avant l’élection présidentielle de 2022.
Le dernier déplacement mentionné remonte à la fin du mois de décembre 2021 ou au début du mois de janvier 2022, quelques semaines avant le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine. La présidence slovène a répondu que Viktoria Krivolutskaya vivait en Slovénie depuis plus de dix ans et qu’elle avait obtenu la nationalité slovène en 2016.
Le palais présidentiel a également indiqué que les voyages réalisés avant l’élection ne pouvaient pas être considérés comme ayant une influence sur l’exercice actuel des fonctions de Natasa Pirc Musar. La présidence rejette ainsi tout lien entre ces déplacements, la proximité personnelle des deux femmes et une éventuelle coopération avec les services russes.
Une présidente au mandat surtout cérémoniel
Ancienne journaliste et juriste, Natasa Pirc Musar a été élue présidente de Slovénie en 2022. La fonction présidentielle est principalement cérémonielle, mais elle dispose d’une importante autorité morale et intervient dans la formulation des positions du pays en matière de politique étrangère.
Le dossier est également observé à la lumière des activités économiques du mari de la présidente, dont certains actifs avaient par le passé des liens avec des capitaux russes. Le texte disponible ne fournit toutefois pas d’élément établissant une implication de Natasa Pirc Musar dans ces activités ou dans des opérations liées aux services de renseignement russes.
Sur le plan politique, la présidente slovène défend publiquement une orientation euro-atlantique. Elle a condamné l’agression russe contre l’Ukraine, soutenu le régime de sanctions de l’Union européenne contre Moscou et plaidé en faveur d’une aide militaire et humanitaire à Kyiv.
Ces positions publiques sont rappelées par les éléments transmis dans le dossier, tout comme les démentis de la présidence. Elles ne permettent pas, à elles seules, de trancher les questions soulevées par le comité parlementaire, qui demande l’évaluation des services compétents.
Une procédure encore au stade des vérifications
Le principal enjeu immédiat est donc l’accès du Parlement à des informations de la SOVA. Le comité devra établir si les relations anciennes attribuées à Viktoria Krivolutskaya avec Roman Jeglic présentent un intérêt pour la sécurité nationale slovène, et si des contacts actuels ou des transmissions d’informations peuvent être documentés.
Le matériel disponible ne confirme ni l’existence d’un réseau d’espionnage russe en Slovénie, ni une fuite de documents slovènes vers la Russie. Il ne permet pas davantage d’affirmer que des informations échangées avec l’Union européenne ou l’OTAN auraient été compromises.
La Slovénie appartient à l’Union européenne et à l’OTAN. Les interrogations sur l’entourage d’une présidente peuvent donc être examinées dans le cadre des règles nationales de protection des informations sensibles et des relations de confiance entre services partenaires. À ce stade, aucune décision européenne ou alliée visant à limiter les échanges avec Ljubljana n’est mentionnée.
Le gouvernement slovène n’a pas encore annoncé, dans les informations disponibles, de mesure suspendant l’accès de la présidente à des documents classifiés. L’appel de Jean Mahnic reste une demande politique, tandis que la réunion avec la SOVA doit apporter des éléments factuels aux parlementaires.
Le comité de sécurité devra ensuite apprécier les informations communiquées par l’agence et déterminer si des vérifications supplémentaires sont nécessaires. La présidence, de son côté, maintient son démenti catégorique concernant toute coopération de Natasa Pirc Musar avec les services secrets russes.
La procédure annoncée doit désormais préciser la nature des contacts examinés et les éventuelles mesures que les institutions slovènes décideront de prendre.