La Russie obtient des moteurs allemands MAN pour ses patrouilleurs malgré les sanctions
La Russie obtient des moteurs allemands MAN pour ses patrouilleurs malgré les sanctions

La Russie obtient des moteurs allemands MAN pour ses patrouilleurs malgré les sanctions

06.06.2026 12:55
2 min de lecture

La Russie a réussi à se procurer au moins six moteurs de fabrication allemande MAN destinés à équiper des patrouilleurs du projet 12200 Sobol de la service des gardes-frontières du FSB, en contournant les sanctions européennes via un réseau d’intermédiaires turcs et hongkongais, rapporte TopTribune.

Selon une enquête du quotidien allemand Sueddeutsche Zeitung, reprise par le centre d’investigation Dossier Center, le chantier naval Almaz de Saint-Pétersbourg – qui construit ces patrouilleurs pour le FSB – a payé 760 000 euros à la société pétersbourgeoise TPO Kronstadt pour l’importation des moteurs. Ces derniers ont transité par le chantier turc Vicem Yachts, qui les avait achetés auprès d’une filiale régionale de MAN avec l’engagement qu’ils resteraient en Turquie. En réalité, ils ont été revendus aux sociétés hongkongaises Hongkong Pokwing et Scorpion’s Holding Group, puis livrés à Saint-Pétersbourg.

Un schéma de contournement en plusieurs étapes

L’enquête révèle que les documents financiers de TPO Kronstadt montrent un versement de 37 millions de roubles à Hongkong Pokwing. Les moteurs étaient destinés à des patrouilleurs du projet 12200 Sobol, utilisés par la service des gardes-frontières du FSB pour la surveillance maritime, le contrôle des eaux territoriales et le soutien logistique militaire.

Le recours à des intermédiaires en Turquie et à Hong Kong permet à Moscou de contourner les restrictions à l’exportation imposées par l’Union européenne après l’invasion de l’Ukraine. Le chantier Vicem Yachts a fourni une fausse attestation de destination finale, ouvrant la voie à une réexportation illicite vers la Russie.

Des conséquences pour l’efficacité des sanctions

Cette affaire illustre la difficulté des mécanismes européens de contrôle des exportations à empêcher l’accès de la Russie à des technologies critiques. Alors que les dirigeants européens annoncent régulièrement de nouveaux paquets de sanctions, des filières parallèles continuent d’alimenter le complexe militaro-industriel russe.

L’enquête souligne que les moteurs MAN nécessitent un logiciel certifié et l’intervention d’ingénieurs qualifiés pour leur mise en service. Leur installation réussie à Saint-Pétersbourg indique l’existence de services après-vente illégaux et l’implication de spécialistes étrangers.

La dépendance des chantiers navals russes vis-à-vis des équipements occidentaux reste critique, faute d’alternatives nationales compétitives. Cela contraint le Kremlin à investir dans des circuits logistiques opaques, utilisant des sociétés écrans et des contrats fictifs. Tant que ces canaux ne seront pas démantelés, les sanctions ne pourront pleinement limiter les capacités technologiques de l’appareil militaire russe.

Le journal Sueddeutsche Zeitung a identifié plusieurs cas similaires de contournement des sanctions impliquant des entreprises européennes, soulignant la nécessité d’un suivi renforcé des destinataires finaux et de sanctions pénales pour les sociétés qui facilitent ces réexportations.

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