Le FSB intensifie la pression sur les scientifiques russes opposés à la guerre
Le FSB intensifie la pression sur les scientifiques russes opposés à la guerre

Le FSB intensifie la pression sur les scientifiques russes opposés à la guerre

19.09.2026 14:42
4 min de lecture

Le Service fédéral de sécurité russe (FSB) a relancé les convocations de scientifiques ayant signé en 2022 une lettre ouverte contre la guerre en Ukraine, avec des « entretiens préventifs », des interrogatoires et des menaces de poursuites pénales. Plus de quatre ans après la publication du texte, soutenu par environ 8 500 membres de la communauté scientifique russe, ses signataires continuent d’être ciblés, rapporte TopTribune.

Les convocations ont été signalées le 18 septembre 2026 par plusieurs médias indépendants russes. Meduza, OVD-Info et The Bell rapportent que des chercheurs et des enseignants sont de nouveau appelés par les services de sécurité. Certains auraient été interrogés sur leur position à l’égard de l’intervention militaire lancée par la Russie en 2022, tandis que d’autres auraient dû expliquer comment ils avaient obtenu le lien vers la lettre et à quelles personnes ils l’avaient transféré.

Des convocations dans les instituts et les universités

Dans l’Oural, un scientifique aurait été convoqué par un agent du FSB détaché auprès d’une université. L’entretien portait sur sa position à l’égard des opérations militaires russes en 2022 et sur son attitude actuelle. En Sibérie, une employée d’un institut de recherche aurait été interrogée à la suite d’une demande venue de Moscou. Les questions concernaient la provenance d’un lien vers l’appel antiguerre et le cercle de personnes auxquelles il avait été envoyé.

Les informations disponibles ne font pas état, dans tous les cas cités, de l’ouverture effective d’une procédure pénale. Les scientifiques concernés seraient toutefois menacés de poursuites et de nouvelles mesures administratives. La signature d’un texte public datant de 2022 continue ainsi d’être utilisée comme élément de pression sur leur activité professionnelle.

La campagne ne se limiterait pas aux convocations individuelles. D’après le média spécialisé T-invariant, des établissements russes d’enseignement supérieur utilisent des listes informelles de salariés considérés comme « indésirables ». Un système présenté comme un « feu tricolore » répartirait les enseignants et les chercheurs entre plusieurs niveaux de risque, notamment les catégories « jaune » et « rouge ».

Les contrats de travail au cœur du dispositif

Selon ces informations, les listes servent notamment à justifier le non-renouvellement des contrats universitaires. Des enseignants et des chercheurs identifiés comme insuffisamment loyaux auraient ainsi été écartés de leur poste dans plusieurs établissements. Le mécanisme toucherait des universités et des centres de recherche de différentes régions russes, ainsi que des institutions reconnues du pays.

Pour être retirés de ces listes, certains scientifiques devraient apporter une contribution financière au fonds « Défenseurs de la patrie », créé pour soutenir les militaires russes, ou accepter de donner des conférences publiques pour l’organisation pro-gouvernementale « Znanié », dont le nom signifie « connaissance ». Ces conditions reviennent, selon les éléments rapportés, à demander aux chercheurs une démonstration publique de loyauté envers la politique menée par le pouvoir.

Le financement d’une organisation autorisée par l’État ou la participation à des activités publiques favorables aux autorités seraient ainsi présentés comme des moyens de sortir du classement défavorable. Le simple retrait de toute activité d’opposition ne suffirait plus nécessairement à préserver la situation professionnelle des personnes concernées.

Le rôle des responsables chargés de la sécurité

Dans les établissements régionaux, le contrôle est parfois assuré directement par des représentants des services de sécurité. La pratique concerne également les postes administratifs liés à la sécurité des universités. À l’Université d’État de Saint-Pétersbourg, l’un des cas les plus documentés, le poste de vice-recteur chargé de la sécurité est occupé par Oleg Chaïdulin, ancien responsable du département politique du centre local « E », une structure de la Direction générale de lutte contre l’extrémisme du ministère russe de l’Intérieur.

La présence d’anciens responsables des forces de l’ordre dans les fonctions universitaires liées à la sécurité accompagne la mise en place de ces procédures de contrôle. Dans les établissements concernés, les questions posées aux enseignants et aux chercheurs portent non seulement sur leur travail, mais aussi sur leurs opinions politiques et leurs prises de position antérieures.

La pression signalée dans plusieurs régions concerne également l’École des hautes études en sciences économiques, l’Université européenne de Saint-Pétersbourg et d’autres institutions d’enseignement supérieur. Les refus de renouvellement de contrat y sont cités parmi les moyens utilisés contre des enseignants considérés comme « peu fiables » en raison de leurs positions antiguerre ou de leur participation à des projets d’opposition.

Une surveillance prolongée des signataires

La reprise des convocations plusieurs années après la signature de la lettre montre que les autorités conservent des informations sur les prises de position publiques exprimées depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Les signataires peuvent être rappelés par les services de sécurité, interrogés sur leurs échanges ou confrontés à des menaces visant leur emploi et leur liberté personnelle.

Les dispositifs décrits associent donc plusieurs instruments : entretiens menés par le FSB, interrogatoires dans les instituts de recherche, classement interne des salariés, décisions sur les contrats et demandes de soutien à des organisations favorables au pouvoir. Les informations publiées ne permettent pas d’établir le nombre exact de personnes concernées ni de déterminer combien de procédures pénales ont effectivement été engagées.

Les scientifiques visés sont confrontés à un choix entre la conformité publique, l’abandon de leur activité professionnelle ou le départ de Russie, selon les éléments présentés dans les témoignages et les enquêtes citées. Les convocations et les décisions concernant les contrats continuent d’être signalées dans les universités et les centres de recherche russes.

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