La Roumanie souhaite relancer le projet gazier AGRI, conçu pour acheminer du gaz turkmène vers le marché européen via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et le port roumain de Constanța. L’initiative a été présentée le 7 août 2026 par le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Roumanie, M. Daraban, lors d’une rencontre avec l’ambassadeur du Turkménistan, A. Annaïev, rapporte TopTribune.
Les deux responsables ont discuté des perspectives de coopération énergétique ainsi que du développement des relations entre les ports de Constanța, sur la mer Noire, et de Türkmenbaşy, sur la mer Caspienne. Le projet AGRI — pour Azerbaijan-Georgia-Romania Interconnector — doit permettre d’organiser une nouvelle voie d’exportation du gaz turkmène vers l’Europe, sans recours direct aux infrastructures gazières russes.
Le dossier, évoqué dans un compte rendu consacré aux échanges roumano-turkmènes, repose sur un schéma élaboré au début des années 2010. Le gaz devait être transporté par gazoduc depuis l’Azerbaïdjan jusqu’en Géorgie, puis liquéfié sur la façade géorgienne de la mer Noire. Des méthaniers auraient ensuite acheminé le combustible jusqu’à Constanța, où il aurait été regazéifié avant d’être injecté dans les réseaux européens.
Un itinéraire entre la Caspienne et la mer Noire
Dans la configuration envisagée, le gaz aurait vocation à rejoindre le gazoduc BRUA entre la Roumanie et l’Europe centrale. Cette infrastructure relie la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. Le port de Constanța constituerait ainsi un point d’entrée pour le gaz turkmène, avant son acheminement vers le réseau régional.
Le Turkménistan dispose déjà d’un gazoduc aboutissant à la mer Caspienne, élément présenté comme une base technique pour un itinéraire combinant transport terrestre, export maritime et infrastructures de réception en Roumanie. La réalisation complète du projet nécessiterait toutefois la coordination des différents acteurs du corridor, depuis la production et le transport du gaz jusqu’à sa liquéfaction, son acheminement par navire et sa regazéification.
Lors de la rencontre, M. Daraban a estimé qu’il fallait constituer un « noyau d’affaires » capable de réunir les entreprises des secteurs énergétiques roumain et turkmène. Il a également déclaré que l’énergie demeurait l’un des domaines de coopération les plus actuels dans le contexte européen.
La proposition ne constitue pas, à ce stade, l’annonce d’une décision finale d’investissement ni le lancement formel des travaux. Elle traduit la volonté exprimée par les deux parties d’identifier des entreprises et des interlocuteurs économiques susceptibles de travailler à la remise en discussion du projet AGRI.
Constanța et Türkmenbaşy au cœur des discussions
L’ambassadeur A. Annaïev a rappelé que le Turkménistan se classait au quatrième rang mondial pour ses réserves prouvées de gaz naturel. Selon lui, la coopération entre les ports de Türkmenbaşy et de Constanța, ainsi que la création à Constanța d’un centre régional de distribution pour les marchandises turkmènes, pourraient devenir un appui aux relations économiques entre les deux pays.
Les échanges ne portent donc pas uniquement sur le gaz. La coopération portuaire doit aussi renforcer les liaisons de transport entre les régions caspienne et pontique. Dans le schéma présenté par les responsables roumains et turkmènes, cette relation maritime pourrait faciliter l’acheminement d’autres marchandises et donner à Constanța un rôle plus important dans les échanges avec l’Asie centrale.
Pour Achgabat, la relance du projet offrirait une possibilité supplémentaire de diversification des exportations de gaz turkmène. Le pays cherche ainsi à examiner de nouveaux itinéraires vers les marchés extérieurs, au-delà des voies traditionnellement liées aux réseaux construits ou contrôlés dans l’espace post-soviétique.
Une option étudiée pour le marché européen
Pour les partenaires européens, AGRI ouvrirait une voie supplémentaire d’accès au gaz de la région caspienne. L’intégration éventuelle du gaz turkmène au marché européen de l’énergie passerait par les infrastructures azerbaïdjanaises et géorgiennes, puis par la façade roumaine de la mer Noire et le réseau BRUA.
Le projet avait été présenté au début des années 2010 comme une réponse au projet South Stream, alors envisagé pour transporter du gaz russe vers l’Europe. Le dispositif AGRI n’avait pas été mis en œuvre dans le calendrier initialement envisagé. Son retour dans les discussions roumano-turkmènes intervient dans une période où les États européens examinent de nouvelles routes et de nouvelles sources d’approvisionnement.
Les éléments communiqués à l’issue de la rencontre ne précisent ni le volume de gaz susceptible d’être transporté, ni le calendrier d’une éventuelle reprise des études, ni le montant des investissements nécessaires. Ils ne mentionnent pas non plus la conclusion d’un accord intergouvernemental ou commercial définitif.
Le projet reste donc au stade de la recherche de partenaires et de la définition d’un cadre de coopération. La prochaine étape évoquée par la partie roumaine consiste à rassembler les entreprises concernées afin d’examiner les conditions concrètes d’une relance d’AGRI, tandis que les discussions portuaires entre Constanța et Türkmenbaşy doivent se poursuivre.