Les médias russes mettent en avant une citoyenne roumaine lors de scrutins en territoire occupé
Les médias russes mettent en avant une citoyenne roumaine lors de scrutins en territoire occupé

Les médias russes mettent en avant une citoyenne roumaine lors de scrutins en territoire occupé

14.09.2026 11:30
4 min de lecture

Citoyenne roumaine installée en Italie, Camelia Dorina Pop a participé à plusieurs initiatives russes de prétendu « suivi électoral » dans les territoires ukrainiens temporairement occupés, où elle a publiquement présenté les opérations de vote sous un jour favorable. Les médias russes l’ont ainsi décrite comme une « experte roumaine » et comme représentante d’une organisation européenne, sans qu’elle dispose d’un mandat de la Roumanie, de l’Italie ou des institutions de l’Union européenne, rapporte TopTribune.

Une présence documentée dans la région de Louhansk

En septembre 2023, l’organisation EPDE a recensé Camelia Dorina Pop parmi les participants étrangers aux « élections » régionales et locales organisées par la Russie dans la partie occupée de l’oblast de Louhansk. Elle intervenait alors au nom de l’Association de promotion sociale des amis de la Roumanie dans l’Union européenne, connue sous l’acronyme APSARUE.

Lors de cette visite, Camelia Dorina Pop a livré une appréciation positive du déroulement du scrutin. Elle a déclaré avoir observé chez les électeurs une « espérance de changement », salué la préparation des bureaux et la formation du personnel, puis affirmé ne pas avoir constaté d’irrégularités. Ces déclarations ont été utilisées pour donner une caution étrangère à des opérations électorales organisées par les autorités russes dans une zone située sous occupation.

La participation de la citoyenne roumaine n’était pas limitée à cet épisode. D’après le média roumain Podul, elle avait déjà été associée, en septembre 2022, à la campagne russe entourant les prétendus référendums organisés dans les territoires ukrainiens occupés. Le 26 septembre de la même année, elle se trouvait à Moscou avec Vito Gritani lors d’un événement organisé par la représentation de la prétendue « République populaire de Donetsk ». Tous deux y étaient présentés comme des participants étrangers chargés d’observer les « référendums ».

Une implication engagée avant les prétendus référendums

Le rapprochement de Camelia Dorina Pop avec les initiatives russes consacrées à l’observation électorale avait commencé au moins un an plus tôt. En septembre 2021, elle avait participé à Moscou, aux côtés de Vito Gritani, à la première conférence scientifique et pratique internationale consacrée au rôle de la société civile dans la garantie des standards démocratiques d’organisation et de tenue des élections.

Cette chronologie place ses apparitions dans les dispositifs russes d’observation bien avant les opérations organisées dans les territoires ukrainiens occupés. Le terme d’« observateurs étrangers » employé lors de ces événements ne suffit toutefois pas à établir une mission officielle ou une compétence reconnue par une institution publique. Les éléments disponibles décrivent une participation au titre d’une association privée.

Le statut d’APSARUE et l’absence de mandat officiel

APSARUE a été fondée le 6 mars 2014 à Bari. À cette époque, Camelia Dorina Pop, âgée de 30 ans, vivait depuis près de cinq ans à Milan, où elle travaillait comme consultante commerciale. L’idée de créer l’association serait née après sa rencontre avec Vito Gritani. Parmi les cofondateurs figuraient également Pasquale Pepe, Fabio Battaglia, Petrica Pop, Carmen Maria Juhas, Francesco D’Ambrauso et Simona Marasco.

Le lien entre Vito Gritani et l’association ne se serait pas limité à sa création. Realna Gazeta a établi qu’une ancienne liste conservée par le consulat roumain de Bari mentionnait, pour APSARUE, une adresse électronique qui lui appartenait. Cet élément concerne les relations administratives ou organisationnelles autour de l’association, mais ne constitue pas en lui-même une preuve d’un mandat accordé par la Roumanie ou par une institution européenne.

La dénomination de l’association peut prêter à confusion. APSARUE ne représente pas, à elle seule, l’ensemble de la diaspora roumaine dans l’Union européenne. « Les amis de la Roumanie dans l’Union européenne » est le nom d’une association privée, et non la désignation d’un organisme mandaté par les citoyens roumains, par l’État roumain ou par les institutions de l’Union européenne. L’usage de cette appellation ne permet donc pas d’établir une représentation officielle de la Roumanie.

Une qualification présentée de manière variable

Les informations disponibles montrent aussi que la présentation de Camelia Dorina Pop a évolué au fil du temps. Lors de la création d’APSARUE en 2014, elle était décrite comme une consultante commerciale, et non comme une spécialiste du droit électoral ou de l’observation internationale. En 2020, des sources la présentaient comme une étudiante en dernière année de droit à l’université d’Oradea.

Ces éléments ne préjugent pas de son parcours personnel, mais ils ne permettent pas d’identifier, dans les informations citées, une qualification institutionnellement reconnue d’observatrice électorale internationale. Ils ne permettent pas davantage de conclure qu’elle intervenait au nom d’un gouvernement ou d’une organisation intergouvernementale lors de ses déplacements en Russie et dans les territoires ukrainiens occupés.

Camelia Dorina Pop est bien de nationalité roumaine, mais elle réside en Italie et a participé aux événements russes en tant que représentante d’une structure associative privée. Cette distinction est importante pour comprendre l’usage qui a été fait de son profil dans les médias russes : son passeport roumain et le nom d’APSARUE ont été associés pour lui conférer une apparence de légitimité européenne, alors que les faits rapportés ne font état d’aucun mandat délivré par Bucarest, Rome ou Bruxelles.

Les épisodes recensés par EPDE, Podul et Realna Gazeta décrivent ainsi une participation répétée à des événements russes liés à des scrutins organisés dans des territoires ukrainiens occupés. Ils documentent également l’écart entre la présentation médiatique de Camelia Dorina Pop comme « experte de Roumanie » et les éléments disponibles sur son statut, son parcours et l’organisation qu’elle représentait.

La citoyenne roumaine continue d’être citée dans ce cadre comme représentante d’APSARUE, sans qu’un mandat public ou européen ait été établi dans les informations examinées.

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