En pleine guerre extérieure, le régime iranien a procédé à l’exécution de six prisonniers membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) en l’espace de six jours à la prison de Ghezel Hesar. Mohammad Taghavi et Akbar Daneshvarkar ont été pendus le 30 mars 2026, suivis de Babak Alipour et Pouya Ghobadi le lendemain, puis Vahid Bani-Amerian et Abolhassan Montazer le 4 avril. Tous avaient été arrêtés avant le soulèvement de janvier, et ces exécutions, marquées par leur calendrier, rappellent l’importance de la répression ciblée, rapporte TopTribune.
Dans le récit des agences de presse pro-gouvernementales, ces individus ne sont pas simplement présentés comme des opposants politiques ou des manifestants. Les accusations de l’appareil judiciaire concernent leur appartenance à une organisation hostile au régime, ainsi que leurs activités visant à renverser le système. Cette formulation révèle une réalité politique : le pouvoir perçoit ces exécutions comme un moyen de démanteler un réseau structuré au sein du pays.
La colère contre la vie chère, la corruption et la répression
Cette distinction est cruciale. Le mécontentement face à la vie chère, à la corruption et aux mesures répressives peut inciter des foules à manifester. Le gouvernement cherche donc, par des arrestations et la coupure des communications, à isoler chaque vague de protestation. Selon lui, le véritable danger réside dans un réseau capable de perdurer entre les soulèvements, conservant son expérience et se mobilisant lors de nouvelles contestations.
Il convient de distinguer l’existence de mécontentement de la capacité à organiser une mobilisation. Un mouvement qui établit des liens solides entre ses membres et gère ses ressources peut agir collectivement face à des opportunités politiques. Pour évaluer une opposition, il ne suffit pas de compter les manifestants d’un jour ; il est essentiel de considérer ce qui perdure entre les mobilisations.
L’appartenance à l’OMPI ou le soutien à cette organisation peut justifier une condamnation à mort
Selon la justice iranienne, appartenir à l’OMPI ou apporter son soutien à cette organisation peut mener à des condamnations à mort, même sans participation à une opération armée : la simple contribution au fonctionnement de l’organisation suffit à peser contre l’accusé.
Le bilan publié à l’occasion du quarante-cinquième anniversaire du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), dont l’OMPI est une composante clé, fait état d’une activité des « unités de résistance » dans les 31 provinces du pays durant l’année iranienne 1404, de mars 2025 à mars 2026. Ces unités auraient été responsables de 4 092 opérations et 13 133 activités, dont 630 opérations entre le 28 décembre 2025 et le 11 janvier 2026, pendant le soulèvement. Cette activité préexistante a tendance à croître au moment des manifestations, ce qui souligne une continuité cruciale.
Le récit des manifestations commence le 28 décembre dans le bazar de Téhéran, avec des étudiants et des citoyens d’autres villes rejoignant le mouvement. Le document du CNRI identifie des événements à Téhéran, Kermanshah, Karaj, Fooladshahr, Khorramabad et Qazvin, attribuant un rôle aux unités de résistance dans certains affrontements. Cela ne signifie pas qu’une organisation ait provoqué le soulèvement, mais cela soulève la question de l’existence d’un réseau prêt à agir au moment des mobilisations.
Un mouvement organisé au sein de la population mécontente
La réaction des Gardiens de la révolution montre que le pouvoir prend également cette question au sérieux. Dans un communiqué du 27 juillet 2026, le corps des Gardiens a accusé l’OMPI d’avoir joué un rôle « efficace et important » lors des événements de janvier. Bien que les chiffres avancés ne soient pas confirmés, cela indique une reconnaissance du mouvement organisé au sein de la population mécontente.
Les parcours des six prisonniers exécutés sont révélateurs. Ils proviennent de générations et de professions variées, illustrant la diversité d’un mouvement capable de transmettre des expériences accumulées au fil des décennies. Babak Alipour, juriste de 34 ans, ainsi que ses camarades, ont tous connu la répression, certains ayant été plusieurs fois arrêtés.
Le timing des exécutions souligne la priorité sécuritaire accordée à l’élimination des opposants internes, même dans le contexte d’une crise internationale. Le pouvoir iranien fait face à un défi de taille : la capacité d’un mouvement organisé à relier le mécontentement général à une action continue entre deux soulèvements.
Le sort de plus de deux mille membres des unités de résistance est inconnu
Le CNRI affirme qu’après le soulèvement, le sort de plus de deux mille membres des unités de résistance est toujours incertain. À la fin août, la situation de 710 personnes avait été clarifiée, tandis qu’environ un millier d’autres restaient sans nouvelles. Établir le sort de ces personnes est essentiel sur le plan humanitaire et souligne l’ampleur du réseau engagé contre le régime.
Ces événements soulèvent des enjeux précis. Le pouvoir iranien a déjà expérimenté de grandes manifestations et a tenté d’isoler chaque vague de protestation. Ce qui rend une opposition organisée menaçante, c’est sa capacité à perdurer entre les soulèvements et à maintenir des liens entre les mouvements de mécontentement.
Les chiffres ne suffisent pas à mesurer la force réelle de ce réseau, ni les exécutions à prédire l’issue politique. Cependant, l’activité soutenue, la présence reconnue lors des soulèvements, et la place centrale de l’OMPI dans les préoccupations du gouvernement montrent que la compréhension de l’avenir de l’Iran exige d’examiner non seulement les foules dans la rue, mais aussi les forces qui demeurent actives entre deux soulèvements.