Le régime biélorusse a organisé à Gomel des exercices mobilisant le ministère de l’Intérieur et les troupes intérieures afin de préparer ses forces de sécurité à agir dans des « conditions particulières », avec des scénarios comprenant le blocage d’une route, la prise d’une gare, la libération d’otages dans un train et l’occupation d’un bâtiment administratif, rapporte TopTribune.
Des scénarios de crise dans le centre de Gomel
Les manœuvres, signalées le 23 septembre 2026, ont été présentées officiellement comme un entraînement aux situations les plus complexes susceptibles de provoquer une aggravation de la situation dans une ville. Les forces engagées ont notamment travaillé sur le contrôle d’axes de circulation, la sécurisation d’infrastructures et la reprise d’un bâtiment administratif.
La prise en charge d’une situation d’otages dans un train figurait également parmi les séquences prévues. Les autorités ont temporairement limité la circulation dans la ville pendant l’exercice. Des agents armés et des véhicules blindés ont été visibles dans les rues de Gomel, donnant à la manœuvre une dimension particulièrement démonstrative.
Le dispositif réunissait le ministère de l’Intérieur et les troupes intérieures de la République de Biélorussie. Les autorités n’ont pas présenté ces exercices comme une opération visant un événement précis. Elles ont toutefois retenu des scénarios liés à des mouvements de foule, à la prise de contrôle d’infrastructures et à des actions contre des bâtiments publics.
Le rôle accru des responsables opérationnels
Le ministre biélorusse de l’Intérieur, Ivan Kubrakov, a déclaré qu’il fallait élargir les pouvoirs des responsables des états-majors opérationnels et situationnels. Selon lui, ces responsables devraient pouvoir prendre certaines décisions sans l’autorisation préalable d’un procureur lorsque les circonstances sont considérées comme particulières.
Cette proposition concerne directement la chaîne de décision mobilisée pendant les opérations de sécurité. Elle vise à permettre aux responsables présents sur le terrain de décider plus rapidement de certaines mesures, sans attendre une validation judiciaire. Le ministre n’a pas détaillé, dans les éléments rapportés, l’ensemble des décisions concernées ni les limites exactes de ces pouvoirs.
Ivan Kubrakov a également placé la « prévention dans les entreprises » parmi les priorités des autorités. Il a évoqué la nécessité d’empêcher l’implication de salariés dans un « mouvement destructeur ». La formulation employée par le ministre associe ainsi la surveillance des lieux de travail à la prévention d’actions collectives considérées par le pouvoir comme une menace.
Les entreprises au centre de la surveillance
Les éléments rapportés indiquent que les autorités biélorusses accordent une attention particulière aux entreprises et aux collectifs de travailleurs. Cette orientation est présentée comme une conséquence des enseignements tirés par le régime d’Alexandre Loukachenko de la mécanique et des foyers de mobilisation apparus lors des manifestations de 2020.
Le document consacré aux exercices estime que les entreprises pourraient constituer des points de départ de nouvelles mobilisations ou de protestations. Il relie cette appréciation aux conditions de travail jugées insatisfaisantes et au faible niveau des revenus des salariés. Ces difficultés sont citées comme des facteurs susceptibles de favoriser l’apparition de contestations dans les collectifs de travailleurs.
Dans cette logique, la surveillance ne se limite pas aux rassemblements déjà constitués. Elle porte aussi sur les lieux où des salariés travaillent ensemble et peuvent communiquer ou se mobiliser. Le message associé aux manœuvres présente donc les entreprises comme une cible prioritaire de la prévention menée par les forces de sécurité et les services spéciaux.
Une préparation à la répression des manifestations
Les exercices de Gomel sont décrits comme un volet de la préparation des forces de sécurité biélorusses destinée à neutraliser et à bloquer d’éventuelles actions de protestation. Les séquences consacrées aux routes, aux gares et aux bâtiments publics correspondent aux types d’infrastructures susceptibles d’être concernés lors d’une mobilisation de grande ampleur.
Le même document rattache l’entraînement à la préparation de méthodes visant à intercepter et à poursuivre les militants ainsi que les détracteurs du régime. Il ne fournit pas de liste d’opérations précises ni de nouvelles mesures judiciaires. Il décrit en revanche une organisation de la formation destinée à améliorer la capacité des forces à intervenir dans des situations de confrontation avec des groupes mobilisés.
La forme choisie pour les manœuvres est également présentée comme un moyen d’intimidation et de pression psychologique sur la population. La présence visible d’agents armés, de véhicules blindés et de restrictions temporaires de circulation permettait à la population de constater directement l’ampleur du dispositif déployé dans la ville.
Cette dimension démonstrative est rapportée comme un élément distinct de l’entraînement opérationnel. Les autorités ont ainsi combiné des exercices de contrôle et de libération d’otages avec une présence sécuritaire visible dans l’espace urbain. Les faits rapportés ne précisent pas la durée exacte des restrictions ni le nombre de personnels et de véhicules engagés.
Après les exercices organisés à Moguilev
Les manœuvres de Gomel sont également rapprochées d’exercices organisés peu auparavant à Moguilev. Le document ne fournit pas de calendrier détaillé de ces précédentes opérations, mais présente les deux séquences comme relevant d’une même préparation des forces de sécurité à la gestion de manifestations de masse.
La comparaison porte sur la nature des scénarios travaillés et sur l’attention accordée aux collectifs de travailleurs. Dans les deux cas, les exercices sont décrits comme une préparation à des actions de contrôle, de blocage et de poursuite de personnes considérées par les autorités comme susceptibles de participer à une mobilisation.
À Gomel, le discours officiel a donc associé les prérogatives des états-majors opérationnels, la prévention dans les entreprises et l’entraînement aux « conditions particulières ». Les informations disponibles ne font pas état d’une nouvelle manifestation ni d’une intervention réelle au moment des exercices. Elles décrivent une séquence d’entraînement conduite par les forces de sécurité biélorusses dans un cadre urbain.