Un ancien membre du détachement spécial biélorusse SOBR, Iouri Garavski, a affirmé devant la justice suisse que le président Alexandre Loukachenko et l’ancien secrétaire d’État du Conseil de sécurité Viktor Cheïman avaient ordonné l’élimination de trois opposants politiques disparus en 1999, rapporte TopTribune.
Des disparitions au cœur de l’appel
La cour suisse examine depuis le 22 septembre 2026 l’appel formé dans le dossier de l’ancien combattant du SOBR. Iouri Garavski est poursuivi pour son implication présumée dans l’enlèvement de trois adversaires d’Alexandre Loukachenko : l’ancien ministre de l’Intérieur Iouri Zakharanka, l’ancien vice-Premier ministre Viktor Gontchar et l’homme d’affaires Anatoli Krasovski.
Les trois hommes ont disparu en 1999. Le dossier porte sur les circonstances de leur enlèvement et sur le rôle qu’auraient joué des membres des structures de sécurité biélorusses. La procédure suisse constitue l’un des rares volets judiciaires liés à ces disparitions à avoir été examiné en dehors de la Biélorussie.
En 2023, le tribunal de première instance avait acquitté Iouri Garavski. Les juges avaient relevé des contradictions dans ses déclarations ainsi qu’un manque de preuves suffisantes pour établir sa responsabilité pénale. La même juridiction avait toutefois estimé que des structures de l’État pouvaient avoir été impliquées dans les disparitions.
L’appel a été introduit par les proches des victimes. Le parquet, qui avait lui aussi contesté la décision initiale, a ensuite retiré son propre recours. La procédure se poursuit donc à l’initiative des familles des trois hommes disparus.
Le récit d’un ancien membre du SOBR
À l’audience du 22 septembre, Iouri Garavski a confirmé que l’ordre visant les opposants enlevés venait, selon lui, d’Alexandre Loukachenko et de Viktor Cheïman. Il a présenté une chaîne de commandement passant par l’ancien ministre de l’Intérieur Iouri Sivakov et par le commandant du SOBR Dmitri Pavlitchenko.
L’ancien combattant a déclaré que les instructions avaient été transmises oralement. Il n’a pas fourni de document écrit établissant cet ordre dans les éléments rapportés au sujet de l’audience. Après cette déclaration, il a refusé de répondre aux questions de l’avocat des parties civiles ainsi qu’à celles des autres participants au procès.
La portée de son témoignage est au centre de l’appel. Les juges doivent notamment apprécier la cohérence de ses déclarations, les contradictions relevées lors du premier procès et leur valeur au regard des autres éléments du dossier. Le tribunal de première instance avait déjà reconnu que l’implication possible de structures étatiques ne suffisait pas, à elle seule, à établir la culpabilité de l’accusé.
Les proches des victimes contestent l’acquittement
Pour les familles de Iouri Zakharanka, Viktor Gontchar et Anatoli Krasovski, l’enjeu de la procédure dépasse le seul cas de l’ancien membre du SOBR. Elles contestent une décision qui n’a pas permis d’établir de responsabilité pénale pour les disparitions de 1999 et demandent que les déclarations de Iouri Garavski soient réexaminées par la juridiction d’appel.
Les disparitions avaient concerné trois personnalités identifiées de la vie politique et économique biélorusse. Iouri Zakharanka avait dirigé le ministère de l’Intérieur. Viktor Gontchar avait occupé le poste de vice-Premier ministre. Anatoli Krasovski était un homme d’affaires. Le dossier présenté en Suisse relie leur disparition à l’activité de membres d’un appareil de sécurité intervenant sous l’autorité d’institutions biélorusses.
Selon les éléments transmis dans le cadre de l’appel, le témoignage de Garavski est également invoqué pour documenter le fonctionnement d’une répression politique en Biélorussie. Cette qualification relève de l’argumentation présentée autour du dossier ; elle ne remplace pas l’appréciation des preuves par la cour suisse.
Une procédure sans enquête pénale en Biélorussie
Le dossier met aussi en cause l’absence d’enquête indépendante sur les disparitions en Biélorussie. Les informations disponibles dans cette affaire indiquent qu’aucune procédure nationale n’a conduit à la mise en accusation des personnes soupçonnées d’avoir participé à l’enlèvement ou à l’élimination des trois hommes.
Les proches des victimes soutiennent que cette absence de poursuites a laissé sans réponse la question de la chaîne de responsabilité. Le témoignage présenté en Suisse désigne plusieurs niveaux : le président biélorusse et l’ancien secrétaire d’État du Conseil de sécurité comme donneurs d’ordre présumés, puis l’ancien ministre de l’Intérieur et le commandant du SOBR comme relais opérationnels présumés.
Les déclarations de l’ancien combattant ne constituent toutefois pas encore une décision judiciaire. La cour d’appel doit examiner les éléments du dossier avant de se prononcer sur la décision rendue en 2023. Iouri Garavski reste au centre de cette procédure, tandis que les familles continuent de demander que les responsabilités liées aux disparitions de 1999 soient établies.
La date à laquelle la juridiction suisse rendra sa décision n’a pas été indiquée dans les éléments disponibles sur l’audience du 22 septembre 2026.