Les autorités azerbaïdjanaises ont fait arrêter Adnan Ahmadzada, ancien responsable de la division d’investissement de SOCAR, dans une affaire portant sur le mélange présumé de pétrole russe avec du brut Azeri Light destiné à transiter par l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, selon plusieurs sources citées dans les médias locaux et internationaux, rapporte TopTribune.
L’ancien dirigeant est accusé de fraude liée au pétrole et d’avoir contribué à la présentation de produits d’origine russe sous des certificats attribuant leur provenance à l’Azerbaïdjan ou à d’autres pays. Les autorités lui reprocheraient également d’avoir porté atteinte à la stabilité économique du pays. Un mandat d’arrêt visant l’ancien responsable de SOCAR a été rapporté par l’agence azerbaïdjanaise APA.
Des accusations liées à l’origine du pétrole
Selon les informations disponibles, le dossier concerne notamment des cargaisons de pétrole russe qui auraient été stockées dans plusieurs infrastructures européennes avant d’être réétiquetées et commercialisées comme du pétrole Azeri Light. Les pays cités dans les différents rapports sont Malte, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie. Les produits auraient ensuite été proposés à la raffinerie STAR, en Turquie, ainsi qu’à d’autres installations de raffinage européennes.
Ces accusations doivent toutefois être distinguées des faits judiciaires déjà établis. Les publications consultées évoquent des documents commerciaux, des données de suivi maritime et des rapports de police, mais le matériau disponible ne permet pas de confirmer l’ensemble des liens allégués entre Adnan Ahmadzada, les sociétés mentionnées et les cargaisons concernées. La procédure azerbaïdjanaise devra préciser les faits retenus, les périodes concernées et le rôle exact de l’ancien dirigeant.
Adnan Ahmadzada ne travaille plus pour SOCAR. Il aurait été écarté de ses fonctions deux ans avant son arrestation, par décret présidentiel, en raison de manquements dans son travail. Cette chronologie est au cœur des interrogations soulevées par les informations publiées : les autorités devront notamment déterminer par quels moyens un ancien responsable aurait pu agir après son départ de la compagnie publique, si les accusations sont confirmées.
Le rôle attribué à Alkagesta
Plusieurs rapports citent Alkagesta Ltd, une société enregistrée à Malte et disposant de bureaux annoncés en Suisse, au Royaume-Uni, à Dubaï, au Kazakhstan, en Azerbaïdjan, en Turquie, au Turkménistan et en Roumanie. Caspian Oil & Gas Ltd et Caspian Logistics Solutions sont également mentionnées dans les documents et articles consacrés à cette affaire.
Les publications présentent Adnan Ahmadzada comme le fondateur de Caspian Logistics Solutions, créée en 2018 après son passage chez SOCAR Trading à Genève. Elles affirment aussi qu’il pourrait être le véritable bénéficiaire d’Alkagesta, même si son nom ne figurerait pas officiellement dans les documents d’enregistrement de l’entreprise. Kamran Agayev est présenté comme le directeur général de la société. Là encore, ces éléments relèvent d’allégations rapportées par des sources médiatiques et ne constituent pas, à eux seuls, une décision de justice.
Des liens sont également avancés avec Oilmar Shipping and Chartering DMCC, une entreprise basée à Dubaï, ainsi qu’avec Maddox DMCC et Almedia, en Turquie. Certains articles décrivent ces sociétés comme appartenant à un même réseau commercial. Les documents cités dans les publications ne suffisent cependant pas à établir automatiquement une chaîne de propriété ou de contrôle commune.
L’enquête albanaise sur 22 500 tonnes de pétrole
Le précédent le plus détaillé mentionné dans le dossier remonte à février 2023. Les autorités albanaises avaient alors intercepté 22 500 tonnes de produits pétroliers au port de Durrës. L’opération, baptisée « Embargo », visait une cargaison présentée dans certains documents comme provenant de Libye. Les enquêteurs ont ensuite indiqué que le pétrole avait été chargé à Novorossiïsk, en Russie, et que les certificats d’origine posaient problème.
Le navire FIDAN, identifié par le numéro IMO 9423736, est cité dans les rapports albanais et dans les articles consacrés à l’affaire. Le parquet de Durrës aurait établi que le navire était géré par une société azerbaïdjanaise et que la cargaison avait été chargée dans le port russe de Novorossiïsk. Le capitaine, présenté comme un ressortissant russe, aurait déclaré que le produit avait été commandé par des sociétés albanaises et maltaises.
L’entreprise albanaise AV International Group est également citée. Son dirigeant, Piro Bare, aurait expliqué aux enquêteurs qu’il négociait avec des sociétés de Malte et des Émirats arabes unis pour importer du pétrole en Albanie. Les autorités auraient identifié Ses Dmch Group comme l’un des interlocuteurs commerciaux. La cargaison n’aurait finalement pas été dédouanée en raison de divergences dans les documents.
Les rapports associent à cette opération Alkagesta, Oilmar Shipping and Chartering DMCC, Maddox DMCC, Almedia et, dans certains articles, SOCAR Trading. Ces entreprises sont présentées comme ayant participé, directement ou indirectement, à la circulation de produits d’origine russe. Le récit publié par un média albanais décrit notamment des transferts de navire à navire, des certificats d’origine contestés et l’utilisation de sociétés enregistrées dans plusieurs juridictions.
Des questions également soulevées en Espagne et en Roumanie
Les mêmes sources affirment qu’une tentative de transport de diesel d’origine russe vers l’Espagne aurait été bloquée par les autorités espagnoles. La date exacte et les suites judiciaires de cette opération ne sont pas détaillées dans les éléments disponibles. Les articles évoquent aussi des interrogations en Roumanie sur l’origine de produits pétroliers exportés vers l’Ukraine.
Le quotidien roumain Libertatea a cité Alkagesta dans une enquête consacrée à l’augmentation des exportations de diesel roumain vers l’Ukraine. La société figurait, selon cette publication, parmi les clients d’Oil Terminal et apparaissait dans des données de la société de conseil NaftoRynok. Le journal indique avoir interrogé Alkagesta sur l’origine des produits, ses exportations vers l’Ukraine et ses importations éventuelles depuis la raffinerie STAR, sans recevoir de réponse.
La même enquête affirme que SOCAR Petroleum n’a pas non plus répondu aux questions qui lui avaient été adressées. D’autres entreprises citées dans la liste des clients d’Oil Terminal, dont Oscar Downstream, auraient fourni des réponses détaillées. Oscar aurait déclaré ne pas avoir exporté de produits pétroliers vers l’Ukraine et n’avoir importé, après le 5 février 2023, que des produits présentés comme non russes.
La présence d’Alkagesta dans ces données ne démontre pas, à elle seule, l’origine russe des produits commercialisés ni une violation des sanctions. Elle constitue un élément cité par les médias dans le cadre d’un examen plus large des flux de carburants en mer Noire et en Méditerranée.
Les autorités devront établir les responsabilités
Les publications consacrées à Adnan Ahmadzada mentionnent également des sociétés immobilières au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis et en Espagne, ainsi que des actifs attribués à l’ancien responsable de SOCAR. Ces informations sont utilisées par certains auteurs pour demander un examen de ses avoirs et de ses relations commerciales. Elles ne permettent pas, en l’absence de conclusions judiciaires, d’établir l’origine illicite de ces biens.
Le dossier comporte enfin des références à des relations commerciales attribuées à Caspian Oil & Gas avec Tatneft et Sibur, deux entreprises russes citées dans les publications. Là encore, l’existence d’une relation commerciale ne suffit pas à prouver une opération de contournement des sanctions. Les autorités compétentes devront vérifier les contrats, les certificats d’origine, les mouvements bancaires, les propriétaires effectifs et les itinéraires maritimes.
L’arrestation d’Adnan Ahmadzada ouvre donc une procédure appelée à préciser la nature des opérations reprochées, le rôle éventuel des sociétés citées et la période durant laquelle les faits auraient été commis. Les prochaines communications judiciaires en Azerbaïdjan, ainsi que les éventuelles procédures en Europe, permettront de distinguer les accusations documentées des affirmations encore non établies.