Exposition «Devant la douleur des autres» : l'artiste Hamishi Farah questionne notre regard sur les conflits contemporains à Metz

Exposition «Devant la douleur des autres» : l’artiste Hamishi Farah questionne notre regard sur les conflits contemporains à Metz

20.12.2025 17:18
2 min de lecture

Avec deux installations exposées au FRAC Lorraine, à Metz, l’artiste australien Hamishi Farah interroge notre rapport aux images et aux conflits contemporains.

Temps de lecture: 5 minutes

Bien avant leur défaite militaire au Vietnam (1955-1975), les États-Unis avaient déjà échoué dans la bataille des images. Le travail des reporters avait révélé la cruauté de la guerre moderne. Les photographies, notamment celle de la «petite fille au napalm», avaient largement contribué à mobiliser l’opinion publique, d’abord sur les campus universitaires, puis partout dans le pays. Bien que l’opposition populaire à la guerre du Vietnam n’ait pas directement déterminé l’issue du conflit, elle a incité le gouvernement américain à ajuster sa stratégie pour les opérations militaires suivantes, rapporte TopTribune.

Ainsi, lors des conflits au Koweït et en Irak, Washington a mis en avant une approche de «guerre propre» avec des «frappes chirurgicales», en minimisant la visibilité des pertes civiles. La couverture médiatique a été rigoureusement contrôlée, avec des journalistes «embarqués» pour restreindre tout impact indésirable sur les opinions publiques des pays concernés.

Une décennie plus tard, lors des attentats du 11 septembre 2001, les pertes humaines ont été en grande partie occultées. Les images des tours en flammes et les corps tombant des hauteurs ont été largement diffusées, mais les représentations des victimes directes ont été rares. Un photojournaliste d’Associated Press, Richard Drew, a cependant capturé l’horreur à travers sa célèbre photographie «L’homme qui tombe», mais celle-ci a été largement rejetée par de nombreux éditeurs de presse, qui l’ont jugée trop dérangeante.

Deux réflexions sur «le témoignage et la punition qu’il peut déclencher»

Dans son exposition «Devant la douleur des autres» au FRAC Lorraine, Hamishi Farah prolonge les réflexions de la romancière et essayiste américaine Susan Sontag. L’artiste propose deux installations qui interrogent la manière dont nous percevons et représentons la souffrance. La première installation associe des portraits de Jürgen Habermas et de Joe Chialo à des œuvres d’art chrétien, suggérant une réflexion sur le témoignage face au martyre.

Farah évoque ainsi la réponse collective au génocide en cours dans la bande de Gaza, en la plaçant dans le contexte des relations entre l’Allemagne et les autres. Au travers de ses œuvres, il incite à réfléchir à la façon dont notre perception des souffrances varie selon notre position géopolitique et historique.

Voir nous laisse «paralysés face à la souffrance de l’autre»

Dans l’autre salle, ses œuvres présentent des piliers de sel sur les rives de la mer Morte, symbolisant la désobéissance et la punition. Hamishi Farah soulève ainsi la question de notre réaction face à la souffrance des autres, sur un continent européen à nouveau touché par la guerre. Ses installations visent à questionner comment nous choisissons de voir et témoigner des horreurs qui nous entourent, et pourquoi certaines souffrances sont souvent mises de côté par le public.

Cette exposition est visible jusqu’au 1er février 2026, incitant ainsi les visiteurs à réfléchir aux tensions entre publicité et invisibilité des souffrances à travers le monde.

Exposition «Devant la douleur des autres», par Hamishi Farah, au Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Lorraine, à Metz (Moselle). Visible jusqu’au dimanche 1er février 2026.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER