Publication controversée des recommandations sur l’audiovisuel public en France
Après plus de quatre mois d’auditions, marquées par de fortes tensions, les députés ont validé lundi la publication des préconisations du député UDR Charles Alloncle, rapporte TopTribune.
Le suspense était entier. Après des travaux sous tension, les députés de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, incluant franceinfo, ont approuvé, lundi 27 avril, le rapport de leur collègue Charles Alloncle. Les membres de la commission, réunis à huis clos pendant plus de quatre heures, se sont prononcés par 12 voix pour, 10 contre et huit abstentions. Le rapport de près de 400 pages « sera rendu public le 4 mai », a annoncé le président de la commission, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus. Les comptes-rendus et les vidéos des quelque 70 auditions, déjà publiés, resteront accessibles en ligne.
Avant même le vote, plusieurs éléments du texte avaient fuité dans les médias. Selon des sources proches de la commission, Charles Alloncle préconise de fusionner France 5 avec France 2 et de refondre franceinfoTV et France 24 en une seule entité. Le rapporteur suggère également de supprimer la chaîne jeunesse France 4, ainsi que la station Mouv’, dédiée au hip hop.
De plus, le député propose de soumettre les figures de la télévision et de la radio publiques susceptibles d’apparaître publiquement dans l’exercice de leurs fonctions à un engagement de neutralité et d’impartialité, incluant les propos et comportements publics tenus en dehors de leurs fonctions. Il souhaite également un retour à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par le président de la République.
Alloncle recommande par ailleurs de réduire de trois quarts le budget alloué aux jeux et aux divertissements sur la télévision publique et de diminuer d’un tiers le budget des sports de France Télévisions. L’ensemble des préconisations vise à dégager plus d’un milliard d’euros d’économies par an, soit un quart des crédits alloués par l’État à l’audiovisuel public. Charles Alloncle recommande d’utiliser cette somme pour l’entretien du patrimoine et le désendettement de l’État.
Bien que le rapport n’ait pas de valeur législative contraignante, certaines préconisations pourraient être traduites en une proposition de loi, débattue lors de la niche UDR du 25 juin. « L’heure est désormais à l’action, aux réformes et au redressement de l’audiovisuel public », a réagi Charles Alloncle.
La publication du rapport était hautement incertaine, tant de vives dissensions ont émaillé les auditions. Plusieurs élus ont reproché à Alloncle le ton employé dans ce texte, dénonçant la présence de « mensonges » et de « propos diffamatoires ». Quelques heures avant la réunion, les députés insoumis, écologistes et socialistes avaient annoncé leur intention de voter contre sa publication. « L’Assemblée nationale doit être crédible », a réaffirmé la députée socialiste Ayda Hadizadeh, qualifiant le document de « mensonger », « partiel », « malveillant » et « contradictoire ».
Pour prendre leurs distances avec le travail d’Alloncle, chaque groupe parlementaire pourra joindre au rapport sa contribution. « Nous allons produire un contre-document, évidemment pas aussi complet, mais réalisé rapidement, pour analyser ces propositions et dire en quoi elles sont délétères », a assuré Erwan Balanant, membre de la commission.
Le groupe macroniste s’est également abstenu. « Cette abstention était conditionnée », a justifié la députée Céline Calvez, ajoutant que certains propos du rapporteur avaient été modifiés pour atténuer les insinuations contre les parlementaires. Les élus Rassemblement national et Les Républicains ont, eux, voté pour, défendant l’importance du rapport sans adhérer à son contenu en entier.
Le président de la commission a soutenu la publication du rapport, affirmant : « Je l’assume ici, dans ma lutte, dans mon combat contre l’extrême droite, je refuserai toujours d’utiliser leurs méthodes. » Cela met en lumière les tensions persistantes autour de l’audiovisuel public en France, ainsi que le débat sur ses structures de financement et de gouvernance.