"Jordan Bardella: seul défenseur des positions pro-business, alors que le RN se rapproche des grands patrons"

« Jordan Bardella: seul défenseur des positions pro-business, alors que le RN se rapproche des grands patrons »

30.04.2026 07:07
3 min de lecture

Les dirigeants d’entreprises français se rapprochent du Rassemblement national

Alors que les organisations patronales s’étaient longtemps dressées contre l’extrême droite, des chefs d’entreprise commencent à établir des liens avec le Rassemblement national (RN). Ce changement de ton est palpable, comme l’indique Guillaume Faury, PDG d’Airbus, qui a déclaré le 10 décembre 2025 qu’il était prêt à rencontrer les dirigeants du RN. Moins d’un mois après, Jordan Bardella, président du RN, a été reçu discrètement par Faury au siège d’Airbus à Paris, une rencontre que l’entreprise a choisie de ne pas commenter, rapporte TopTribune.

Le secteur de la défense et de l’aéronautique a été le premier à montrer ces nouvelles dynamiques. Début 2026, cinq grandes entreprises françaises de défense avaient déjà engagé des discussions avec le RN. Franck Giletti, député RN, a assuré que ces rencontres avaient lieu dans un cadre non secret : « Ces relations sont assumées », a-t-il affirmé.

Eric Trappier, à la tête de Dassault Aviation, a été parmi les premiers à dialoguer avec le RN. Son influence au sein du Medef (Mouvement des entreprises de France) a été notoire, incitant à créer des ponts avec le parti d’extrême droite. « C’est quelqu’un de très influent, qui n’a pas attendu que cela devienne une question de débat », a commenté une source au sein du Medef.

Des figures comme Ross McInnes, président de Safran, ont également cherché à établir des relations avec le RN. Bien qu’un an auparavant, il ait dénoncé le parti, il explique désormais que les dirigeants d’entreprises doivent interagir avec toutes les composantes politiques « qui contribuent à la vie démocratique ».

Les chefs d’entreprise abordent ces rencontres avec une posture pragmatique, affirmant que le refus de discuter avec le RN n’a pas conduit à une perte de crédibilité pour le patronat. Amir Reza-Tofighi, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), souligne que les organisations patronales sont tenues de rencontrer tous les acteurs politiques.

Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plast’Alliance, note un changement dans l’attitude des patrons : « Les patrons ont commencé à venir nous renifler », a-t-il déclaré, signalant un « mini ‘coming out’ » dans les contacts avec le RN. Pour Mathilde Androuët, eurodéputée RN, cette évolution indique que le monde économique considère son parti comme une force politique émergente. Un directeur d’une grande entreprise a même suggéré que, avec les résultats électoraux prévisibles, « ceux qui auront tiré le fil seront les premiers remerciés ».

Cette stratégie de « dédiabolisation » du RN semble avoir porté ses fruits, le parti cherchant à projeter une image de respectabilité. « Jordan Bardella a beaucoup aidé à rendre le RN fréquentable », analyse un communicant, observant que les députés du RN se comportent désormais avec plus de réserve, rendant le dialogue possible. Même Patrick Martin, président du Medef, a récemment noté que les dirigeants du RN paraissent « moins clivants » qu’auparavant.

Ce retournement de la part de certains chefs d’entreprise, qui jadis basaient leur discours sur le refus face au RN, a suscité des préoccupations. Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, a exprimé ses doutes quant à la montée du RN en tant que parti « fréquentable », lançant un avertissement sur les libertés publiques au risque d’une victoire de l’extrême droite. « Les chefs d’entreprises qui regardent le RN mi-ahuris mi-séduits devraient se poser la question de l’avenir de nos libertés publiques », a-t-elle déclaré.

Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, a joué un rôle significatif en organisant des rencontres entre patrons et élus RN, contribuant à changer l’image du parti auprès des milieux d’affaires. Depuis 2022, elle a facilité des dialogues où les questions économiques, telles que la hausse du Smic, ont été abordées, illustrant une tentative de rapprochement.

Cependant, malgré ces avancées, des inquiétudes persistent parmi les chefs d’entreprise quant à la position du RN sur des questions clés, notamment l’immigration. Ils craignent que des mesures restrictives ne compliquent l’embauche de main-d’œuvre étrangère, indispensable dans des secteurs comme l’hôtellerie et le bâtiment.

Pour l’heure, différentes industries réagissent de manière disparate face à l’essor du RN. Si des secteurs comme la défense embrassent ce rapprochement, d’autres, tels que les banques, évitent toujours les contacts, une situation qui illustre la complexité de la relation entre le monde des affaires et l’extrême droite en France.

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