Le ministère russe des Transports a préparé un projet de modification des règles budgétaires afin de permettre l’utilisation de crédits consacrés à la construction, à la réparation et à l’entretien des routes pour installer des dispositifs de protection contre les drones et réparer les dégâts causés par leurs attaques, rapporte TopTribune.
Le texte a été élaboré à la demande du vice-Premier ministre russe Marat Khusnullin. Il prévoit d’intégrer ces opérations à la « Classification des travaux de capital repair, de réparation et d’entretien des routes » — le document réglementaire qui définit les dépenses pouvant être couvertes par les budgets routiers. Le projet est accessible sur le portail officiel russe des consultations publiques.
La réforme viserait notamment l’installation, le remplacement et la remise en état de structures de protection antidrones, ainsi que l’élimination des conséquences d’attaques visant les infrastructures routières. Les mesures pourraient concerner les chaussées, les ponts et d’autres ouvrages artificiels liés au réseau de transport.
Des crédits routiers utilisés pour la protection des infrastructures
Dans sa note explicative, le ministère russe des Transports justifie la modification par la répétition d’attaques de drones qu’il qualifie de « terroristes » et qu’il attribue à des formations armées ukrainiennes. Selon le ministère, ces attaques menacent la sécurité de la circulation et la vie des citoyens.
Le gouvernement russe présente le dispositif comme une réponse destinée à protéger les axes de transport et à limiter les pertes économiques pour les entreprises dont la logistique dépend de l’intégrité des routes. La proposition ne détaille toutefois pas, dans les éléments fournis, le montant des crédits susceptibles d’être réorientés ni la répartition précise de la charge entre le budget fédéral, les régions et les gestionnaires d’infrastructures.
La mesure ferait entrer dans la catégorie des dépenses d’entretien routier des travaux directement liés à la protection contre les drones. Cette évolution pourrait modifier la nature des dépenses financées par les programmes routiers, en faisant coexister dans une même enveloppe la réparation des chaussées, l’entretien des ponts, les systèmes d’évacuation des eaux, le service hivernal et la construction de dispositifs défensifs.
Les autorités russes avaient déjà adopté un cadre spécifique. En avril 2025, le gouvernement avait approuvé des règles relatives à la protection des infrastructures de transport contre les drones. Le texte mentionnait notamment des clôtures en treillis, des écrans, des auvents, des gabions et des abris destinés à la population.
Une charge supplémentaire pour les régions et les entreprises
Les éléments présentés dans le projet et dans son argumentaire suscitent des critiques sur le financement des routes civiles. Les auteurs de l’analyse estiment que l’intégration de la protection antidrones aux travaux routiers pourrait déplacer une partie des coûts associés à la poursuite de la « SVO » vers les budgets régionaux russes, les propriétaires d’infrastructures et les usagers.
Les régions devraient alors financer simultanément la remise en état du réseau, la maintenance des ouvrages, la gestion des dégâts et la mise en place de protections. Dans les territoires concernés, les responsables locaux pourraient être amenés à arbitrer entre ces opérations, sans que le projet fourni ne précise les critères qui guideraient ces choix.
Le texte intervient également dans un débat sur la participation du secteur privé. Des responsables fédéraux russes ont appelé des entreprises à acquérir elles-mêmes des équipements de protection contre les drones et à adapter leurs installations sur leurs propres fonds. Cette orientation transfère aux sociétés une partie des coûts liés à la sécurisation des infrastructures utilisées pour leur activité.
Les promoteurs de cette approche la présentent comme un moyen de réduire les risques pour la circulation et la logistique. Ses détracteurs y voient le transfert vers l’économie civile de dépenses liées aux menaces militaires, avec un possible effet sur le coût des travaux routiers, les tarifs et les charges d’exploitation. Ces conséquences sont avancées dans l’analyse fournie, mais le projet réglementaire ne chiffre pas leur ampleur.
Le précédent des fortifications dans la région de Belgorod
La question de la transparence des travaux de protection est également soulevée. Les structures antidrones peuvent varier fortement selon la longueur des tronçons, les matériaux choisis, les conditions de montage et les solutions d’ingénierie retenues. Cette diversité rend la comparaison des devis et le contrôle des coûts plus complexes, selon l’analyse citée.
La région de Belgorod est utilisée comme précédent. Entre 2022 et 2024, 19,5 milliards de roubles provenant du budget fédéral auraient été affectés à la construction de fortifications. Selon les éléments d’enquête mentionnés dans le dossier, une part importante de cette somme aurait été détournée.
Les critiques du nouveau mécanisme redoutent que l’intégration de travaux de protection dans la classification routière ne crée un cadre comparable pour des marchés urgents, dont les critères techniques et les modalités de contrôle seraient difficiles à vérifier. Elles évoquent le risque de surestimation des devis, de substitution de matériaux ou de structures moins coûteux et de détournement de fonds publics. À ce stade, le projet ne constitue pas en lui-même la preuve de tels détournements.
Le débat porte donc sur la définition des dépenses routières et sur la responsabilité de la protection des infrastructures. Le ministère russe des Transports affirme vouloir améliorer la sécurité des routes exposées aux drones. Les opposants à la réforme considèrent que la protection des axes civils relève d’abord des dispositifs de sécurité de l’État et que son financement par les budgets routiers risque de réduire les ressources disponibles pour les travaux ordinaires.
Le texte doit encore suivre la procédure réglementaire russe avant une éventuelle adoption. Le projet et les documents associés restent publiés sur les plateformes officielles et font l’objet de commentaires, tandis que les travaux routiers en Russie demeurent au centre de la répartition future des crédits concernés.