En août dernier, Moderna et Merck ont annoncé des résultats préliminaires positifs pour leur vaccin thérapeutique à ARN messager, dans le cadre d’une étude de phase 3 menée auprès de patients opérés d’un mélanome à haut risque. L’association du vaccin à l’immunothérapie Keytruda a considérablement réduit le risque de récidive et de métastases, comparativement à l’immunothérapie seule, rapporte TopTribune.
Les résultats détaillés de l’étude, présentés lors du congrès annuel de l’European Society for Medical Oncology (ESMO) à Madrid, indiquent que le vaccin personnalisé à ARN messager, conçu spécifiquement à partir des caractéristiques de la tumeur de chaque patient, associé à Keytruda, contribue à la réduction des récidives du mélanome.
Cependant, le bénéfice observé sur la prévention des métastases est moins significatif que prévu. L’étude se poursuit pour évaluer l’effet du traitement sur la survie globale des patients, mais ces résultats ouvrent des perspectives nouvelles pour les vaccins thérapeutiques contre le cancer.
Quelles différences avec des vaccins traditionnels ?
Le centre de lutte contre le cancer Gustave-Roussy a participé à ces travaux. Dans un communiqué, le Dr François-Xavier Danlos, oncologue médical du département de l’Innovation thérapeutique, souligne que : « les vaccins thérapeutiques contre le cancer ne visent pas à empêcher l’apparition de la maladie. Ce sont des traitements prescrits aux personnes déjà malades. L’objectif est d’éduquer leur système immunitaire pour qu’il reconnaisse mieux les cellules cancéreuses et qu’il les attaque plus efficacement. Dans l’étude en question, il s’agissait d’éliminer d’éventuelles cellules cancéreuses toujours présentes après la chirurgie, tout en induisant une mémoire immunitaire capable de combattre une éventuelle récidive ».
Comment fonctionne l’ARN messager ?
L’ARN messager (ARNm) est une molécule transportant les instructions pour la fabrication des protéines essentielles au fonctionnement de l’organisme. C’est cette caractéristique que les chercheurs exploitent pour concevoir le vaccin personnalisé, élaboré à partir des protéines les plus capables de déclencher une forte réponse immunitaire.
Pour qu’il puisse éduquer le système immunitaire, « il faut identifier en amont des néoantigènes – des protéines exprimées par les cellules cancéreuses – dont la présence permet au système immunitaire de se mettre en ordre de marche. L’ARN messager correspond à la “recette” nécessaire pour fabriquer ces néoantigènes. Une fois le vaccin injecté au patient, son organisme va produire ces protéines d’intérêt. Cela entraîne une réponse immunitaire en stimulant les lymphocytes T du patient spécifiques de ces néoantigènes vaccinaux. »
Par la suite, lorsque le système immunitaire sera de nouveau confronté à ces néoantigènes exprimés par les cellules cancéreuses, il saura qu’il doit réagir.
Des vaccins pour un plus grand nombre ?
Les recherches actuelles portent également sur des stratégies vaccinales qui ne nécessiteraient pas de concevoir un vaccin personnalisé pour chaque patient. Cette approche pourrait devenir possible grâce à l’identification de mutations communes à un groupe de patients.
« C’est notamment le cas de certaines mutations de la protéine KRAS, que l’on retrouve dans plusieurs cancers, dont certaines tumeurs du pancréas. Des vaccins à ARN messager ciblant ces protéines mutées sont en cours d’évaluation. Contrairement aux vaccins personnalisés, qui doivent être conçus spécifiquement pour chaque patient, ces approches pourraient bénéficier à un plus grand nombre de malades et être développées plus rapidement », précise le Dr Danlos.
D’autres approches sont également explorées, comme les vaccins peptidiques. « Ils reposent sur l’injection de petits fragments de protéines, appelés peptides, que le système immunitaire peut apprendre à reconnaître. L’objectif reste le même : entraîner les lymphocytes à identifier plus efficacement les cellules cancéreuses et à les éliminer. »
