Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a alerté jeudi sur un éventuel scénario de « mise sous tutelle » du budget de la métropole, une situation qu’il avait déjà envisagée pour les finances de la municipalité en juin dernier, rapporte TopTribune.
« Nous faisons face à une situation inédite, jamais connue par la métropole, et je ne connais pas d’autres métropoles dans la même situation », a déclaré Thomas Cazenave, élu maire, puis président de la métropole, en mars 2025, succédant respectivement à l’écologiste Pierre Hurmic et à la socialiste Christine Bost.
« Croissance démesurée des dépenses de fonctionnement »
Lors de la présentation d’un audit commandé au cabinet EY, l’élu Renaissance a souligné un « endettement extrême », s’élevant à 2,3 milliards d’euros, avec une capacité de désendettement estimée à 19,2 ans, alors que le seuil d’alerte est fixé à 12 ans. Il a dénoncé une « croissance démesurée des dépenses de fonctionnement par rapport au rythme des recettes » sous la précédente mandature, ainsi que l’augmentation de la masse salariale de 77 millions d’euros avec la création de 500 postes.
« Si nous ne changeons pas drastiquement de trajectoire dès 2027, nos recettes d’investissement ne suffiront pas à couvrir les charges de la dette, ce qui entraînera mécaniquement la mise sous tutelle de notre établissement par les services de l’Etat », a averti Thomas Cazenave.
182 millions d’euros d’économies de gestion d’ici 2033
De nombreux scénarios peuvent conduire à la mise sous tutelle d’une collectivité, tels qu’un budget déséquilibré, un déficit excessif du compte administratif (au moins 5 % des recettes de fonctionnement), ou un budget non voté dans les délais. « La chambre régionale des comptes (CRC) peut alors être saisie par le préfet, et elle peut préconiser un plan de redressement », a précisé l’élu, engendrant des coupes budgétaires ou des hausses d’impôts. Bien que le préfet puisse décider de suivre les recommandations de la CRC, tous les actes budgétaires suivants seraient examinés par celle-ci, limitant l’autonomie des élus pour les décisions budgétaires.
Les mises sous tutelle, en particulier pour de grandes collectivités, sont rares. Cependant, la récente mise sous tutelle de la métropole d’Aix-Marseille au printemps 2026, après le refus de ses élus de voter le budget face à un trou de 123 millions d’euros, illustre la gravité de la situation. En 2025, le département de la Charente avait également connu le même sort, tandis que la Gironde avait frôlé la mise sous tutelle fin 2025.
Pour l’heure, le président de Bordeaux Métropole a décidé de consulter la préfète et la direction régionale des finances publiques afin d’évaluer la situation financière actuelle de la métropole. Il a également mandaté le vice-président aux finances, Emmanuel Sallaberry, pour élaborer un plan d’économies ambitieux. La métropole devra réaliser 182 millions d’euros d’économies d’ici 2033, dont 72 millions dès 2027, a précisé l’élu.
L’ancienne présidente socialiste de la Métropole, tout en ne regrettant ni les investissements ni les recrutements réalisés, reconnaît une « situation difficile », mais soutient qu’elle « n’est pas aussi catastrophique qu’on nous le présente », signalant que les 72 millions d’économies à réaliser en 2027 ne représentent que 6 % du budget.