Proposition choc de Jean-Luc Mélenchon sur la dette française
La proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler une partie de la dette française suscite de vives réactions à huit mois de l’élection présidentielle, où les finances publiques seront au cœur des débats, rapporte TopTribune.
Le leader de La France Insoumise, qui se positionne comme le principal concurrent de gauche face à une opposition d’extrême droite en forte ascension, a relancé le débat dimanche dernier avec une déclaration audacieuse : inciter la Banque centrale européenne (BCE) à « mettre au congélateur les dettes des États, en commençant par celles de la période Covid ».
Affirmant que 18% de la dette de l’État français est détenue par la Banque de France pour le compte de la BCE, Mélenchon avait déjà évoqué en juin qu’il suffirait de « foutre au feu » cette dette en soulignant que « personne ne s’apercevra jamais que ça a disparu ».
Une situation budgétaire préoccupante
Cette proposition vise à offrir une alternative à l’austérité, particulièrement en réponse à une situation financière jugée désastreuse. En tant que deuxième économie de la zone euro après l’Allemagne, la France affiche le second déficit le plus élevé, s’élevant à 5,1% du PIB en 2025, derrière la Belgique (5,2%). Sa dette, en proportion du PIB, figure également parmi les plus importantes, juste après celles de la Grèce et de l’Italie.
À la fin du premier trimestre 2026, la dette française a atteint plus de 3 500 milliards d’euros, soit une augmentation de 75,6 milliards par rapport à la fin de l’année 2025, représentant 117,5% du produit intérieur brut (PIB), selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Réactions virulentes à la proposition
La mesure suggérée par Mélenchon, déjà présente dans son programme de 2022, a rencontré un accueil critique immédiat de la part du gouvernement et d’économistes. Philippe Aghion, prix Nobel d’Économie 2025, a qualifié cette idée de « catastrophique ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a souligné que cette politique « détruirait l’actif le plus important » de la France, à savoir « la confiance » des investisseurs, ajoutant que si le pays reniait ses engagements financiers, « qui nous prêtera encore ? »
Les candidats de droite et du centre, tels que Bruno Retailleau, Édouard Philippe et Gabriel Attal, ont également mis en garde contre le risque de « faillite » de la France. Lors d’un récent débat présidential, Philippe a averti que cette proposition pourrait mener le pays à être exclu du système bancaire.
La cheffe de file de l’extrême droite, Marine Le Pen, s’est déclarée « très inquiète par la situation de la dette » et a promis un remboursement « clair » de celle-ci.
Un débat nécessaire sur le financement de l’État
Simon-Pierre Sengayrac, co-directeur de l’observatoire de l’économie à la Fondation Jean-Jaurès, a noté que, bien que la proposition comporte des risques à court terme, elle soulève des questions essentielles sur le financement des États et leur dépendance vis-à-vis des marchés financiers internationaux.
Mélenchon bénéficie également du soutien de Matthieu Pigasse, banquier d’affaires engagé à gauche, qui a déclaré : « Le mur de la dette n’existe pas. C’est un argument idéologique imposé pour nous dire qu’on ne peut rien faire… La France emprunte chaque semaine sans aucun problème. »
Des économistes ont cependant averti des obstacles juridiques liés à cette proposition, notant que geler la dette publique détenue par la BCE serait contraire aux traités européens garantissant son indépendance opérationnelle, selon Xavier Ragot, président de l’Institut français d’économie (IFE).
Une cinquantaine d’économistes, dont certains sont en lien avec La France Insoumise, ont signé une tribune dans le magazine Le Nouvel Obs, dénonçant « les verrous » des traités européens, qu’ils considèrent comme un choix institutionnel dépassé.
Olivier Faure, leader du Parti socialiste, a plaidé pour que « le débat mérite d’être posé » et que cette question soit discutée avec les partenaires européens.
Avec AFP.